I. Mercure de France, janvier
la raison : « Adam raîné conservait avec son cadet un peu trop « de ce ton de supériorité qu'il est presque impossible de quitter « lorsqu'une fois on Ta pris, et l'émule se lassa d'être traité en « élève ». Nicolas avait fait en outre, pour les groupes des deux côtés du même bassin, ceux que remplissent actuellement le Prométhée de Bouchardon et VOcéan de J.-B. Lemoyne, des modèles de chevaux qui se cabrent et que des Tritons arrêtent. Ces modèles dataient de lySô et la mort du duc d'Antin, survenant peu après, en arrêta l'exécution. On lui avait promis également de les placer à Marly, près de l'abreuvoir ; mais cette proposition tomba elle-même dans l'oubli.
Le payement des honoraires dus aux sculpteurs ne se fit point trop attendre; toutefois, l'impatience qui faisait le fond du caractère d'Adam l'aîné et la situation pécuniaire fort embarrassée dans laquelle il se trouvait l'amenèrent à prendre la plume et à rédiger des factums dans le genre des précédents. L'un de ceux-ci est intéressant, en ce qu'il fait connaître le chiffre d'estimation auquel on s'était arrêté d'un commun accord. Le voici, précédé d'un premier placet qui fait corps avec lui dans le registre de correspondance : « i5 septembre 1741. Sigisbert et Nicolas Adam, sculpteursdu Roi, « représentent qu'on leur avait assuré qu'il y avait un fonds de « 12,000 livres pour l'ouvrage du grand groupe du Triomphe de a Neptune et qu'ils en toucheraient tous les mois i,5oo après sa « perfection; qu'ils n'en ont reçu que 4,5oo depuis quatre mois, ce « qui leur empêche de payer leurs ouvriers employés journelle- « ment au service de Sa Majesté et de satisfaire aux engagements « qu'ils ont contractés pour ledit ouvrage ; étant d'ailleurs pource suivis par leurs créanciers, supplient Monseigneur de leur faire « toucher 3, 000 livres pour les deux mois échus. » Le Directeur général avait accompagné le premier placet de cette note, écrite de sa main : « En communiquer à M. Gabriel, le père. » Par le second
placet, les mêmes requérants exposaient « que le groupe de la « pièce de Neptune les avait occupés pendant plus de neuf ans, « qu'ils s'étaient restreints à 45,000 livres sans aucune récompense, « juste valeur de cet ouvrage, qui est beaucoup plus considérable « que les quatre autres morceaux de la même pièce. Ils suppliaient « Monseigneur de leur faire régler leur mémoire, et, en attendant, « de leur donner un acompte \ »
Il résulte de ce document que les Adam ne touchèrent, pour le plus important de tous leurs travaux, qu'une somme de 45,000 livres, évidemment assez minime lorsqu'on songe aux proportions colossales et à la valeur intrinsèque de ce beau groupe.
Malgré leurs supplications, Sigisbert et Nicolas-Sébastien avaient un dernier acompte à recevoir en 1742. Un mémoire du premier d'entre eux, du i5 décembre de la même année, en fait foi. Ce morceau de haute littérature est rédigé dans le style emphatique et glorieux assez ordinaire au sculpteur; il mérite d'être lu et dut divertir le Directeur général et les scribes de son bureau. « Monseigneur, disait-il, plaise à Votre Grandeur d'accorder à a Sigisbert Adam, à la fin de cette année 1742, le parfait payement « du groupe de Neptune, qu'il a composé et exécuté à Versailles, « dont la somme totale est partagée entre deux frères associés « pour cet ouvrage. Il a fait ses représentations l'année dernière à a Votre Grandeur à ce sujet; il laisse à Votre Grandeur le tout « entre ses mains, s'il lui plaît d'accorder telle gratification qu'il a lui plaira en achevant le parfait payement. Jusqu'à présent, il n'a « pu parvenir à payer les dettes à beaucoup près dans lesquelles « ce grand ouvrage l'a jeté, qui a été achevé en 1740. Il prie Votre « Grandeur de lui faire la grâce d'y faire attention pour le tirer « de ses engagements. Ce morceau, qui a été approuvé de Sa