‹ Les Adam et ClodionChapitre 55 sur 177 · I. Archives nationales, O · texte numérisé non relu

I. Archives nationales, O

chait au Louvre et portait la dénomination d'Hôtel du Saint-Esprit. C'est dans ce quartier, vrai dédale de ruelles et d'impasses, champignon greffé, comme on l'a dit, sur ce vaste palais du Louvre, que vivaient alors la plus grande partie des artistes auxquels le manque de renommée ou de protecteurs fermait la maison même du roi. La rue du Champfleury avait joui en tout temps d'une détestable réputation. Il suffit d'indiquer un ordre du roi Louis IX, qui, a voulant purger sa bonne ville de Paris de la peste des filles « et femmes de mauvaise vie », leur désigna certaines rues, et entre autres celle-ci, pour y établir leur demeure. Bousseau laissait une pension que se disputèrent Restout et Boucher, d'une part, Adam et Vinache de l'autre, ainsi qu'en témoignent deux requêtes, l'une du 6 mars et l'autre du [18 mars 1740. Elle fut, suivant toute apparence, continuée à la veuve de l'artiste.

La terminaison et l'installation de cette immense machine du bassin de Neptune n'empêchèrent point les sculpteurs de paraître à l'exposition de 1740, où Bouchardon avait envoyé un projet de la fontaine de Grenelle. La Datte et Francin comptaient également parmi les exposants. Adam l'aîné produisait trois morceaux : en premier lieu, un buste de vieillard mordu à la gorge par un serpent. Le sculpteur ne faisait pour cette première production que repasser aux Parisiens, avec une légère altération de texte dans la désignation, un buste qui lui avait déjà servi à Rome pour sa réception à l'Académie de Saint-Luc; 2° un modèle en plâtre, à.' Un enfant assis sur une coquille, el pleurant d'avoir été pincé à la main par une écrevisse. « On doit, disait le Mercure (octobre 1740), « exécuter ce morceau pour une fontaine placée dans un salon, qui « fera pendant à la figure d'une petite fille que l'auteur achève, « laquelle rira d'un oiseau qu'elle tient dans sa main. » On retrouve, dans la suite, la première de ces deux figures dans une des salles de verdure du château de Neuilly, chez M. d'Argenson. On ne fait

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pas, il est vrai, mention de la seconde; mais tout porte à penser, d'après l'article du Mercure^ qu'elle appartenait également au propriétaire de cette belle résidence. Enfin, une esquisse en terre cuite représentant le Massacre des Innocents, où ron voit une mère qui s'empresse de retirer son enfant foulé aux pieds, et une autre qui s'efforce de défendre celui qu'elle tient entre ses bras. Cette esquisse resta probablement, comme tant d'autres créations de la même sorte, dans l'atelier de Fauteur, où Ton vendit, à son décès, une quantité de projets de tout genre.

Adam le cadet exposait, de son côté, un modèle en plâtre de son fronton pour Saint-Denis : Saint Maur implorant le secours du Seigneur pour la guérison d'un enfant mis à ses pieds par la mère affligée; ce saint lui posant sur la tête l'étole que saint Benoit lui avait donnée lorsqu'il reçut les ordres. Le critique ajoutait : « On « exécute actuellement (octobre 1740) cet ouvrage en grand, au « bâtiment de l'abbaye royale de Saint-Denis. » Puis un bas-relief en terre cuite, qui représentait Iphigénie a dans le moment qu'elle « va être immolée. Diane, satisfaite du vœu, enlève cette princesse « en promettant au roi Agamemnon, son père, une heureuse navi- « gation, et le grand prêtre substitue une biche à la place de la « victime. » Comme son aîné, Nicolas-Sébastien offrait au public un plat réchauffé, ce sacrifice d'Iphigénie ayant déjà paru, lors de la présentation du sculpteur à l'agrégation de l'Académie. Malgré cela, le salonnier du Mercure donnait de pompeux éloges à nos sculpteurs. « Ces ouvrages sont de nouvelles preuves de Thabi- « leté de MM. Adam et confirment la grande réputation dont ils « jouissent déjà, en ce que l'art et la nature ont de plus recherché « et de plus vrai. »

