I. Réflexions sur la peinture
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départs successifs qu'il se trouve encore aujourd'hui celui où l'on rencontre peut-être relativement le moins de créations de quelques-uns des plus célèbres.
Voyez de quels hommes, du reste, ce drainage des gens habiles nous avait privés !
Le roi d'Espagne Philippe V employait successivement Frémin, Thierry, Bousseau et Demandre; l'électeur de Bavière avait appelé auprès de lui Charles Dubut; François-Gaspard Adam était premier sculpteur de Frédéric le Grand. François Hutin remplissait les mêmes fonctions à la cour de l'électeur de Sa.xe, et Saly à celle du roi de Danemark; à Parme, on trouvait Jean- Baptiste Boudart; à Rome, Bouchardon, Lambert -Sigisbert Adam, Michel-Ange Slodtz; à Turin, Ladatte; en Russie, Falconet, Gillet et Vassé; Dubut, à Varsovie'; Larchevêque, à Stockholm; Monot, à Cassel, etc. A cette énumération déjà si considérable on pourrait encore ajouter quelques noms, comme ceux du sculpteur Guyard, à Parme, de Sigisbert Michel, et surtout de l'habile Tassaert, à Berlin.
Paris, quoi qu'en puissent croire les Parisiens de nos jours, n'avait pas ainsi fourni à lui seul l'étranger, et ce serait une grande erreur de croire que la province demeurât improductive. Elle avait, bien au contraire, contribué souvent dans une large mesure aux besoins de cette émigration. Le Languedoc, la Franche-Comté, la Flandre, le Poitou, la Champagne, la Lorraine envoyaient à la capitale leurs enfants, dont le talent déjà dégrossi s'affinait à l'école des maîtres et les signalait de la sorte à l'attention des amateurs couronnés.
Nous n'avons à parler, suivant le litre môme de notre ouvrage, que de ce petit duché de Lorraine qui, malgré la date récente de sa réunion eflFective à la France, lui paya, dès les premiers temps de cette existence commune, un tribut vraiment considérable de
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talents dévoués. A partir des premières années du xviii" siècle, en effet, l'exode des artistes lorrains, qui s'était effectué jusqu'alors au profit de l'Italie et de l'Allemagne aussi bien que de la France, se concentra presque uniquement vers la nouvelle métropole et, par une intéressante singularité, en dépit des moeurs rudes de cette race et d'un état de guerre presque continuel de deux siècles, ses artistes, en se fixant à Paris, s'y firent remarquer, au milieu de la société la plus galante et la plus policée, par la grâce et la légèreté de leurs créations, par le genre souvent trop civilisé et trop délicat de leur talent.
Au cours des xvi° et xvn" siècles, le journal de cette émigration contenait bien des noms illustres : ceux de Claude Gellée, de Callot, de Silvestre, de Berain, sans compter le nombre des individualités plus modestes. Avec le xvni% la fécondité du sol lorrain ne se ralentit pas, bien que le niveau des talents s'y abaissât comme en tout autre lieu.
Nancy suit de près la mode de Versailles et la cour de Léopold ou de Stanislas se forme sur celle du roi de France. Mais , à la différence de ce qui se passe à Paris et dans ses environs, où l'on semble momentanément renoncer aux entreprises de quelque importance, l'art de la construction bat son plein en Lorraine. Commercy, Lunéville et Nancy se transforment, se reconstruisent sur un plan presque entièrement nouveau et doublent de superficie en quelques années. Boffrand, Bibiena, Héré et Mique donnent les dessins de tous ces édifices, dont Jean Lamour forge les grilles. A vrai dire, l'entourage du roi de Pologne n'a, pas plus que celui de son puissant protecteur, le goût de l'art pur, du beau incontesté ; mais, par contre, quelle admirable entente dans ces deux milieux de tout ce qui plaît et séduit ! Quel bureau d'esprit vraiment délicat que celui où M"® du Châtelet, la trop sensible amie de Voltaire, préside, et où siègent
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successivement Saint-Lambert, Palissot, Tressan, M""" de Graffigny, l'aimable Boufïlers et Stanislas lui-même ! Si la peinture ne compte que des médiocrités qui s'appellent Jacquard, Claude Charles, Herbel, Fratrel, Ducreux, la sculpture des petits maîtres triomphe à Nancy avec les figurines en bois de Bayard, de Chassel, des Adam, les terres cuites de Clodion, les biscuits de Cyfflé et de Le Mire. Ce sont ces dernières productions qui ont exercé une influence si considérable sur le travail des artistes des grandes manufactures de Sèvres, de Meissen, de Berlin et de Nymphembourg, qui ont créé dans l'art de la décoration un goût nouveau et l'un des plus féconds en brillants résultats.
