‹ Les Adam et ClodionChapitre 54 sur 177 · I. Archives nationales, O · texte numérisé non relu

I. Archives nationales, O

« Majesté, de toute la cour et du public, donne lieu au suppliant « d'espérer des bontés de Votre Grandeur à récompenser les arts « par les dons répandus pour les encourager. Il ne cesse de tra- « railler continuellement pour le Roi et compose de temps en temps « quelque chose de nouveau à la gloire de Sa Majesté, n'y ayant « personne de plus attaché que lui, en perfectionnant bien ses « ouvrages. Son intention est de pousser la sculpture en marbre et « en bronze à un degré de légèreté et de perfection où on n'ait « pas encore atteint. Il fera son possible, moyennant la grâce du « Très-Haut, de réussir comme il a commencé dans les ouvrages « qui sont de sa composition déjà avancés à un certain degré. « L'intention du suppliant étant de perfectionner la sculpture en « France à son dernier période et, s'il le peut, au-dessus des « nations qui nous ont devancés et d'y former des élèves, il ne « croit jamais assez bien exécuter les ouvrages qu'il fait pour un « si grand monarque, auquel il est attaché, et ce sera toujours son « unique ambition. C'est de quoi il vous supplie, Monseigneur, « d'être très persuadé, etc. ' »

Si la forme dans ce mémoire laissait à désirer, la réclamation qui en fait le fond n'était que la répétition de celles qu'on adressait journellement à l'Administration des Bâtiments du Roi. La correspondance des artistes de cette époque indique, pour la plupart d'entre eux, un état souvent trop réel de gêne, voire même de véritable détresse. Des plus connus aux plus ignorés, c'était une plainte de tous les instants : demandes de fixation du prix des ouvrages, demandes d'acomptes, demandes de payement intégral, décomptes présentés par les héritiers de ce qui restait dû aux artistes

1. Nouvelles Archives de l'Art français, t. VIII de la collection. Les pièces relatives à cet article du bassin de Neptune et produites par Lambert-Sigisbert ne se bornent point à celles que nous venons de citer. C'est ainsi que, tout récemment, on vendait à l'hôtel Drouot une nouvelle lettre du sculpteur sur ce sujet.

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défunts : voilà le sujet toujours nouveau de ces réclamations qui, si on les réunissait, formeraient la matière d'un volume'.

La situation de Lambert-Sigisbert et de ses frères devait être, en fait, assez précaire, par cela même qu'ils avaient mené de front trop de grands ouvrages sur lesquels la Surintendance avait quelques raisons de ne pas les désintéresser sur-le-champ. Quoi qu'il en fût, leurs lettres, à partir de cette date (1740), les représentent comme poursuivis sans relâche par leurs créanciers, et toujours à la veille d'être saisis.

Dom Calmet prétend que Louis XV, pleinement satisfait du dernier ouvrage d'Adam l'aîné (le groupe du bassin de Neptune), lui reconnut à ce moment une pension de 5oo' livres. Cette allégation se trouve démentie par une pièce authentique émanant du sculpteur lui-même et datée du i5 mai 1741, dans laquelle il parle de cette pension comme d'une grâce qu'il attendait encore. Ce document, dont nous avons extrait un passage au sujet des projets de Sa Majesté sur la fontaine Trevi et que nous avons également cité lorsque nous avons parlé de son arrivée à Paris et de sa première installation au Louvre, contient en outre les détails que voici : « Sigisbert Adam expose qu'ayant fait à Rome pour Sa « Majesté une figure de marbre de sept pieds de proportion, repré- « sentant Mars caressé par l'Amour, transporté en France en lySi, « M. d'Antin le rappela, etc., en lui faisant la promesse qu'il « l'occuperait et lui ferait préparer un atelier avec un logement « au Louvre. 11 arriva à Paris en ij33 et trouva le logement qu'on « lui avait destiné occupé par M. Maréchal, premier chirurgien « du Roi. M. d'Antin promit au sieur Adam d'en faire faire un « autre dans son atelier ou o?e lui procurer une pension de 5 00 livres. « Mais la guerre et la mort de M. d'Antin étant survenues, ces pro-

1. Voir, à ce propos, le dossier de la Couronne, aux Archives nationales, O* 1 93 1- 1932- 1933- 1934.

« messes n'eurent point d'exécution'. » Adam terminait cette supplique qui, comme on le voit, contenait ses griefs ordinaires au sujet de son logement, en priant M. Orry de lui faire rembourser une somme de 7,000 livres pour réparations par lui supportées dans son atelier. De tout ceci il ressortirait que le sculpteur, en 1741, n'était pas encore pensionné. Cependant, comme tout est contradiction dans ses allégations et que quelquefois même il altère la vérité, soit par erreur, soit intentionnellement, il ne faut pas s'étonner de le voir déclarer, dans un autre placet adressé à M"" de Pompadour, que le Roi l'avait gratifié de cette pension en 1740. Aucun texte précis ne peut nous sortir d'embarras.

Son atelier ne suffisait qu'à peine à contenir ses modèles ainsi que les morceaux en voie d'exécution, et quoiqu'il répétât souvent qu'il avait fini par s'organiser un logement dans cet atelier, il avait dû néanmoins garder un domicile en dehors du Louvre. Il est porté en effet dans VAlmanach royal, dès 1738, comme habitant au cloître Saint-Nicolas du Louvre, qu'il quitta en 1741 pour le cloître Saint-Louis du Louvre.

Par contre, Nicolas-Sébastien reçut, dans le courant de l'année 1740, son brevet d'installation aux frais du roi. jBousseau venait de mourir à Madrid, d'après certains auteurs; suivant d'autres, dans une petite ville d'Espagne, à Bazaïn. II laissait un logement vacant rue du Champfleury, et, lorsqu'il s'agit de sa succession, le choix de la Direction générale se porta sur Adam le cadet. La maison dont l'artiste hérita, par suite de cette décision gracieuse, ne représentait pas assurément un logis bien luxueux et bien commode, et le sculpteur s'en plaignit maintes fois. Malgré cela, il y vécut jusqu'à la fin de ses jours et, après sa mort, sa veuve s'ingénia à en garder la jouissance pour elle et son fils. Elle tou-

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