‹ Les Adam et ClodionChapitre 25 sur 177 · I. Né le 4 septembre · texte numérisé non relu

I. Né le 4 septembre

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termes il présentait cette supplique au duc d'Antin : « Je dis, « dans ma dernière lettre, que les statues doivent être finies dans (( peu. Depuis, il y en a une finie qui est le Faune qui dort (?). On « commença hier à polir les parties qui doivent Têtre. L'autre s'en « va finir incessamment; ce sont deux bons morceaux; je voudrais « déjà qu'ils fussent en France et que Votre Grandeur les eût vus, « parce que je me flatte qu'elle sera contente; elle aura la bonté « de m'ordonner ce qu'il faut que je fasse à ce sujet, aussi bien « que des deux sculpteurs Adam et Bouchardon. Ils m'ont témoi- « gné qu'ils souhaiteraient passer encore ici le reste de l'été. Un « voudrait bien finir quelques études qu'il a commencées d'après « le Carrache et Raphaël, et l'autre voudrait modeler quelques « morceaux pour son étude. Ils ont bien encore pour un mois ou « environ à faire polir, et après cela, ils deviendront ce que Votre « Grandeur ordonnera. Bouchardon emporte de belles études d'ici, a dessinées d'une belle manière. Il y a peu de sculpteurs qui s'en « acquittent comme lui. » La Direction des Bâtiments du Roi accueillit favorablement cette demande, et les deux rivaux demeurèrent sur la liste des pensionnaires jusqu'à la fin delà saison, au mois d'octobre.

A cette date, le 5 octobre, 'Wleughels communiquait à Adam en môme temps qu'à Bouchardon l'ordre définitif d'expulsion. « J'ai dit aux deux sculpteurs ce que votre lettre portait, ce qu'ils « ont reçu comme ils le devaient. Ainsi, du 3 de ce mois, ils « vivront à leurs dépens. Je n'ai pas cru devoir leur ôter leurs « chambres, puisqu'ils ne nuisent point dans l'Académie et qu'en « quelque manière ils y font honneur; et puis, il y en a un qui « finit quelques figures pour M. le cardinal de Polignac, et l'autre « fait son portrait et celui de M. le cardinal de Rohan. »

Lambert-Sigisbert, obligé de vivre à ses dépens, trouva facilement à remplacer la table de l'Académie. N'avait-il pas celle de

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ses frères, qui raccueillirent avec empressement, de telle façon que ce changement dans son existence ne fit que les rapprocher encore dans la vie journalière. Bientôt cette existence en commun devint encore plus intime, el Adam l'aîné s'installa complètement en famille dans les premiers mois de l'année lySi. C'est Wleughels qui nous tient, comme d'habitude, au courant de ces détails des faits et gestes de son élève « {2 may 1781) : Adam et Bouchardon ont « tout à fait quitté l'Académie et ont pris des ateliers dans Rome, « l'un auprès de Saint-Pierre, où il travaille au portrait du pape, à « celui de MM. les cardinaux de Rohan et de Polignac, et Adam « restaure des antiquités pour ce dernier.

Le mauvais vouloir que les familiers du saint-père montraient pour les talents étrangers ne pouvait toutefois diminuer la juste réputation dont jouissaient nos sculpteurs. A peine Lambert-Sigisbert était-il entré dans sa nouvelle installation qu'il recevait les offres du nouveau pape, au sujet d'un travail important à exécuter à l'intérieur de l'église de Saint-Jean de Latran. Clément VII (Laurent Corsini), d'une illustre origine florentine, voulant consacrer le souvenir de ses ancêtres par une fondation pieuse, plaça sous le vocable de saint André Corsini l'une des chapelles de Saint-Jean de Latran, où il ordonna de placer les tombeaux de divers membres de cette famille. Lambert-Sigisbert fut chargé d'exécuter un bas-relief en marbre qui s'y voit encore de nos jours, représentant saint André Corsini lorsqu'il refuse l'épiscopat et la sainte Vierge qui lui apparaît pour le lui faire acceptera Ce bas-relief, soumis au jugement des membres de l'Académie de Saint-Luc, valut au sculpteur le titre d'académicien (8 septembre 1732).

Cependant l'heure de son départ approchait, et par là même une sorte d'obligation pour ses frères, qui vivaient en grande partie

I. Dom Calmet, Bibliothèque Ion-aine. — De Clarac, Musée de sculpture. — Dussieux, Artistes français à l'étranger.

sur sa célébrité, de le suivre en France. Le duc d'Antin avait déjà bien auparavant décidé le retour de Lambert-Sigisbert. Le 20 août lySo, il écrivait à Wleughels : « Ne procurez plus d'ouvrage ni à « Bouchardon ni à Adam, et, sans affectation, persuadez-les de « revenir le plus tôt qu'ils pourront. Ce n'est pas pour enrichir les « pays étrangers que le roi fait tant de dépenses à son Académie de « Rome. » Et le 7 juin, de nouveau : « Puisque le caractère de « Bouchardon est l'inconstance, il faut le fixer. Dites-lui de ma part « qu'il s'en revienne, que j'aurai soin de lui et que je lui ai gardé « de belle et bonne besogne. Vous direz la même chose à Adam, « car il serait triste d'élever des sujets pour les pays étrangers, et, « dans le fond, il n'y a de fortune à faire pour eux qu'ici. » En même temps on travaillait nos artistes par-dessous main. « Le bruit « court à Rome — écrivait Wleughels — que V. G. a fait distri- « buer des ouvrages à la meilleure partie des sculpteurs de Paris. « Cette nouvelle donne beaucoup d'émulation ici ' (24 may lySo). »

Malgré ces pressantes sollicitations, malgré ces ordres impérieux, Lambert-Sigisbert ne pouvait se décider à quitter l'Italie. 11 invoqua successivement à cet effet tous les motifs qui donnaient une apparence de raison à sa résistance : la terminaison de l'ouvrage qu'il avait entrepris pour le cardinal de Polignac, en premier lieu, ouvrage auquel ses frères s'employaient avec lui; puis la nécessité de livrer son morceau de réception pour l'Académie de Saint-Luc, un bas-relief représentant la Douleur^ que désignait un vieillard mordu au sein par un serpent^; puis le désir de pousser encore plus loin ses études d'après l'antique , d'approfondir, parmi les sculpteurs modernes, la manière du Bernin, dont il se vantait dans la suite d'être l'un des meilleurs adeptes.

Toutes ces tergiversations, ces fins de non-recevoir, ces ater-

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