‹ Les Adam et ClodionChapitre 4 sur 177 · FONTAINE DE LA PLACE NAVONE, A ROME · texte numérisé non relu

FONTAINE DE LA PLACE NAVONE, A ROME

plus précise, a Adamo, sculpteur lorrain, travailla, dit-il, à « Rome, où en i65o il exécuta, sous la direction du cavalier Ber-

i8 LES ADAM.

« nin, la statue colossale en marbre du Gange, à la fontaine ma- « gnifique de la place Navone. D'autres auteurs l'appellent Claude « le Français, d'où l'on doit inférer que son vrai nom était Claude (' Adam. Cet artiste est resté tout à fait ignoré de ses compa- « triotes et l'on ne trouve son nom ni dans Gueudeville ni dans « d'autres livres français. On ne peut douter qu'il ne soit un pa- « rent très proche des Adam précédemment cités. » Et Fuessli ajoute d'une façon fort judicieuse : « On a souvent l'occasion, « en parcourant l'histoire des artistes, de déplorer le sort malheu- « reux des sculpteurs, graveurs, peintres étrangers, qui travaillent « avec une certaine réputation en Italie ou dans quelque autre « pays, et à qui il arrive que, d'une part, étant désignés par les « écrivains, les Italiens entre autres, sous un nom transformé, sui- « vant le gotit de leur nation, et que, d'autre part, ils acceptent « eux-mêmes cette modification apportée à leur nom patrony- « mique, à qui il arrive, disons-nous, d'être tout à fait négligés de « leurs compatriotes et de tomber ainsi dans l'oubli. »

Fuessli avait certainement raison de considérer que le nom véritable de Monsu Adamo devait être Claudio Adamo, car nous avons, en différentes occasions, trouvé dans des livres italiens, notamment dans les registres de l'Académie Clémentine de Bologne, la mention d'un artiste de ce nom. Quoi qu'il en soit, ce sculpteur, cet Adam, qu'on désignait comme d'origine lorraine, a été certainement, selon nous, la première illustration de la famille et le parent fort proche, si ce n'est le père, du fondeur nancéen Lambert Adam, à partir duquel nous possédons la généalogie fidèle des artistes de cette maison.

Le métier de fondeur n'impliquait point à cette époque, comme on pourrait le croire , l'idée d'un état vulgaire et d'un travail purement manuel. De même que les orfèvres de la Renaissance italienne pratiquaient le grand art aussi bien que

les sculpteurs et les graveurs de profession, de même les fondeurs, et surtout les fondeurs lorrains, passaient pour de véritables artistes.

Les consciencieuses recherches des auteurs qui se sont dans les derniers temps occupés de l'histoire lorraine ont fait connaître les noms de plusieurs d'entre eux, de J. Doudenat, de Didier Lambert, qui fut peut-être le parrain de Lambert Adam, de Nicolas et des Chaligny*. La plupart d'entre eux ont travaillé en ItaUe, les uns à Carrare, les autres à Ferrare, où ils exécutaient pour les églises des cloches accompagnées de bas-reliefs, qui passaient pour des œuvres de grand mérite. Les Chaligny s'étaient tout particulièrement distingués comme fondeurs des ducs de Lorraine, et l'on cite, parmi les pièces qui sortirent de leurs ateliers, une fameuse couleuvrine que Louis XIV fit transporter à Dunkerque et le beau cheval de bronze destiné à la statue équestre de Charles III de Lorraine, principal ornement de l'arc Saint- Antoine de Paris, dont le modèle, placé au musée de Nancy, excite encore aujourd'hui l'admiration des curieux. Il n'est donc point étonnant que, d'une part, Lambert Adam n'ait, en admettant sa proche parenté avec Claude Adam, cru déroger en aucune manière lorsqu'il embrassa cette profession et que, d'autre part, il se soit trouvé en situation d'enseigner les éléments de l'art de la sculpture à son fils Jacob-Sigisbert. Ce dernier, dont la vie n'est plus ignorée comme celle de ses prédécesseurs , et sur lequel nous pouvons fournir des détails qui ressemblent à une véritable biographie, naquit à Nancy le 28 octobre 1670 \

Il pratiqua certainement de fort bonne heure, puisque Dom

1 . Moret, les Artistes lorrains à l'étranger; Dussieux, les Artistes français à l'étranger; Eugène MUntz, Chronique des Arts, 17 mars i883.

