Lettre du 5 mai, Archives nationales, O' ii
les circonstances tragiques [que l'on a souvent retracées. 11 laissait une pension de 600 livres que Natoire s'empressa de demander par une lettre du 19 juillet, sur lesquelles 600 livres on lui en accorda 5 00.
Le moment de l'exposition approchait, et Lambcrt-Sigisbert Adam oublia pour quelque temps sa déconvenue afin de ne s'occuper que de l'envoi qu'il voulait y faire. Il y trouvait pour concurrent, outre son frère, Bouchardon, La Datte et Verbrecht. Voici, d'après le Mercure de France (septembre lySô), de quoi se composaient son apport et celui de Nicolas-Sébastien : a D'Adam « l'aîné : 1° le modèle d'un groupe isolé représentant deux nym- « phes péchant, Tune sur un rocher et l'autre assise les jambes dans « la mer, s'efforçant de tirer toutes les deux un filet chargé de pois- « sons dans lesquels se trouve pris un petit triton; la joie est très K bien exprimée sur le visage des nymphes, ainsi que le désir de ne « pas laisser échapper leur proie. M. Adam exécute actuellement « ce morceau en marbre de 8 pieds de haut, les figures ayant 5 pieds « 6 pouces de proportion. Il est destiné pour le jardin du château « de la Muette et doit faire pendant à un retour de chasse du même « auteur qui sera posé sous peu. C'est aussi un groupe de deux « nymphes chasseresses accompagnées de Diane, dont l'une élève « ses bras pour attacher à la branche d'un arbre le héron de la « chasse qu'elle vient de faire. Sa jeune compagne, qui est assise « et qui paraît fatiguée, lui donne un arc et un carquois pour « former un trophée. 2° Le modèle d'un portrait en buste de gran- « dcur naturelle de M. Rigaud, peintre du roi et chevalier de l'ordre « de Saint-Michel, recteur et ancien directeur de l'Académie. « D'Adam le cadet, le modèle représentant la Justice avec ses « attributs, exécutée en grand sur un ordre d'architecture, qui « forme la principale entrée de la Chambre des comptes. Il y a du « même auteur la Prudence et deux Amours qui couronnent
« l'entrée et qui soutiennent un cartouche en bas-relief. C'est une « terre cuite qui représente la Prudence, dont le principal attribut « est un miroir tenant un serpent.
« Les ouvrages de ces deux illustres frères ont reçu d'una- « nimes applaudissements. »
La longue description que nous venons de reproduire, relative aux groupes d'Adam l'aîné, n'est pas la seule que nous connaissions. Lambert-Sigisbert montra pour cette oeuvre une prédilection toute particulière, et lui-même s'est chargé d'en faire un tableau plein de couleur et d'enthousiasme dans ime de ses nombreuses requêtes près de la Direction générale. 11 s'étend longuement sur la perfection avec laquelle il a traité les moindres détails, et notamment le filet qu'il dit percé à jour. Ainsi s'expliquent les reproches que lui adresse Mariette de trop détailler ses ouvrages, lorsqu'il le peint ainsi :
« Cet artiste mettait dans ce qu'il faisait un goût sauvage (c et barbare, et ne se faisait regarder que parce qu'on s'imaginait « que personne ne savait fouiller le marbre comme lui ; et, pour « le persuader, il faisait en sorte que tout formât trou dans ses « ouvrages. Aussi ses figures ont-elles plutôt l'air de rochers que « de tout autre chose'. » Mariette, ainsi que nous l'avons déjà dit, est fort sujet à caution, lorsqu'il lui arrive de s'expliquer sur les Adam, dont le nom seul provoque sa mauvaise humeur. Lambert-Sigisbert n'avait, on le comprend, aucune bonne raison de juger son œuvre avec le même dédain, et peut-être même l'estimait-il, en réalité, au-dessus de ce qu'elle valait. On s'étonne moins, du reste, et des prétentions du sculpteur et de l'importance qu'il attachait lui-même à ces groupes, lorsqu'on a pu les considérer à leur emplacement actuel dans le parc de Potsdam. Le