‹ Les Adénopathies Tuberculeuses Chirurgicales: Étude pathogénique, et quelques points de diagnosticChapitre 9 sur 33 · AN 4 EE · texte numérisé non relu

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Le diagnostic porté est: mammite chronique, avec lymphangite et adénite consécutives, de nature inconnue.

L'examen des autres organes ne révèle rien d’'anormal: rien aux poumons, rien au cœur, les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.

Le 21 juin, incision des abcès ganglionnaires de l’aisselle, qui donnent issue à une certaine quantité de pus épais mêlé de matière blanchâtre, caséiforme. On ensemence sur gélose et, un coup de curette étant donné, on inocule le produit de râclage du ganglion sous la peau de la cuisse d’un cobaye.

Les tubes de gélose restèrent stériles, mais le cobaye présenta un chancre d’inoculation, une adénopathie consécutive et mourut tuberculeux au bout de deux mois.

La nature tuberculeuse des adénites ainsi démontrée établit la nature identique de la lymphangite et de la mammite qui lui avaient donné naissance : la malade ayant refusé toute autre intervention, on ne put pratiquer d'examen direct de la tumeur du sein.

OBsERVATION II (personnelle). — Tuberculose adéno-osseuse (1).

Le nommé Lagr... François,âgé de 49 ans,journalier,entre le 21 octobre 1899, à l’infirmerie de la maison de Nanterre, salle de chirurgie (hommes), lit ne 45, dans le service de M. le D' Rémy.

Le malade n’a pas de renseignements sur les antécédents héréditaires ;comme antécédents personnels il n’accuse qu'une fracture ancienne du radius gauche et une fracture des deux os de la jambe droite.

Il ya trois ans, après un séjour de onze mois dans les ateliers de la maison de Nanterre, il entra à l’infirmerie pour une affection dont il ne sait pas la nature. Il y fut soumis pendant trois semaines environ au régime lacté, en sortit amélioré, et alla reprendre du travail au dehors.

Bientôt après il s’aperçut d’une grosseur, survenue au côté droit du cou, qui augmenta de volume, se ramollit et s’ouvrit spontanément ; une longue suppuration s'établit, Le malade négligea d'ailleurs complètement de se faire soigner.

Cependant de nouveaux accidents ne tardèrent pas à apparaître : un abcès froid se forma au niveau du sternum, pour lequel le malade revint se faire admettre à l'infirmerie de la maison de Nanterre. Là on pratiqua l’incision de la collection, au-dessous de laquelle on trouva une lésion osseuse du sternum ; un grattage fut pratiqué. Puis on dut procéder à l’extirpation de volumineux ganglions sus et sous-claviculaires du côté droit, et d’un autre sus-sternal. Ces plaies opératoires se réunirent bien, et la seule fistule ganglionnaire actuelle est celle du ganglion cervical que le malade laissa s'ouvrir spontanément,

Mais l’ostéite sternale ne fut pas guérie par la première intervention:

(1) V. planche [, la figure 1 se rapportant à cette observation,

elle s’étendit au contraire etle processus gagna les côtes voisines. Actuellement le sternum semble atteint à sa partie moyenne sur une hauteur de 8 à 10 centimètres et dans toute sa largeur : des trajets fistuleux multiples conduisent sur l’os dénudé. D’autres fistules existent au niveau des articulations chondro-sternales droites ; de petites ulcérations violacées signalent des points d’ostéite suppurée des 5°, 6°, 1° et 8° côtes du même côté : la 6° côte notamment est jalonnée dans sa moitié antérieure par de semblables ulcérations fistuleuses, dont la plus externe se trouve au niveau de la ligne axillaire. Quelques cicatrices indiquent des points où la suppuration s’est tarie.

Un ganglion axillaire droit se prit consécutivement à ces lésions et suppura : une fistule subsiste encore.

Le diagnostic de tuberculose ganglionnaire et osseuse n’est pas douteux, et la première manifestation fut ganglionnaire.

Le malade présente d’ailleurs un état général relativement satisfaisant, son appétit est conservé. Ses urines ne contiennent ni albumine ni sucre.

Malgré l’auscultation la plus attentive, on ne trouve rien d’anormal dans ses poumons.

En examinant le sujet, on lui découvre une petite hernie épigastrique qu'il ignorait. e

En raison de la grande multiplicité et de l'étendue des lésions, ilest impossible de songer à une intervention radicale ; on se contente de déterger les ulcérations, de curetter les trajets fistuleux et d'appliquer des pansements au naphtol camphré.