L'année 1740 vit se produire un événement fort important pour l'art, et qui devait plus tard ouvrir aux sculpteurs une voie nouvelle et un large débouché à leurs compositions. Le frère du contrôleur

général directeur des bâtiments civils, M. Orry de Fulvy, cédant aux offres que lui faisaient les frères Dubois de lui révéler le secret de la fabrication de la porcelaine de Saxe, établit à Vincennes, à ses dépens, un embryon de manufacture. Cette tentative, qui devait entraîner de si grands résultats et profiter, si ce n'est aux Adam eux-mêmes, du moins à leurs neveux, est tout particulièrement intéressante en ce qui touche leur biographie, par ce fait que l'organisateur qui suivit les frères Dubois, après la mauvaise réussite de leur entreprise, se nommait Charles Adam, que le prénom de Charles paraît souvent dans les actes de l'état civil de cette famille, et qu'on arrive ainsi à rattacher l'un des créateurs de l'art de la porcelaine en France à cette réunion déjà si nombreuse d'artistes. Le fils de Nicolas-Sébastien s'appelait Charles Adam, et c'est également un Charles Adam qui signe comme parrain d'un membre de la famille Michel. L'arrêt du conseil d'État portant privilège de fabriquer de la porcelaine façon de Saxe, libellé en faveur de Charles Adam, fut contresigné par le roi au camp de Bost, le 24 juillet 1745, en même temps qu'un brevet de don d'emplacement des bâtiments situés dans la cour de la surintendance, à Vincennes ' .

Depuis qu'Adam l'aîné possédait le titre d'adjoint à professeur, il s'exerçait à remplir ses fonctions avec le plus grand soin. Quoiqu'il n'eût pas encore au nombre de ses élèves ceux qui lui firent tant d'honneur, Gillet, de la Rue et son neveu Clodion, son grand talent et sa parfaite habileté de praticien avaient attiré, sans aucun doute, quelques jeunes gens autour de lui. Mais l'éducation qu'il dut soigner avec le plus d'intérêt et dont les heureux résultats lui causèrent la plus grande satisfaction fut celle de son second frère, François-Gaspard. En douze années qu'il avait pas-

I . La manufacture de Vincennes ne commença à fournir des produits intéressants qu'à partir de cette administration. Archives nationales, O' loSy.

sées auprès de ses deux aînés, les aidant dans tous leurs travaux et progressivement associé à Texécution des parties les plus délicates de leur art, François-Gaspard avait acquis une habitude et une sûreté de main qui le rendaient dès lors un artiste distingué. Il avait près de trente et un ans, lorsqu'il se présenta au concours de l'Académie et remporta le premier prix de sculpture (Juin 1741). Le morceau commandé était un bas-relief de trois pieds de hauteur, qui représentait Tobie rendant la vue à sonpère. Le 25 août, jour de la Saint-Louis, l'Académie lui conférait, suivant l'usage, la médaille d'or.

Gaspard Adam gardait de Rome un trop bon souvenir pour ne pas chercher à profiter au plus tôt du droit que lui donnait son titre de grand prix. Le i5 septembre 1741, il écrivait au Directeur général en le priant de lui faire parvenir son brevet. Voici, d'après les registres de correspondance, le résumé de cette requête. « Gas- « pard Adam, qui a remporté le premier prix de sculpture à l'Acac( demie de Paris, supplie Monseigneur de lui accorder une place a d'élève de l'Académie de Rome, pour se perfectionner dans son « art, exécuter ensuite en marbre la figure qu'il travaille actuellece ment avec facilité, et se rendre digne des grâces du Roi'. » M. Orry ne pouvait se défendre d'accueillir favorablement la demande de son subordonné, dont le succès, venant s'adjoindre à ceux de ses frères, avait causé un certain étonnement dans le monde des curieux. Mais il fallait attendre une vacance à l'Académie de Rome, où les places se trouvaient si occupées, qu'un autre grand prix, le sculpteur Mignot, réclamait depuis deux ans déjà son brevet \

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