Almanach royal, lySS
3. Archives de l'Art français, les Adam, 1879. Article de M. Guiffrey.
io6 LES ADAM.
Lambert-Sigisbert n'était point homme à* se laisser effrayer par Billaudel qui, en lySi, déclarait qu'il renonçait à s'occuper de la difficulté pendante entre le sculpteur et l'administration, et qu'il ne voyait que le Directeur général qui pût en avoir raison. Il se retirait peut-être aussi de la lutte au reçu d'une réclamation plus vive encore et assez intéressante pour que nous la consignions en son entier. Le 27 décembre lySo, son adversaire envoyait à la Direction générale une lettre ainsi analysée dans la Correspondance : « Le sieur Adam l'aîné, sculpteur ordinaire du Roi, par son mé- « moire du 4 mars lySo, rend compte à M. le Directeur général, « ainsi qu'il a paru le désirer, du travail de ses deux groupes de la « Chasse et de la Pêche et expose qu'il y a seize ans qu'il les a com- « mencés ; que celui de la Chasse lui a coûté, en frais d'ouvriers, « pendant trois ans, 12,600 livres, et celui de la Péche, 28,474 livres « pendant six ans, ce qui fait ensemble 41, 074 livres; que non seua lement il a conduit des ouvriers pendant lesdites neuf années, « mais qu'il en a encore employé six autres pour finir ces deux -:( groupes, indépendamment des cinq mois qu'il a été obligé de sé- « journer à Choisy, et de la dangereuse maladie qu'il a essuyée et « qui n'a été occasionnée que par l'ardeur du soleil de l'été et l'in- « tempérie de l'arrière-saison, étant notoire que pendant lesdits cinq « mois il se mettait à l'ouvrage à la pointe du jour et ne le quittait « qu'à la nuit. Il espère que M. le Directeur général est trop équi- « table pour ne pas attacher un prix et une récompense proportion- « nément à cette besogne, dont le détail immense s'annonce de lui- « même, récompense qui a été préjugée par les suffrages de la cour. « Il ne doute pas que ses confrères, dont il admire les productions, « ne rendissent justice à la peine de ses recherches, si, comme lui, « ils s'étaient trouvés dans le cas de faire des groupes, et qu'il n'en « a connu lui-même les difficultés que par l'expérience. Mais que, « l'ouvrage entrepris, il n'a pas cru qu'il lui fût permis d'omettre
aucune des beautés de la nature sans manquer également au Roi, pour qui il l'avait entrepris, et aux Michel-Ange, Algarde, François Le Quesnoy, le Bernin, le Puget et autres grands hommes qui l'auraient accusé de négligence criminelle, eux qu'il s'est toujours fait une loi sévère d'étudier. Il expose encore qu'on lui avait fait espérer une gratification pour Mars caressé par l'Amour, qu'H a fait pour le Roi, à Rome, pendant les trois années de son établissement en cette ville, d'où on l'a tiré, en lySS, en lui promettant une pension, un logement au Louvre et de grands ouvrages, laquelle figure vient d'être envoyée en Prusse. Que M. le duc d'Antin avait donné ordre, deux mois avant sa mort, à M. de Cotte, de lui faire accommoder un logement au Louvre, aux dépens du Roi; que, pour lors, il se serait regardé comme gratifié; non seulement cela n'a point été exécuté, mais il lui en a encore coûté plus de 20,000 livres, tant pour une construction de logement et d'atelier que par les dettes qu'il a été obligé de contracter pendant la guerre pour avancer ses groupes. Toutes ces circonstances, qui l'ont épuisé, sont trop frappantes pour ne pas intéresser la justice du Roi et celle de M. le Directeur général, qu'il réclame pareillement pour le buste, qu'il vient de finir, de Sa Majesté à Choisy'. »
Adam l'aîné se peint tout entier dans cette lettre : énergique, résolu, batailleur, susceptible, redoutant et méprisant tour à tour les rivalités qui l'entouraient, mais plein de foi en lui-même et d'un enthousiasme qui fait qu'on se demande souvent s'il écrivait en pleine possession de son esprit. En somme, personnage éminemment intéressant, étant donnés surtout l'heure et le cadre dans lequel il s'agitait*.