OBserVATION IIT (personnelle). — Tuberculose adéno-osseuse (1).

Le nommé Cheval...,àgé de 24 ans,cordonnier,entre le 24 octobre 1899 à l’infirmerie de la maison de Nanterre, salle de chirurgie (hommes), chambre 2, dans le service de M..le D' Rémy.

Antécédents héréditaires. — Mère bien portante; père mort d'une fluxion de poitrine ; un frère bien portant.

Antécédents personnels. — Aurait eu le carreau vers l’âge de 4 ans;

Vers l’âge de 9 ans, écrouelles de la région sous-mentale ;

A 17 ans, fièvre typhoïde ayant duré 6 semaines ;

A 18 ans, fièvre continue ayant duré un mois environ et diagnostiquée encore fièvre typhoiïde.

A l’âge de 19 ans le malade présenta une fracture du péroné droit par choc direct au niveau du tiers moyen de l’os, avec plaie communiquant avec le foyer de la fracture. Des phénomènes d'ostéite ne tardèrent pas à se manifester, qui nécessitèrent son admission à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. Th. Anger, où M. Lejars pratiqua, deux mois

(1) V. planche I, les figures 2 et 3 et planche IT, les figures 1 et 2 se rapportant à celte observation.

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après l'accident, un grattage du péroné ; dès ce moment, raconte le malade, on porta le diagnostic de tuberculose osseuse. Son séjour à Beaujon dura cette fois trois mois ; la plaie de la jambe finit par se cicatriser, mais elle se rouvrit depuis.

Après la sortie de l'hôpital, un chapelet ganglionnaire survint du côté droit du cou : ces adénites suppurèrent et ont laissé des fistules.

Puis un abcès à marche torpide se forma à la partie supérieure de la région poplitée du membre inférieur droit ; cet abcès, devenu volumineux, fut incisé en ville. Une suppuration lente s'établit, la peau s'ulcéra en deux points voisins, de sorte qu’il existe actuellement à ce niveau trois plaies bourgeonnantes, atones, allongées suivant l’axe du membre, n’intéressant que le tissu cellulaire, et environnées d’une zone violacée. D’autres abcès semblables se formèrent au-dessus du foyer de la fracture et à la face interne du genou.

Vers la même époque (le patient ayant alors 21 ans), l’ancienne plaie de la jambe, au niveau de la fracture du péroné, se rouvrit spontanément et devint fistuleuse; cette fistule persiste encore.

Le malade dut alors entrer une seconde fois, pour ces plaies multiples qui lui rendaient la marche impossible, à l'hôpital Beaujon, où on lui proposa la désarticulation de la hanche : il s’y refusa. Au bout de trois mois de soins et de pansements, il quitta l'hôpital, amélioré, et rentra chez lui. Son état devint bientôt assez satisfaisant pour lui permettre de marcher et même de faire à pied de longues courses.

Mais peu à peu une gêne, une raideur survinrent dans le mollet droit ; un abcès se déclara et s’ouvrit spontanément à ce niveau: nouvelle plaie bourgeonnante, à suppuration froide, semblable aux précédentes. Presque en même temps des ganglions cervicaux gauches se tuméfièrent et se mirent à suppurer.

Il ya six mois, de nouveaux ganglions cervicaux droits, situés audessous de ceux qui s'étaient abcédés antérieurement, s’ulcérèrent, laissant des cicatrices et des fistules.

I yacinq mois, deux abcès ganglionnaires inguinaux droits se formèrent, s’ouvrirent et donnèrent naissance à des fistules qui existent encore.

Il y a trois mois, le malade commença à ressentir une gêne dans les mouvements de la cuisse droite, et un endolorissement de la fesse du même côté. Ces sensations augmentèrent peu à peu d'intensité, et la cuisse se mit graduellement en flexion sur le bassin. C’est alors que le patient entra à l’infirmerie de la maison de Nanterre.

On constate chez lui une volumineuse collection fluctuante à la partie postérieure de la fesse droite, et d’après les commémoratifs, la marche torpide et l’absence de douleur vraie, on porte le diagnostic d’abcès froid. À deux reprises successives cet abcès est ponctionné et donne issue la première fois à 3/4 de litre, la seconde fois à 1/2 litre de pus ayant toutes les apparences du pus froid, et qui, ensemencé, ne

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donna aucune culture. L'abcès se reproduisant avec rapidité, on l’incise le 7 novembre . un litre de pus est évacué.