2. Acte de naissance de Jacob-Sigisbert, fils de Lambert Adam, maître fondeur, et d'Anne Fery (Ferry), dite Dauphine, sa femme. Archives lorraines.

Calmet affirme qu'il travailla à Metz pendant douze années. Or, à partir de l'année 1699, on peut établir d'une façon certaine le fait de sa résidence à Nancy; il faut donc en conclure que ce séjour qu'il fit à Metz prit place entre la date de 1687 et celle que nous venons d'indiquer. Quelles furent ses productions dans la vieille ville épiscopale ? Nous ne saurions en préciser la nomenclature, la biographie lorraine se contentant de nous apprendre qu'il avait créé quantité de figures en bronze qui étaient fort recherchées'.

En 1699, à la date du 23 juin, Jacob-Sigisbert Adam prit femme ; l'acte de mariage fut passé à Essey-lès-Nancy et se trouve encore aujourd'hui dans les registres de cette paroisse :

Jacob-Sigisbert Adam, sculpteur à Nancy, fils du sieur Lambert Adam, fondeur audit Nancy, et de dame Anne Ferry ditte Dauphin, et Sébastienne Lealle, fille du sieur Jean Lealle, bourgeois dudit Nancy et de Barbe Dauxelle, ont reçeu, en conséquence de la permission de M. le curé de Saint- Epvre, curé desdites parties, la bénédiction nuptiale dans l'église de Tomblaines par le souscrit curé, en présence des sieurs Pierre Adam, adjoudantmajor des bourgeois dudit Nancy, oncle dudit marié, et de Humbert Noël, marchand tanneur, bourgeois de Saint-Nicolas, le 23 juin 1699.

Signé : Adam, Bastienne, Le Léal, P. Adam, M. Noël, D. Carel, curé de d'Essey et Tomblaines -.

Le nouveau marié tenait aux bonnes familles bourgeoises de Nancy, et l'on voit souvent figurer, comme signataires des actes qui concernent sa maison, des personnages d'une non moindre importance que cet adjoudant-major des bourgeois.

Voici donc Jacob-Sigisbert dûment installé dans Nancy où, dès ce moment, il résidera jusqu'à sa mort. Il loge près de Saint- Epvre, près du Palais des Ducs, dans ce qui se nommait et se

1. Dom Calmet, Biographie lorraine. Mémoires fournis par M. Nicolas le fils.

2. Journal de la Société d'archéologie lorraine, février 1882.

nomme encore aujourd'hui la vieille ville. Il ne quittera ce quartier qu'une quinzaine d'années plus tard pour aller habiter, ainsi que nous le verrons dans la suite, la demeure qu'il se fera construire au quartier neuf de Saint-Sébastien. Rectifions, avant de plus avancer dans notre sujet, deux erreurs graves dont il a été l'objet. On a dit qu'il était l'auteur de cette statue du Gange que Claude Adam avait exécutée à Rome. La naissance de Jacob- Sigisbert remontant à l'année 1670, soit vingt ans après la pose de cette figure, l'affirmation tombe d'elle-même et ne peut donner lieu à une discussion. Jal prétend également que le sculpteur, mort, selon lui, à Nancy en 1747, aurait eu quatre-vingt-dix ans, et que, par conséquent, la date de sa naissance remonterait à l'année 1657. Il faut dire 1670. Jal confond évidemment avec Jacob-Sigisbert un oncle de celui-ci, Sigisbert Adam, maître sculpteur, frère du fondeur Lambert Adam. D'un autre côté, certains auteurs ont admis le fait de son passage à l'Académie royale de peinture et de sculpture de Paris; en réalité, un sculpteur du même nom concourut pour le prix décerné chaque année par cette assemblée, le remporta en i685, et passa, à la suite de ce succès, quelque temps à Rome comme pensionnaire du roi, ainsi qu'en fait foi une correspondance de La Teulière, alors directeur de cette académie'. Mais, en premier lieu, l'artiste, le candidat heureux ainsi mentionné, avait pris part au concours de i685, et, par conséquent, s'il s'agissait de Jacob-Sigisbert Adam, nous devrions conclure qu'il se serait trouvé en état d'arriver à cette distinction à l'âge de quinze ans, lorsque les plus habiles de tous les élèves n'y parvenaient ordinairement qu'après vingt ou vingt-deux ans bien révolus; et, en second lieu, son homonyme est par trois

