Dom Calmet, Bibliothèque lorraine
moiements occupaient beaucoup le scrupuleux Wleughels, et ses lettres témoignent de la difficulté qu'il trouvait à renvoyer ses anciens administrés en France. Elles contiennent, d'ailleurs, des appréciations personnelles si intéressantes sur le caractère des deux artistes que nous les insérons ici, suivant la place qu'elles occupent dans son journal.
Rome, 3 avril 1732. — V. G. qui veut bien combler Bouchardon et Adam de ses bienfaits me demande quand ils comptent s'en retourner. Adam a bien pour deux ans à travailler pour restaurer les figures que M. le C" de Polignac a trouvées ou acheptées. Je ne doute point qu'il ne partît au premier signe que V. G. lui donnât de sa volonté ; l'autre a fini le portrait de M"'" la duchesse de Bucliingham; il a encore quelque autre bagatelle à finir.
Jour de l'Ascension, 1/32. — Après avoir parlé de Bouchardon : Quant à Adam, il a encore un bas-relief à faire pour la chapelle (Corsini) et d'autre chose comme je l'ai dit à V. G.
3 juillet. — J'ai parlé aux deux sculpteurs. Adam m'a dit aussi qu'il aurait l'honneur d'écrire à V. G.; celui-ci fait un peu plus le mystérieux, mais je ne doute pas qu'il ne profite sous peu des grâces que V. G. veut bien lui faire.
17 juillet 1/33. — On est fâché ici du départ d'Adam; mais je crois être obligé de dire à V. G. par la loyauté qu'elle m'a imposée que, quoique ces deux figures (celles envoyées par Bouchardon et Adam) qu'on a vues à Paris soient assez égales et que peut-être celle d'Adam plaira encore davantage, qu'il y a cependant une grande différence entre ces deux sujets, mais très grande.
II septembre 1732. — Bouchardon est parti, je ne sais quand Adam partira; il veut, je crois, laisser un bas-relief de lui à la chapelle du pape.
5 novembre. — Aussitôt que j'ai reçu la dernière dont V. G. m'a honoré, j'ai fait venir Adam et je lui ai fait voir avec quelle bonté elle le rappelle. Il m'a dit qu'il croiait avoir fini son bas-relief pour la chapelle du pape à la fin de ce mois et qu'aussitôt il se disposera pour obéir aux ordres de V. G.
Jour de Noël 1732. — J'ai paie à Adam son volage; il a fini son bas-relief pour la chapelle du pape et dit qu'il partira après les Rois.
i"' janvier 1733. — Adam, qui fut reçu ici il y a quinze jours de notre Académie de Saint-Luc, m'est venu voir et m'assure qu'il partirait vers le 6 ou le 7 de ce mois.
i5 janvier 1733. — Adam a fini son bas-relief pour la chapelle du pape, il est même déjà à Saint-Jean de Latran.
29 janvier 1733. — Adam partit avec le courrier de France vendredi dernier; il va proffiter des boutez de V. G. et laisse Rome dénué de sculpteurs.
C'est sur ce dernier mot, fort élogieux, que finit la correspondance de Wleughels en ce qui a trait à Adam l'aîné. Il fait le plus grand honneur au talent de celui à qui il était adressé et à l'intégrité du directeur, qui ne marquait point, nous l'avons dit, de sentiments bien sympathiques pour la personne de son pensionnaire.
Quoi qu'il en soit, après une résistance d'une grande année , l'artiste lorrain se résignait, comme on le voit, à quitter l'Italie. Le 23 janvier lySS, il sortait de Rome, où il laissait son frère Nicolas-Sébastien pour quelques mois encore; il emmenait avec lui son cadet François-Gaspard', et revint ainsi à petites journées vers la France, s'arrêtant dans toutes les villes principales où il pouvait recueillir des indications utiles à son art. Le directeur de l'Académie de Rome lui avait probablement compté, à son départ, les 36 écus romains que l'usage voulait qu'on donnât à tous les élèves de mérite, pour leur faciliter la visite des monuments de l'art en Italie. Il séjourna de la sorte à Bologne, où les membres de l'Académie Clémentine s'empressèrent de l'admettre dans leurs rangs. On le voit figurer à la fin du second tome d'une biographie italienne fort intéressante et fort rare à notre époque, Academia Clementina Bolognensis"^ , dans la liste des associés honoraires, sous le titre de Lamberto-Sigisbert'. Au moment du carnaval, il passait à Venise, et, le 21 février, le célèbre Antonio Zanetti le signalait à son ami Gaburri, de Florence; il lui écrivait à cette date : « Le « sculpteur M. Lambert, que vous m'avez recommandé, a séjourné « ici dans les derniers jours du carnaval, de telle façon que je n'ai
1. François-Gaspard n'acheva pas avec lui le voyage et le quitta, nous ne savons à quel moment, pour passer par la Lorraine, où il ne fit qu'un court séjour, à la suite duquel il vint à Paris dans le courant de lySS.
2. Bibliothèque de Versailles, Academia Cleinentina Bolognensis.
3. Lamberto-Sigisbert, egregio scultore e presentamente al servigio del Christianissimo Ludovico XV.