Le tissu cellulaire est décollé sur une grande étendue dans tous les sens, mais on ne {trouve ni point osseux dénudé, ni trajet conduisant à un foyer éloigné de tuberculose. Du reste, après curettage des parois de l’abcès, drainage et pansement antiseptique, la suppuration se tarit rapidement et la plaie opératoire se mit à bourgeonner : on n’avait donc pas affaire à un abcès par congestion, ni ossifluent, mais d’après toute vraisemblance à un vaste foyer de lymphangite tuberculeuse suppurée, consécutive aux lésions de même nature du membre inférieur correspondant.

En somme le malade présente donc actuellement dix plaies du membre inférieur droit : :

L'une correspondant à un point d'ostéite tuberculeuse du péroné, consécutive à une fracture compliquée, et qui fut le point de départ des autres accidents ;

Sept autres plaies atones, n’intéressant que le tissu cellulaire, échelonnées depuis le foyer de la fracture jusqu’au pli de laine, et représentant des abcès lymphaugitiques tuberculeux successivement ouverts spontanément ou chirurgicalement ;

Deux plaies fistuleuses plus petites, allongées parallèlement au pli de laine, au milieu de cicatrices déprimées, violacées, amincies, très caractéristiques, restant comme signäture des adénites tuberculeuses suppurées auxquelles aboutit l'infection du système lymphatique du membre.

Enfin l’abcès récent de la fesse est très probablement une nouvelle manifestation de lymphangite ascendante de même nature.

Quant à la région cervicale, elle présente une ligne violacée de cicatrices croûteuses et listuleuses allant du lobule de l'oreille droite à l’angle de la mâchoire du même côté, et une autre trainée semblable,plus postérieure, correspondant au bord antérieur du sterno-mastoiïdien. D'autres cicatrices gaufrées se voient sur le bord antérieur du trapèze, au-dessus de la clavicule du même côté.

Au-dessus de la fourchette sternale existe une petite fistule ; une ligne cicatricielle blanchâtre double en dedans l'arc formé par la partie médiane du maxillaire inférieur.

A gauche cinq autres cicatrices violacées et fistuleuses s'échelonnent depuis l'apophyse mastoïde jusqu'au-dessus de la clavicule, en suivant à peu près la direction du sterno-mastoïdien.

Toutes ces cicatrices et ces fistules sont la signature d’adénites tuberculeuses cervicales suppurées dont les unes sont guéries tandis que d’autres ne sont pas encore Laries,

En présence de ces manifestations multiples de l'infection tuberculeuse uniquement localisée au système lymphatique etau système osseux,nous nous croyons autorisé à porter le diagnostic de tuberculose adéno-osseuse et à considérer le présent cas comme type de cette forme spéciale.

Le malade ne présente en effet absolument rien de suspect à l’examen clinique le plus attentif de son appareil respiratoire ; il n’a ni toux, ni expectoration : il n’a jamais eu d’affection pulmonaire.

Le cœur est normal ; sa pointe bat dans le 5° espace intercostal.

Le foie et la rate ne paraissent pas hypertrophiés ; il n'y a rien aux testicules.

Les deux aines offrent quelques petits ganglions roulant sous le doigt,

L'état général, sans être florissant n’est pas cachectique. Le malade est maigre, son appétit est médiocre. Il présente un développement exagéré du système pileux.

Ses urines ne contiennent ni albumine, ni sucre.

A l'examen de sa bouche et de son pharynx, intéressant à cause de ses adénites cervicales, on trouve :

Des amygdales normales (le malade n’est pas sujet à des angines fréquentes) ;, rien de suspect sur toute l'étendue de la muqueuse ;

Il manque une grosse molaire en haut, à gauche ; la symétrique à droite n’est plus représentée que par des chicots ; en bas, il manque une molaire de chaque côté, et la dernière molaire de chaque côté est cariée.

Ogservarion IV (personnelle). — Tuberculose adéno-osseuse.

La nommée Vig... Marie-Apolline, âgée de 60 ans, ménagère, entre le 21 juin 1899 à l'infirmerie de la maison de Nanterre, salle de chirurgie (femmes), lit n° 28, dans le service de M. le D' Rémy.

Antécédents héréditaires. — Néant.

Antécédents personnels. — Pas de maladies antérieures.