Par le fait d'une particularité fort intéressante, toute l'histoire de la sculpture nationale lorraine au xviif siècle peut se résumer dans la vie de deux familles alliées de ce pays, les Adam et les Clodion Michel. Si nous créons, en effet, une exception en faveur d'un des plus habiles modeleurs de l'époque, de Sauvage, dit Le Mire, nous ne trouvons plus à Nancy, comme à Lunéville, que des étrangers qui manient le maillet et le ciseau, Dumont, premier sculpteur du duc Léopold, est un Parisien, Guibal un Nîmois, Cyfïlé un Flamand. D'autre part, pour que cet art du sculpteur parvînt à la place éminente qu'il occupa à cette époque dans la patrie lorraine, il lui fallut la réunion, dans les deux familles que nous venons de citer, d'un nombre d'individus tous si particulièrement doués qu'on trouverait difficilement, croyonsnous, l'exemple d'une semblable hérédité de talent, lors même qu'on se reporterait à la vie des Coustou, des Coypel, des Dumont, des Calfieri, des Vernet.
Que l'on en juge par l'énumération suivante : trois d'entre eux remportèrent à différentes époques, de l'année 1721 à l'année 1759, les grands prix de l'Académie royale de Paris; l'un, et le plus distingué peut-être, Lambert-Sigisbert Adam, contrebalança
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la fortune de Bouchardon et reçut le titre de sculpteur ordinaire de Louis XV, tandis qu'un de ses frères, François-Gaspard Adam, un beau-frère et un neveu, Thomas et Sigisbert Michel, occupaient à Berlin la place de premiers sculpteurs du roi de Prusse. Ils ont partout laissé de leurs œuvres et des plus considérables : à Rome, dans les églises, les places publiques, les musées, à Saint- Jean de Latran, à la fontaine Navone, à l'Académie de Saint-Luc. Ils ont sculpté dans le parc de Versailles la plus grande pièce qui ait été modelée et fondue durant cinquante années, et la chapelle de ce château possède de leur main deux de ses plus beaux basreliefs. Ils ont décoré Saint-Cloud, l'hôtel Rohan-Soubise, le Palais de Justice, de nombreuses églises à Paris, et mis de leurs statues dans les jardins de la Muette, de Grosbois, de Choisy, de Pontchartrain, de Bellevue, etc. En Lorraine, ils ont travaillé à des groupes pour des bassins de Lunéville, à un tombeau monumental pour l'église de Bon-Secours de Nancy, et dans cette dernière ville ils ont décoré plusieurs demeures du pavé jusqu'au toit. La plupart des figures de marbre qui se voient aujourd'hui à Potsdam et à Sans-Souci sortent de leur atelier. Ils ont formé des artistes pour les porcelaineries de la France, de la Saxe et de la Lorraine; ils ont fourni des modèles à Sèvres, à Niedervillers, à Bellevue. Plus que tous autres praticiens de ce siècle galant, ils ont manié la terre, le bois, et multiplié les petits sujets qui ornent à l'heure présente nos salons, et que nos curieux se disputent chèrement. Enfin, celui en qui toute leur science originale semble s'être particulièrement manifestée, Claude-Michel Clodion, reste pour nous l'un des novateurs les plus hardis du xvni» siècle, un chef d'école dont on peut apprécier plus ou moins favorablement la manière, mais dont personne ne peut contester la grande habileté, le charme et la séduction.
