I. Lettre de Coypel, mars 1749. Archives nationales
» ensuite la vie a ce marbre que Pygmaiion épousa. » Ce sujet de Pygmalion flattait tout particulièrement les Français du xvni» siècle et l'on pourrait citer bien des ouvrages du même genre. Falconet en a laissé un fort réputé, qui est arrivé jusqu'à nous, plus favorisé en cela que celui dont il s'agit, qui ne se retrouve, à notre connaissance, dans aucun musée ou aucune collection. A côté de ce Pygmalion, on voyait une figure de femme assise représentant la Vérité qui se découvre elle-même, un pied sur le globe de la terre, et placée au-dessus d'un piédestal en forme de rocher, que l'artiste montrait au public sans l'avoir entièrement terminée. Le catalogue disait de cette statue et du groupe de Pygmalion qu'ils pourraient s'exécuter en marbre. Elle devait, ainsi qu'une Vertu couronnée de lauriers qui, d'une main, tient une épée avec laquelle elle abat la tête d'un serpent, et de l'autre, une branche de chêne, servir à la décoration des jardins de Choisy ; mais, comme V Aurore de Vinache et VIris de Nicolas-Sébastien, elles restèrent apparemment dans l'atelier du sculpteur à l'état de modèles. Quant à la statue de la Verve poétique ou Poésie, dernière pièce de l'exposition d'Adam l'aîné, il en reprit plus tard l'idée pour composer la figure que M™ de Pompadour fit placer dans son château de Bellevue et dont le modèle en plâtre reparut au Salon de lySo.
Le Mercure qui, pour la dernière fois, consacrait autant de pages au Salon de peinture et de sculpture, adressait en cette occasion aux deux frères des louanges toutes particulières. Il disait de l'aîné : « On pourrait hardiment donner les plus grands éloges aux « ouvrages de M. Adam, sans crainte d'être démenti par le public « ni par les connaisseurs les plus difficiles et les plus délicats. » Et de Nicolas : « Personne n'accusera le cadet de dégénérer et de ne « pas soutenir la réputation que ceux qui portent son nom se sont « si justement acquise dans l'art de la sculpture. Le bas-relief (de « sainte Victoire) a été entièrement goûté par les connaisseurs. «
Le critique du Salon terminait ainsi son emploi, bien malheureusement pour les curieux de notre temps; et lorsque, deux années plus tard (1745), l'exposition, momentanément suspendue, se rouvrit, la gazette ne contenait plus qu'une sèche nomenclature des tableaux et quelques mots à peine pour les statues.
L'année 1744 ne contient aucun événement saillant dans la vie de nos sculpteurs. Le plus jeune des trois frères, François-Gaspard, menait à Rome la vie habituelle des pensionnaires, sans y trouver les mêmes occupations que ses aines et sans que son directeur. De Troy, ait eu à noter sur son compte rien de bien intéressant. Sa correspondance, plus restreinte que celle du chevalier Wleughels, son prédécesseur, ne signale, en effet, que l'arrivée de son nouvel élève et les circonstances de son départ, sur lesquelles la suite de notre sujet nous ramènera. Les deux aînés vécurent de leur côté dans une sorte de retraite, absorbés par la terminaison de leurs différents travaux : Lambert Adam par les groupes de la Chasse, de la Pêche, de la Poésie et la fonte de son bas-relief de Sainte Adélaïde; Adam le cadet par son Iris, le Prométhée, et tous les deux enfin par le nombre de productions moins importantes qu'ils composaient incessamment. Du reste, quelle attention aurait-on prêtée à des choses d'art, lorsque tout l'intérêt du public se portait sur de grands faits de guerre et suivait le monarque à la frontière ? . Comment le nom des sculpteurs aurait-il pris place dans les journaux, au milieu de ce déluge de dépêches relatant la prise des places fortes, les mouvements des armées et surtout les détails de cette grave maladie de Louis XV qui passionna la France entière ' ? L'Académie elle-même ne fait plus parler d'elle; l'exposition est remise à des temps plus favorables; toute chronique, en un mot, disparaît devant ces deux grandes nouvelles : le Roi est en danger,