‹ Les Adam et ClodionChapitre 62 sur 177 · Desjardins, Notice sur la cathédrale de Beauvais · texte numérisé non relu

Desjardins, Notice sur la cathédrale de Beauvais

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les diverses raisons qui peuvent excuser ce peu d'empressement de l'artiste à satisfaire ses clients, la première, comme la plus concluante, était le surcroît de labeur qu'il avait tout à coup à supporter vers ce moment.

Un événement politique d'importance, la mort du cardinal de Fleury, venait ajouter encore au mouvement si considérable des commandes qu'on lui adressait. Le cardinal, fort ménager du bien de l'État, n'avait que médiocrement encouragé les arts de son vivant ; et il fallut on pourrait dire sa mort pour qu'il rendît service aux artistes que « sa vilaine petite économie, comme l'écrit le « marquis d'Argenson, avait affamés». Au milieu de toutes les graves complications du moment, cette disparition du premier ministre, survenue le 29 janvier 1743, ne fut pas sans causer une profonde impression dans le pays. Nous ne pouvons entièrement ajouter foi aux allégations de M. d'Argenson, que nous venons déjà de citer, lorsqu'il soutient « qu'on n'avait jamais vu d'agonie si « comique par toutes les chansons, épigrammes et démonstrations « qui se faisaient dans l'antichambre du malade ». Le roi versa en réalité quelques larmes, et la cour elle-même obéit à cette première émotion. On décida que le souvenir du défunt serait perpétué par un monument magnifique, et, suivant ce projet, l'on fit appel au talent des sculpteurs les plus en renom. Le choix du Directeur général se porta sur Bouchardon, J.-B. Lemoyne et Nicolas-Sébastien Adam. Ce dernier mit à façonner l'ébauche de ce grand morceau une célérité telle qu'il put la présenter au Salon de 1743. Il représentait le cardinal à genoux sur son tombeau; derrière cette figure s'élevait « une pyramide accompagnée de « deux cassolettes fumantes qui répandent de tous côtés (s'écrie « le lyrique écrivain du Mercure) la bonne odeur de ses vertus. « Vers le haut de la pyramide, le Génie de la France s'efforçait de « retenir le Temps ». Nous laissons à l'auteur précité le soin de

parfaire cette description : « L'Équité et le Secret, désignés par une « seule figure debout à côté du tombeau, s'effrayent de voir le « Temps répandre le contenu de son sablier. Le chien qui est au « bas de cette figure représente l'attachement inviolable de Son « Éminence à Sa Majesté, et l'urne renversée sous ses pieds, d'où a se répand quantité de monnaie, fait connaître son parfait désin- « téressement. Les rares talents que le cardinal a apportés à l'édu- « cation de Sa Majesté sont marqués par le livre et le caducée. « Auprès de cette figure est un enfant qui, mettant une de ses « mains sur la poitrine et étendant l'autre dans celle de la Paix, « exprime la bonne foi, qui était l'âme de toutes les actions de cet a illustre ministre. L'architecture extérieure est couronnée par une « urne funèbre ornée de guirlandes de cyprès. » On voit, d'après cela, qu'Adam le cadet savait employer le symbole aussi bien, si ce n'est mieux, qu'aucun de ses concurrents. De toutes façons, l'ouvrage était considérable et vraisemblablement fort beau, puisqu'il provoqua une admiration générale. Les deux projets de Bouchardon et de Lemoyne furent déclarés inférieurs, et le sentiment du pubUc demeura également favorable au modèle de Nicolas Adam, lorsqu'on le mit en comparaison avec ceux de Vinache et de La Datte, qui avaient tenu, quoique ne faisant pas partie du concours, à tenter, eux aussi, la fortune. Mais quelque court qu'eût été le délai qui sépara la mort du cardinal de l'ouverture du Salon, les esprits avaient trouvé le temps de se calmer et d'oublier quelque peu le défunt. Les nouvelles de la guerre, d'une part, et les soins qu'il rendait à la belle La Tournelle avaient assez promptement affaibli dans le cœur de Louis XV, fort indifférent par nature, le souvenir de son ancien précepteur; aussi, lorsqu'il s'agit de transformer le projet en réalité, trouva-t-on ses principaux organisateurs fort sourds à cet appel. Adam le cadet resta donc avec son modèle sur les bras, et de cette page de la vie du sculp-

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teur il ne nous reste que des descriptions très enthousiastes pour la plupart, le souvenir d'une gratification de cinq cents livres, en outre des mille livres reconnues à chacun des artistes participant au concours % et de fort mauvais vers dont M. de Bonneval se rendit coupable, et que nous insérons ici seulement à titre de curiosité :

Doctes rivaux dans Fart ou brille Girardon,

Adam, Lemoyne, Bouchardoii, Votre léger ciseau va donc faire paraître Les vertus du ministre et les regrets du maître. La douleur ne veut point d'efforts ingénieux,

Soyez simples comme l'histoire.

11 suffit d'exposer le ministre à nos yeux

Pour votre honneur et pour sa gloire.

L'élégance des ornements Vaut-elle.de Louis les tendres sentiments? Vous pouvez d'un seul trait faire honte à la Parque : Gravez sur ce tombeau les larmes du monarque-.

Le cardinal de Fleury finit cependant par posséder son mausolée. La famille, fatiguée de ces nombreux délais, décida de subvenir elle-même à la dépense et s adressa dans cette intention à J.-B. Lemoyne. Une note des Mémoires secrets de Bachaumont annonce en ces termes l'érection du monument définitif : « 28 janvier 1768. — Le mausolée du cardinal de Fleury vient d'être « découvert depuis peu à Saint- Louis du Louvre. Il est du « sieur Lemoyne. »

Pour indemniser Nicolas Adam du tort qu'on lui causait, la Direction générale lui confia en même temps deux ouvrages différents : d'abord une figure en marbre de 6 pieds de proportion, une Iris destinée aux jardins de Versailles, où on lui donnait pour vis-

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