SATYRESSE ET ENFANTS SATYRES
Terre cuite par Clodion,
qui faisaient enfin leur apparition six ou huit mois après le moment
fixé pour leur entrée. Pour faire face aux exigences d'une situation compliquée à ce point, le gouvernement du Roi choisissait des représentants d'un mérite reconnu, ou du moins, il avait commencé à agir de la sorte en ij38, et il suivit ces errements jusqu'à la dissolution même de l'Académie de France'. Après DeTroy, Natoire, Halle (i 774-1 781), Vien (i 781 -1784) et Lagrenée (1784- 1790) continuèrent la tradition de leurs deux illustres prédécesseurs. C'est assurément à l'influence de ces hommes de talent que l'Académie dut d'éclipser bientôt les autres institutions du même genre et de fournir non seulement à la France, mais à l'Europe les meilleurs peintres et sculpteurs du temps.
Natoire, sous les ordres duquel Clodion se trouvait placé, avait acquis en Italie une réputation aussi solide que celle qu'il possédait dans son pays. Il avait remporté le premier prix de l'Académie de Saint-Luc, à Rome, lorsqu'il n'était encore que pensionnaire du roi, et les grandes fresques qu'il venait d'exécuter à Saint-Louis des Français avaient donné à son nom un regain de célébrité. C'était un artiste de beaucoup de talent, actif, intelligent, consciencieux, parfaitement intègre, mais, par contre, d'un esprit inquiet, et très porté naturellement à se créer des antipathies. Ses démêlés avec ses pensionnaires occupent une part trop grande dans sa correspondance, et quoiqu'il rendît justice à l'ensemble de leurs bons sentiments et à leur application, il trouvait malgré cela, et presque constamment, l'occasion de se plaindre de quelqu'un d'entre eux.
Clodion ne s'attira jamais de sa part aucun reproche écrit et officiel. Bien au contraire, le dossier que l'on peut reconstituer
I. Le choix qu'on avait fait de J.-F. De Troy inaugura ce système, et lorsqu'il s'agit de le remplacer, après quatorze années d'exercice, on envoya au palais Mancini l'un des artistes les plus en vue, aussi réputé et employé à Paris que son ancien maître Lemoyne, que Boucher, son camarade d'atelier, que les Vanloo, etc.
à propos de lui et les extraits des lettres du Directeur qui le concernent le montrent sous un jour tout à fait avantageux. Ils le représentent comme un travailleur fort occupé de ses études, peu mêlé aux divertissements imaginés par ses camarades, et menant une vie plutôt retirée, quelque peu sauvage, mais, somme toute, comme un des hôtes du palais Mancini dont le Directeur faisait le plus de cas. Voyez, du reste, ce que la correspondance de Natoire et de M. de Marigny nous apprend de son caractère. Les documents sont fort peu nombreux. Qu'y avait-il à dire de bien particulier sur le compte d'un élève qui ne commettait aucune incartade, aucune infraction au règlement, et vivait pour le reste très simplement, d'un jeune homme chez qui tout, jusqu'à la santé, était bien et sagement ordonné? Les fièvres du pays n'avaient point de prise sur sa forte constitution. Tandis que, pour les uns et les autres, une indisposition, un accident, quelquefois môme une maladie dangereuse, nécessitaient l'intervention de la médecine et de la pharmacie italiennes, Clodion y échappait constamment par le fait de son heureuse étoile. Il dut s'en louer plus d'une fois, surtout en considérant le grand nombre de ses collègues que leur santé délabrée contraignait à renoncer au séjour de l'Italie. Allegrain avait quitté Rome en 1760 pour cette raison. Hubert Robert faillit y mourir vers la même époque, et Lefèvre succomba à des accès de fièvre paludéenne, à l'heure même où on tentait de le rapatrier, sans parler de bien d'autres qui furent atteints plus ou moins gravement.
Pendant un laps de trois années, le nom du nouveau pensionnaire ne se trouve cité dans la correspondance de l'Académie que lors de son arrivée à Rome, puis au moment de réparer, comme on l'a vu plus haut, les murs de son atelier qui menaçaient ruine. A la date du 16 avril 1766, Natoire le signalait pour la première fois dans ces termes à l'attention du surintendant : « Le sieur Julien
« copie au Capitole un fort beau tableau de Molle ' pour son étude; « de Saint-Quentin en commence un dans le même Salon, d'après « Piètre de Cortone, représentant la bataille de Constantin. J'es- « père que cela leur sera avantageux pour leurs études. Je suis assez « content de leurs progrès en général, et chacun travaille avec « beaucoup d'émulation. Le sieur Clodion, sculpteur, m'a fait « voir une suite de petits modèles. Cet artiste est rempli de « goût dans ses ouvrages et fait un très bon sujet. >» Le i6 juillet 1765, une nouvelle lettre contient de nouveaux éloges, plus circonstanciés cette fois. Clodion reçoit enfin une commande de l'un des plus importants personnages de la cour de France, du duc de la Rochefoucauld, qui est venu passer quelque temps à Rome, au courant d'un long voyage en Italie. Le directeur avait signalé son arrivée au mois de mars, en même temps que celle d'un grand seigneur russe, le feld-maréchal comte Mozamowski, fort ami, lui aussi, de l'art et des artistes. Les petits modèles avaient bien réussi, dès cette époque, à Clodion. On apprenait à estimer sa manière, et les amateurs inscrivaient son nom sur leurs tablettes pour s'en souvenir à l'occasion. "Voici l'épître de Natoire :
« 16 juillet 1766. — Je suis très content aussi du sieur Clodion. « J'ai vu une suite de petits modèles qu'il a faits d'un très bon a goût. Il a un groupe à faire pour M. le duc de la Rochefoucauld, « en marbre, d'une moyenne grandeur, et je crois qu'il s'enacquit- « tera très bien. » Le Directeur général, dont de mauvais plaisants travestissaient alors le titre de marquis de Vandières en celui de marquis d'Avant-Hier, savait s'occuper à propos de tout ce qui ressortissait à son administration, et notamment des progrès des pensionnaires du roi. Comme preuve de cette sollicitude, il