La malade a eu quatorze enfants, dont trois actuellement vivants et bien portants, une fille morte de suites de couches ; les autres sont morts en bas âge, de causes inconnues,

Vers le milieu du mois de juillet 1898 cette femme s’aperçut d’une adénite axillaire gauche qui fut incisée, curettée, drainée, et a laissé une tistule. Une autre survint à la fin du mois de mai 1899, au-dessus de la clavicule du même côté, et c’est pour cette dernière affection qu’elle entre à l’infirmerie. Mais à ce moment la peau, tendue, violacée, luisante, est sur le point de s’ulcérer et c'est une incision de nécessité qu'il faut pratiquer le jour même de son entrée ; cureitage, drainage. On à affaire très manifesteinent à une adénite tuberculeuse.

Trois semaines après, la phalangette du médius gauche commence à augmenter de volume ; la peau se tend, devient luisante, puis rougit peu à peu. Il n'y à ni fluctuation, ni fièvre, ni douleur : le diagnostic de spina ventosa n’est pas douteux, et il se vérifie quelque temps après par l'apparition d'une ulcération, bientôt suivie de plusieurs autres, par où un stylet peut pénétrer jusqu’à l'os dénudé. Après de longues hésitations la malade se laisse convaincre de la nécessité d’une exé-

rèse, et le 23 août 4899 nous procédons sur elle à la désarticulation des deux dernières phalanges du médius, car la phalangine s'était prise à son tour pendant ces temporisations.

Dans le courant de septembre de la même année, la malade s’apercoit d’une petite grosseur indolente au niveau du 2° espace intercostal droit, sur le bord droit du sternum. Une nuit elle se sent mouillée et le lendemain elle voit de la sérosité roussâtre sortir de cette tuméfaction qui s’est ulcérée. Elle revient alors se présenter à notre examen ; une fistule s’est établie, la peau environnante est amincie et offre la teinte violacée habituelle dans les suppurations froides sous-cutanées. Un stylet introduit par la fistule rencontre, en se dirigeant en haut et en dehors, un point osseux dénudé qui semble correspondre à la poignée du sternum, non loin de l’articulation de la première côte. IL s’agit donc d’une nouvelle ostéite tuberculeuse. La malade se refuse à toute intervention.

Cette femme n’a jamais toussé ; l’examen le plus soigneux ne révèle rien de suspect dans ses poumons ; le cœur est normal.

$ 2. — Lésions et réactions ganglionnaires.

Nous avons passé en revue les différentes portes d'entrée possibles du bacille tuberculeux dans le système lymphatique. Ayant pénétré dans un vaisseau blanc, ordinairement à la faveur d’un leucocyte qui l'a incorporé, ce bacille est entrainé dans la cireulation de la lymphe. Quelquelois il laisse des traces de son passage sous forme de lymphangite; cette lymphangite tuberculeuse est rare, mais indéniable : M. Lejars en a donné une étude magistrale et en a distingué deux formes, réticulaire et tronculaire. Il peut même arriver que l’agent tuberculeux, arrêté dès les lymphatiques, n’aille pas jusqu'aux ganglions, et qu’il y ait Iymphangite sans adénite. Mais le plus souvent, au contraire, c’est l’adénite qui est la première étape de l'infection, la Iymphangite faisant très fréquemment défaut, pour des raisons que nous n'avons pas à envisager ici.

Le bacille pénètre donc dans le ganglion par l’un des lymphatiques afférents ; il peut s’arrèter dans l’une des ramifications auxquelles ceux-ci donnent naissance en abordant la capsule, ce qui explique les formations tuberculeuses que l’on trouve souvent à ce niveau; de fait il se fixe plus fréquemment dans

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l’intérieur même du ganglion, soit dans le sinus sous-capsulaire, soit dans le réseau constitué par les voies lymphatiques, où la circulation de la lymphe est ralentie, soit, et même avec une prédilection marquée, en plein follicule, ayant traversé la membrane d'enveloppe de ce dernier, grâce au leucocyte qui le véhicule.

C'est en ces divers points qu'évolue le processus que nous nous sommes efforcé d'étudier, en expérimentant sur des cobayes pour saisir les phénomènes du début, et en pratiquant de nombreuses coupes de ganglions humains extirpés à des phases différentes de tuberculisation.