Retracer la vie de cette maisonnée d'artistes, c'est écrire,
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ainsi que nous venons de le dire, une partie de l'histoire de la sculpture du xvni* siècle en France, en Italie et en Allemagne, et indiquer en même temps le concours important que la race lorraine a prêté à cette occasion, comme en maintes autres, au développement des arts et du goût dans ces différents pays.
La famille de ces artistes est certainement originaire de la Lorraine. L'auteur du Dictionnaire critique de biographie a bien avancé que les membres d'une famille Adam, résidant à Paris, où ils exerçaient la profession fort enviée de cocher du roi, pouvaient être les parents de nos sculpteurs ; mais rien ne prouve qu'il y ait entre eux autre chose qu'une similitude de nom. Par contre, nous voyons figurer, dans les anciens actes publics ou privés qui ont été depuis peu rassemblés dans les archives lorraines des artistes qui ont plus de raison d'être les ancêtres de ceux qui nous occupent.
Le premier d'entre eux, qui acquit véritablement de la célébrité et qui appartenait sans aucun doute à la même famille, s'est fait connaître en Italie par un seul ouvrage ' dont la grande importance nous donne à présumer que son mérite était bien
I. M. Dussieux cite cependant, dans son livre des Artistes français à l'étranger, une statue dans l'église de Sainte-Pudentienne et à Saint-Jean de Latran, dans la chapelle Corsini (Vasi, Baldinucci), des bas-reliefs que l'abbé Titi et Vasi' attribuent également au même sculpteur.
reconnu, et qu'il avait longuement cultivé son art. Nous voulons parler de la figure du fleuve le Gange, placée en i65o sur un des côtés de la fontaine Navone, à Rome. Cette fontaine, comme on le sait, fut élevée sous la direction du grand Bernin, qui s'était gardé pour lui-même la part la plus importante de l'ouvrage, tout en confiant le travail des quatre statues accessoires à quatre artistes différents, et qui, en dépit de l'admiration qu'elle inspirait à tous les curieux, n'en avait éprouvé aucune satisfaction; à ce point même que, suivant le comte Algarotti, il avait l'habitude de tirer les rideaux de son coche toutes les fois qu'il traversait la place Navone, de façon à éviter la vue de son œuvre ' .
Quoi qu'il en soit, le fait d'avoir collaboré avec le plus grand sculpteur de l'époque prouve suffisamment que Claudio Adamo (c'est le nom de notre artiste) jouissait en Italie d'une sérieuse renommée.
Cette célébrité, acquise de son vivant, n'a pas suffi à le préserver de l'oubli après sa mort.
La critique n'est même pas bien fixée aujourd'hui sur le véritable titre qu'il portait à Rome. Était-il Claudio Lorenèse, Claude le Français ou Adam le Français (Monsu Adamo)? François Basan signale un artiste du nom d' Adamo qui aurait exercé en même temps les trois métiers de peintre, de sculpteur et de graveur. Mais il l'appelle également Adamo Mantouano, et il semble que ce personnage ait vraiment appartenu à une famille italienne, celle des Ghisi, et n'ait rien à faire avec nos Lorrains. Quant à Fuessli, cet ami des Winckelmann, des Gessner, des Stosch, des
I. Charles Natoire, directeur de l'Académie de France à Rome, possédait un intéressant projet de cette fontaine, différent de celui qui fut exécuté et crayonné à la sanguine par le Bernin lui-même. Il fut vendu avec le reste de la collection le 14 décembre 1778.
Wedlinger, il est le seul écrivain spécial qui, dans son grand ouvrage sur les peintres et les sculpteurs, en parle d'une façon