‹ Les Adam et ClodionChapitre 76 sur 177 · Archives nationales, 0* 1934 B · texte numérisé non relu

Archives nationales, 0* 1934 B

2. L'hôtel Choiseul occupait les terrains où l'on éleva depuis les bâtiments de l'Opéra, brûlé le 27 octobre 1873. Le fronton de la façade qui donnait sur la cour d'honneur était orné de sculptures dues au ciseau de Nicolas-Sébastien Adam. (Inventaire des richesses de la France.)

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au delà du boulevard. Celle-ci, agréablement décorée par Lecarpentier, se trouvait rue Grange-Batelière. De la Folie-Bouret à la Folie-Laborde il ny avait qu'un pas; aussi le sculpteur sauta de Tune à l'autre. 11 y laissa de sa main un grand bas-relief au tympan d'un fronton, à la façade qui regardait la cour d'honneur. Les sujets qu'il exécuta de la même façon pour un collègue de M. Bouret, M. de la Bouexière, rue de Clichy, sont plus connus et firent partie de son exposition de 1753. C'était un basrelief représentant la Mort de Coronis, dont il avait emprunté la pensée aux métamorphoses d'Ovide, et deux Sphinx destinés au même pavillon. On voyait encore de lui au Louvre, la même année, un modèle d'Angélique et Médor qui, destiné à l'hôtel de Choiseul, y séjourna jusqu'en 1777, où on l'annonçait à vendre dans les termes suivants : Un beau groupe de pierre de Tonnerre, propre pour un grand jardin et représentant Médor et Angélique, par Nie. Adam. S'adresser au sieur Fribourg, suisse de l'hôtel de Choiseulj rue Neuve- Saint- Augustin ; enfin, un bas-relief de la Charité. C'est à ce Salon de 1753 qu'Adam l'aîné avait dit son dernier adieu au public. Adam le cadet en resta éloigné pendant dix ans. Les deux frères cédaient la place à des concurrents plus en renom et plus favorisés, à Lemoyne, dont le père mourait vers ce moment, à Bouchardon, à Slodtz, à Pigalle, à Vassé, et, parmi les plus jeunes, à Falconet, à Pajou, à Saly, etc.

C'est vers 1754 qu'il faut placer l'arrivée à Paris du principal personnage de ces biographies, de Clodion. A partir de cette date, l'existence des frères Adam se lie si intimement à celle de leur neveu, qu'en retraçant la vie de celui-ci nous écrirons la leur. Le lecteur y retrouvera les principaux incidents qui signalèrent leurs dernières années. Pour Lambert- Sigisbert, un portrait de sa vie d'atelier, dans cette maison de la rue de la Ville-l'Évêque où il transporta ses pénates et où il mourut en avril 1759; pour

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Nicolas-Sébastien, le récit de son mariage, de son admission à l'Académie, des louanges et des vives critiques que lui valut son Promêthée, de la tristesse de ses derniers moments, assombris par la misère et la plus cruelle infirmité pour un homme de sa profession, la perte de la vue; pour François-Gaspard, enfin, son retour à Paris, que sa mort suivit deux années plus tard, en 1761.

Au demeurant, le reste de cette étude, en ce qui concerne les deux aînés, est bien loin d'égaler, comme intérêt, la première partie de leur existence. Ils avaient clos l'un et l'autre cette brillante carrière qui, en Italie d'abord, et en France depuis leur retour, pendant vingt longues années, les avait placés au premier rang des artistes.

Assurément, leur manière et leur talent donnèrent lieu à des appréciations bien différentes et souvent peu favorables. On a déjà vu avec quelle mauvaise humeur Mariette les traitait, et Diderot, parlant de Nicolas-Sébastien et de son Promêthée, laissait échapper cette exclamation furieuse : « Adam ! misérable Adam ! » Mais ces déclamations mêmes , ces attaques passionnées montraient combien leurs adversaires sentaient qu'il fallait compter avec des gens de leur mérite; et, quoiqu'ils aient contesté leur goût, jamais ils ne leur ont refusé une extrême adresse et une incroyable facilité d'exécution. A côté de ces critiques malveillantes et à côté du jugement des indiff'érents comme d'Argenville, qui, quoique imparfaitement convaincu, écrivait pourtant à leur sujet : « Nicolas et son frère Lambert travaillent le marbre avec la plus « grande habileté; on peut justement leur reprocher d'avoir fait, en « ce genre, des tours de force qui ont eu peu d'imitateurs », nous trouvons, dans les écrits du temps, des jugements d'une tout autre portée et des plus avantageux pour leur mémoire. N'est-ce pas l'abbé Le Blanc qui écrit, en 1748 : « Si la postérité était encore

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« quelque chose pour nous, MM. Adam l'aîné, Slodtz, Falconet « et Le Moyne fils, qui ont tous cinq enrichi le Salon de différents « modèles en terre cuite, seraient plus employés »; et plus loin : « Jamais la France ne fut plus riche en habiles sculpteurs. Indé- « pendamment de ceux qu'on vient de nommer, elle a le savant « M. Adam le cadet, M. Coustou, etc. « N'est-ce pas la Dixmérie qui, représentant à nos yeux une lutte entre les artistes du siècle de Louis XIV et les artistes ses contemporains, les comprend parmi les plus célèbres lorsqu'il s'écrie dans un accès de lyrisme : « Jamais victoire ne fut mieux disputée parmi nos Phidias; plu- (c sieurs se faisaient remarquer dans la foule comme on distinguait « les Achille, les Ajax, les Diomède dans l'armée des Grecs. Je « reconnus Bouchardon, que cette capitale a chargé du soin d"ac- « quitter son zèle et sa reconnaissance dans un monument qui est a le fruit de l'une et de l'autre; Le Moyne, justement célèbre par « ses travaux et ses succès dans le même genre ; Pigalle, qui dans « un seul ouvrage éternise la vie et la mort d'un héros; Falconet, « qui semble avoir fourni de nouveaux traits, de nouvelles « expressions à l'Amour; Slodtz, qui enrichit de nouveaux attri- « buts la piété et le zèle; les Adam, les Vassé, les Saly, les « Cafïieri, les Challe. »

L'un d'eux a eu les honneurs de la poésie. Panard l'a chanté dans un logogriphe en forme de quatrain :

Le premier de tous les humains

Qui fut séduit par une femme

Nous nomme un sculpteur dont les mains

Au marbre savent donner l'âme.

Enfin, de bons peintres ont tenu à nous laisser leurs portraits : pour Lambert-Sigisbert, La Tour et Perronneau ; pour Nicolas- Sébastien, Aubry le jeune.

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La postérité n'a point eu d'appréciation à leur égard et ne les a jugés ni en bien ni en mal ; elle les a purement et simplement ignorés. Ils valaient pourtant mieux que cet oubli et méritent qu'on leur rende, de nos jours, un peu de cette renommée qu'on a depuis plus d'un siècle refusée à leur nom.

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