[.— Expérimentation sur le cobaye.— Nous avons employé pour nos expérimentations une culture pure de bacilles de la tuberculose humaine sur pomme de terre glycérinée, provenant de l’Institut Pasteur où elle avait été ensemencée le 28 octobre 1899.

Le 8 décembre cette culture, très abondante, couvrant entièrement la pomme de terre, un peu affaiblie par son ancienneté, avait cependant conservé toute sa vitalité, puisque, réensemencée à cette date sur bouillon, sérum et ‘gélose glycérinés, elle y donna dans les limites ordinaires de nouvelles cultures.

Nous y prélevàämes avec une aiguille de platine stérilisée une parcelle de la dimension d’une tète d’épingle que nous déposàmes et broyâmes dans un mortier stérilisé contenant 5 centimètres cubes de bouillon également stérilisé. Quand le mélange fut bien homogène, nous en injectàmes aseptiquement, au moyen d'une seringue de Debove, 1/2 centimètre cube sous la peau de la face interne de la cuisse de quatre cobayes sains dont le poids variait de 460 grammes à 650 grammes.

Ces cobayes furent isolés dans des cages séparées et mis en observation. Nous avons pu d'abord constater qu'aucun d'eux ne présenta ultérieurement de chancre d'inoculation. Cette exception à la règle universellement admise de la lésion locale au point d'introduction du virus ne nous est d’ailleurs pas personnelle. D'autres expérimentateurs, tels que M. le D' Bezançon, nous ont dit l'avoir également observée dans de semblables conditions. Il

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faut une plaie au point d’inoculation pour que le chancre apparaisse ; sans plaie, pas d'accident local et l’on réalise ainsi l’adénopathie tuberculeuse primitive.

Nous avons ensuite extirpé le ganglion de l’aine touché le premier par l'infection aux dates suivantes: 5 jours, 15 jours, 22 jours et 31 jours après l’inoculation.

Ces ganglions, fixés dans la solution de sublimé acétique, inclus dans la celloïdine, et débités en coupes fines colorées à l’hématoxyline et à l’éosine-aurantia, nous ont fourni les données suivantes.

1% cobaye. — Poids : 460 grammes. Cinq jours après l’inoculation, pratiquée sous la peau de la face interne de la cuisse gauche, il n'y avait pas encore de tuméfaction ganglionnaire nette dans la région inguinale correspondante. Nous enlevons cependant un ganglion qui nous parait correspondre au territoire lymphatique d’inoculation et dont la consistance paraît un peu plus ferme que celle de ses voisins,

Au microscope, l'aspect général de ce ganglion est très différent de l'état normal ; il se colore mal, les noyaux sont peu visibles, le protoplasma cellulaire parait trouble, et les contours des cellules ne sont pas nets. ;

L'architecture du ganglion est cependant reconnaissable. La capsule n’est pas hypertrophiée. Le sinus sous-capsulaire est rétréci, réduit à presque rien en certains points. Les follicules se distinguent bien : leur ceutre germinatif est composé de mononucléaires mal colorés ; les lymphocytes périphériques forment une couronne moins large que normalement, sans limites précises du côté du centre germinatif, dont les mononucléaires ont fait irruption et se trouvent mêlés aux lymphocytes.

Dans la substance médullaire, les cordons folliculaires présentent également des mononucléaires et des lymphocytes mêlés, mal colorés et peu distincts.

Mais ce sont les voies lÿmphatiques qui constituent la partie de beaucoup la plus altérée. Elles sont énormément dilatées, au point de for: mer des trainées visibles à l'œil nu sur la coupe. Elles forment, surtout dans la substance médullaire, un riche réseau d'anastomoses avec des dilatalions moniliformes. Elles sont remplies de gros mononucléaires, mêlés à quelques rares polynucléaires ; leurs cellules endothéliales font saillie ou même tombent dans la lumière de leur canal, elles sont tuméliées, vésiculeuses, et leur noyau se colore mal. En certains points, la paroi des voies Iymphatiques semble disjointe et il s’est fait à leur intérieur une irruption de lymphocytes venant d'un territoire voisin.

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On voit aussi, surtout à la périphérie du ganglion, la coupe de quelques vaisseaux sanguins congestionnés, et, par places, quelques hémorrhagies interstitielles,

En somme ce ganglion présente, comme caractères principaux : dégénérescence cellulaire générale, dilatation et altération des voies lymphatiques, congestion légère. Il n'y a pas traces de cellules géantes, ni de formations tuberculeuses ; le ganglion tout entier semble intoxiqué.

