‹ Les Adam et ClodionChapitre 91 sur 177 · Epître XIX à Darget, t. X, p · texte numérisé non relu

Epître XIX à Darget, t. X, p

Dont la tranquillité ne saurait être émue, Allons, qu'Adam travaille et fasse une statue.

En d'autres moments, le roi de Prusse parle de l'artiste comme d'un Phidias ou d'un Praxitèle. On voit, d'après cela, que ce Lorrain réussissait fort bien à la cour de Berlin, et l'on se prend vraiment à trouver attachante et originale la figure de ces gens entreprenants, intrigants au dire de leurs ennemis, qui de Gaspard Adam à Thomas et à Sigisberl Michel, faisaient aussi la conquête de ce Roi conquérant, s'insinuaient dans ses bonnes grâces, s'implantaient à sa cour et finissaient par s'y transmettre les premiers emplois, au détriment de tant de convoitises éveillées autour d'eux, avec la même assurance que s'il se fût agi d'un droit imprescriptible.

Gaspard Adam, quelles qu'aient été, du reste, ses intentions à cet égard, ne devait point revoir Potsdam et Berlin. Il mourut le i8 août 1761, dans cette maison de la rue Sainte-Anne, l'hôtel de Guise, où il était descendu lors de son arrivée à Paris, et le monde des curieux demeura fort indifférent à cette disparition. 11 faut recourir aux Petites-Affiches pour y trouver l'indication de son décès.

Lundi 24 août 1761.

Enterrement du 19.

M. François-Gaspard Adam, premier sculpteur du roi de Prusse, ancien membre de l'Académie de Florence, décédé rue Sainte-Anne, à Saint-Roch.

Nous n'avons même pas, comme pour Lambert-Sigisbert, un texte plus détaillé, une énumération des parents et des amis qui lui rendirent les derniers devoirs.

La vie de Clodion était, dès cette époque, trop remplie par le

travail, son imagination trop nourrie de projets de toute sorte, pour

que le chagrin laissât dans son esprit une trace bien profonde. Il

lui avait fallu cependant se séparer encore du premier de ses frères, Sigisbert-Michel, qui, dans le courant de Tannée 1768, allait remplacer à Berlin son oncle défunt ; mais cet èloignement ne comportait pas une séparation absolue, et peut-être même Clodion nourrissait-il l'espérance secrète de rejoindre son aîné en Allemagne, une fois son temps de Rome expiré.

Rien ne s'opposait plus à son départ pour l'Italie. Il possédait depuis le 6 août son brevet', ainsi formulé et parsemé, comme tout bon acte public, d'un certain nombre d'erreurs.

Nous, Directeur général, etc. Bien informé des heureuses dispositions du S' Michel Clodion, natif de Paris, âgé de 23 ans ou environ, dans Part de la sculpture qu'il a étudiée tant sous M. Pigalle, sculpteur du Roy et l'un des professeurs de son Académie, qu'à l'Ecole des Elèves protégés, sous la conduite de M. Vanloo, i" peintre de S. M. directeur de l'école dans laquelle il a remporté le I" prix de sculpture le i^' septembre i/Sg; l'avons choisi et nommé pour être l'un des élèves pensionnaires de S. M. à son Académie de Rome, sous la conduite de M. Natoire, directeur d'icelle, et ce pendant le temps qu'il nous plaira, à la charge par ledit S' Clodion de s'appliquer avec docilité et assiduité aux études et ouvrages que ledit S' Natoire lui ordonnera et d'apporter tous ses soins pour se perfectionner dans son art, et ce conformément au règlement du mois d'août 1737. En foi de quoi nous avons délivré le présent brevet pour lui servir et valoir en temps et lieu ce que de raison. Lequel nous avons signé de notre main, fait contresigner par le secrétaire ordinaire des Bâtiments du Roy, et apposer le cachet de nos armes.

A Versailles, ce 6 aoust mil sept cent soixante-deux.

Signé : Le marquis de Marignv.

Et plus bas, par M. le Directeur général,

Signé : de Gilet.

En outre de ce brevet, sorte de passeport indispensable, le gouvernement remettait aux nouveaux élèves de l'Académie de Rome une somme de 3oo livres pour couvrir les dépenses de la route.

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