I. Heinecken, Vies des Artistes
France, pour couper court par sa présence à des difficultés d'intérêt. Denina ' parle d'un caprice, d'une boutade irréfléchie, à la suite de laquelle le fougueux Gaspard Adam aurait mis la clef sous la porte et laissé là ses travaux sans vouloir rien entendre. Cette dernière opinion est celle qui a trouvé le plus de crédit dans toutes les compilations, où on l'a reproduite de confiance, sans chercher autrement à en contrôler l'exactitude. Nous écartons, quant à nous, l'une et l'autre de ces versions ; nous pensons que si le sculpteur lorrain quitta si précfpitamment Berlin, c'est qu'il dut fuir à l'approche des bataillons russes qui s'emparaient de la capitale, après la bataille de Kunersdorf, et envahissaient Potsdam, où ils opéraient avec la brutalité de hordes à demi sauvages, tandis que le propriétaire de céans, Frédéric II, cantonné en Saxe et réduit au désespoir, parlait d'en finir avec la vie. Gaspard Adam, le premier sculpteur, pas plus que le premier peintre, Charles-Amédée Vanloo, n'avaient engagé leurs vies au service du roi de Prusse; ils ne lui devaient que leurs talents, dont ils ne pouvaient rien faire au milieu des hasards d'une guerre désastreuse. Ils s'en revinrent donc de compagnie, laissant là les soldats d'Elisabeth détériorer tout à leur aise les tableaux et les statues. Vanloo prit à Paris, rue de la Monnaie, un appartement qu'il habita pendant quatre années, de 1760 à 1764. A cette date, il retourna en Allemagne et y reprit ses anciennes fonctions.
Quant à Gaspard Adam, qui avait trouvé, de son côté, à s'installer rue Sainte-Anne, la mort l'emporta avant ce temps. Il n'est point certain, d'autre part, que, vivant, il eût suivi les errements de son collègue. Le roi de Prusse passait pour un singulier maître, dont les caprices et le peu de générosité dégoûtaient successivement la plupart des hommes de talent qu'il employait. « Il y avait