2° cobaye. -— Poids: 480 grammes. Quinze jours après l’inoculation à la cuisse gauche, extirpation d'un ganglion inguinal nettement plus volumineux que ses voisins. La capsule en est épaissie notablement, très vascularisée, infiltrée de cellules embryonnaires.

Le ganglion proprement dit présente deux zones bien différenciées : à la périphérie, des territoires normaux avec quelques follicules reconnaïssables, envoyant des prolongements vers le centre ; au centre et s’avançant plus ou moins vers la capsule, réduisant parfois à des sortes de croissants les territoires normaux, une zone atteinte de dégénérescence, prenant mal les colorants.

L'architecture est plus difficile à reconnaître que dans le premier ganglion.

Le sinus sous-capsulaire n'existe presque plus au niveau des follicules, mais se retrouve en d’autres points.

Les follicules, moins distincts que normalement, différencient moius nettement leurs centres germinatifs ; les lymphocytes périphériques,bien colorés et paraissant normaux, sont très nombreux et tassés les uns contre les autres,mais ils ne forment souvent qu'une demi-couronne ou un croissant à convexité externe; leur cercle est rompu et le centre germinatif se continue sans démarcation bien tranchée avec la zone dégénérée.

Cette zone dégénérée, comprenant presque toute la substance médullaire, laisse encore deviner les voies Iymphatiques, qui ne sont plus très dilatées. Elle renferme des lymphocytes faiblement colorés, des mononucléaires à noyaux peu visibles, des cellules endothéliales des voies lymphatiques, vésiculeuses, à noyaux troubles ; en certains points, il devient impossible de reconnaître une structure cellulaire : seules apparaissent des granulations vivement colorées sur un fond vitreux.

En certains points, notamment au niveau des follicules dont la couronne de lymphocytes est rompue, et dans la substance médullaire, au voisinage des voies lymphatiques, on commence à voir des cellules géantes ; d’autres cellules lymphatiques (mononucléaires) se disposent autour d’elles en s’effilant en croissant à leurs extrémités pour embrasser la cellule géante par leur concavité: c’est l’ébauche encore

vague d'un follicule tuberculeux.

En résumé, ce ganglion offre surtout à considérer : une certaine réaction lymphocytaire à la périphérie ; une dégénérescence cellulaire plus accusée,mais limitée aux parties centrales; le développement des premières formations tuberculeuses.

8e cobaye. — Poids : 680 grammes. Vingt-deux jours après l’inoculation à la cuisse droite, extirpation d’un volumineux ganglion inguipal du même côté.

À première vue, on remarque que seuls quelques ilots de coloration normale subsistent à la périphérie du ganglion ; la plus grande partie en est dégénérée et nécrosée.

La capsule est encore plus épaissie et vascularisée que précédemment. Au-dessous d’elle, il est impossible de reconnaître ni sinus, ni follicules : à leur place on trouve des amas de lymphocytes très serrés formant des arcs de cercle à concavité interne, entourant complètement ou incomplètement des formations tuberculeuses.

Le reste du ganglion présente des cellules lymphatiques dégénérées et nécrosées dont la majorité est constituée par de gros mononucléaires troubles, à contours vagues et à noyaux mal colorés, et par des cellules endothéliales provenant des voies lymphatiques, très altérées. Par places on ne voit plus que des granulations irrégulières dans une gangue amorphe.

On rencontre un certain nombre de formations tuberculeuses, plus nettes à la périphérie que vers le centre où elles se confondent avec le tissu nécrosé.

Elles sont constituées par des cellules géantes, dont quelques-unes sont déjà caséifiées, entourées de cellules lymphatiques modifiées.

Un certain nombre de vaisseaux sanguins sont atteints de périvascularite.

Les cellules fixes conjonctives du réticulum ont proliféré et se groupent en petits faisceaux en certains points de la périphérie.

En somme il faut retenir à ce stade : continuation de la réaction lymphocytaire, et début de réaction conjonctive ; nécrose avancée ; tubercules miliaires nets.

4° cobaye.— Poids : 610 grammes, Trente et un jours après l’inoculation à la cuisse droite, ablation d’un très gros ganglion inguinal du même côté.

Une vue d'ensemble montre que ce ganglion comprend quatre zones de ramollissement caséo-purulent s’en partageant le centre, et atteiguant presque la capsule en plusieurs points ; le milieu de chacune de

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