I. « Les sieurs Adam et Dosi continuent à travailler » (1686). Correspondance de La Teulière. Académie de France à Rome, Lecoy de la Marche; Archives nationales.

fois nettement désigné dans le texte des procès-verbaux de TAcademie royale sous le prénom de Séraphin'. On ne peut croire qu'une méprise de ce genre se soit répétée aussi souvent dans des actes semi-officiels, sans que les intéressés n'aient pas cherché à la redresser. Ajoutons enfin qu'aucun des critiques de l'époque qui ont parlé de Jacob-Sigisbert n'a fait mention de ce titre.

Le ciel bénit rapidement l'union de Jacob-Sigisbert et de Bastienne Le Léal; dès 1700, celle-ci donnait à son mari un premier fils.

Du 10 octobre 1700, Lambert-Sigisbert Adam, fils légitime de Jacob- Sigisbert Adam, sculpteur, et de Sébastienne Le Léal, ses père et mère, paroissiens de Saint-Epvre. Parrain, Lambert Adam, fondeur, et marraine. Barbe Dauxelles, épouse de défunt Jean Le LéaP.

Jusqu'en 1710, sa fécondité ne se ralentit pas. Elle mit successivement au monde une fille, Marguerite-Françoise, née le 22 juin 1702, baptisée le 25 dudit mois, qui eut pour parrain Jean-Benoît et Marguerite Adam; puis une autre fille, Barbe Adam, née le 29 octobre 1708, baptisée le même jour; les parrains étaient Jean-François Le Léal et Marguerite Le Léal, oncle et tante de l'enfant. Le 22 mars 1705, le préposé aux registres de la même paroisse inscrivait encore Nicolas-Sébastien Adam, dont la marraine n'est pas désignée, mais dont le parrain, Nicolas-François Adam, possédait une charge d'avocat à la cour. Enfin, le 23 mai 17 10, le dernier des trois fils, François-Gaspard Adam, naissait et était tenu sur les fonts le lendemain par noble homme François du Mille. Dans cet intervalle de cinq années, Jacob- Sigisbert eut probablement d'autres enfants, et notamment une

1. A. de Montaiglon. Registres des procès-verbaux de l'Académie royale de peinture et de sculpture.

2. Registres baptistaires de la paroisse de Saint-Epvre (mairie de Nancy).

fille, Anne Adam, la mère de Claude-Michel Clodion ; mais les registres de l'état civil n'en font pas mention.

En même temps que la famille du sculpteur s'agrandissait, la nécessité de trouver un travail rémunérateur se faisait sentir d'autant plus vivement. De tous les documents que nous avons pu rassembler sur son compte il résulte que si la cour de Lorraine l'employa à différents ouvrages, et que si Léopold lui conféra le titre d'un de ses sculpteurs en 1698', il n'occupa cependant jamais du vivant de ce prince, de François III et du roi de Pologne Stanislas Leczinski une place fort en vue".

Léopold, qui n'avait recueilli en i6go, date de la mort de Charles IV dépossédé de son duché, que le titre de souverain, fut définitivement mis en possession de ses États en 1667. 11 s'occupa, dès son avènement, de réparer les désastres des guerres précédentes et de rendre à la Lorraine, avec le repos, la confiance et la richesse. Son goût particulier le portait à encourager les beaux-arts, et il s'y appliqua jusqu'à sa mort. Dès 1702, il fondait à Nancy une académie qu'il plaçait sous la direction de Claude- Charles, son peintre, et dans laquelle entrèrent dès l'origine un autre peintre, ProvensaP; un architecte, Bourdict; un orfèvre, Antoine Cordier, et deux sculpteurs, Meny et Renard. Adam ne fit jamais partie de cette docte assemblée, et, d'après les comptes des ducs qui ont été conservés et reproduits dans l'intéressante compilation des Archives lorraines, on remarque qu'il passe, dans la distribution des commandes, bien après des talents médiocres et oubliés aujourd'hui, comme les sculpteurs ci-dessus cités et

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