Arch. Lozère, G 1823. Notice historique sur le Gév&udan
Le chapitre, reprend ledit Mémoire, prétend avoir fondé les choreries, tandis que l'Université des prêtres ou le clergé prétend avoir donné naissance au chapitre. La bulle de Galixte II, adressée en ii23 aux Prêtres et Clercs de l'Eglise de Mende qui, sur les conseils de l'évêque Guillaume, avaient embrassé la vie monastique sous la règle de saint Augustin, fixe invinciblement l'origine du chapitre et prouve qu'il y eut un certain nombre des prêtres et des clercs formant alors le « presbytère » ou sénat de l'évêque qui n'embrassèrent pas la vie commune, que le pape exhorte à avoir pour leurs frères moines tous les égards de la charité fraternelle, et qui persévérèrent en corps séparé, sous le nom de Prêtres et Clercs de l'Eglise de Mende, y faisant un service distinct. Ainsi, dans la même église et pendant plusieurs siècles, il y eut deux services : l'un à la charge des seuls chanoines, l'autre à celle de l'Université, où les chanoines étaient compris.
« La diversité des manses et l'inégalité des revenus « furent cause de contestations sans .fin depuis la « sécularisation du chapitre, vieille de cinq siècles, et « qui ouvrit pour l'Eglise de Mende une ère de troubles « et de procès ». Le dernier, commencé en 1744, durait encore en 1789. Le chapitre se crut autorisé à choisir à son gré quinze sujets parmi les chapelains,, collégiés et choriers simples, pour faire les fonctions de vicaires des chanoines. L'Université protesta, mais le chapitre eut gain de cause ; de ce, nouvel attentat ; de là, nouveau procès.
Ainsi se trouvaient renouvelées toutes les questions qui divisaient cette Eglise depuis la prétendue sécularisation des chanoines. Dépenses immenses dans le passé et dans l'avenir, car « en pareille matière^
« les premiers arrêts ne sont propres qu'à en rendre « d'autres nécessaires, surtout lorsque, dans le cas- « présent, il ne s'agit rien moins que d'assujettir à des « fonctions trop pénibles, trop onéreuses, un corps « qui se croit avec raison aussi honorable que le « chapitre et plus ancien que lui dans la cathédrale « de Mende ». De plus, il y avait trop d'inégalité dans les revenus, insuffisants pour une grande partie de clercs privés du nécessaire.
Mgr de Castellane, affligé de ces divisions, conseilla des concessions réciproques et convoqua les parties dans son palais ; mais l'intérêt nt échouer sa médiation.
Cependant tout le monde voulait en finir : « On « désire que du chapitre actuel et du clergé entier il « ne soit formé qu'un seul chapitre assez nombreux pour qu'après la réunion (avec réduction de places), toutes les fonctions puissent être faites par les chanoines eux-mêmes avec le secours de quatre bonnes voix gagées pour soutenir le lutrin ; tous les titulaires auraient même revenu, mêmes honneurs, mêmes prérogatives, à l'exception des dignités et du personnat. »
A l'appui de ce Mémoire, comme supplications et doléances particulières, le clergé demandait au roi la suppression de cinquante choreries ; restant encore quarante-cinq titulaires, qui suffisaient au service divin et aux fondations de la cathédrale î.
Le clergé régulier de la ville comprenait : deux Carmes — ils avaient été cent dans un couvent rasé par les religion naires — ; sept Cordeliers et autant de Capucins, établis en 1620 par l'évêque Charles de
t. La pièce est signée « Vialard Desfonds, syndic et députe du clergé de Mende ».
Rousseau; des Doctrinaires, régents du Collège fondé au XVIe siècle par le chanoine Pierre Atger ; quatre Frères des Ecoles chrétiennes et gratuites de saint Jean-Baptiste de la Salle, qui était venu faire lui-même la fondation sur le désir de Mgr de Piencourt ; quatre Sœurs Noires, dotées par le même prélat ; un couvent d'Ursulineset enfin les Dames de l'Union chrétienne, destinées par leur fondatrice, Anne de Lescure, et par Mgr de Choiseul, à élever les jeunes Cévenoles converties.
Marvejols avait une collégiale, des Cordeliers, des Dominicains et des Augustins ; Florac, un couvent de Capucins, que Mgr de Marcilhac y fit établir par Louis XIII, sous le nom de « Mission royale des Cévennes » ; Saint-Chély-d'Apcher, son « Université de prêtres » et un couvent de Cordeliers ; Le Malzieu, une collégiale et des religieuses ; Langogne, un prieuré considérable de Bénédictins, fondé en 998 par le comte Etienne et sécularisé en 1778 ; Sainte-Enimie, un autre prieuré bénédictin, sécularisé aussi et le plus riche du diocèse ; enfin la forêt de Mercoire abritait des religieuses de la noblesse dans une abbaye cistercienne, fondée en 1207 par l'évêque Guillaume de Peyre, et à l'opposé, sur la montagne qui sépare le GévaudanduRouergue, la domeried'Aubrac accueillait les voyageurs égarés et secourait de ses larges aumônes les pauvres gens d'alentour *.
La noblesse n'était pas aussi nombreuse que le clergé en Gévaudan ; le « rôle des gens de main forte » ne compte guère plus qu'une centaine de contribuables
t. Arch. Lozère, L 4(.9. Délibérations de Nasbinalspour la domoxie d'Aubrac. — Arch. Lozère, C8823. Notice historique pour le resto.
à la veille de la Révolution1. À leur tête, les huit barons, qui passaient à tour de rôle pour représenter la noblesse aux Etats du Languedoc ; puis les marquis de Châteauneuf-Randon, de Retz, de Brion, d'Altier du Champ ; les comtes de Ligonnès, de Corsac, de Noyant, de Lescure, de Saillansde Polastron, deVolonzac-Malespina,de la Rochenégli, de More ; les vicomtes de Chambrun et de Framond ; les barons de Pages de Pourcarès et Retz de Servières ; enfin quelques gentilshommes sans titre: les de Longevialle, de Marnhac, de Montgros, de Rouville, de Borel, Agulhac de Soulages, Châtaignier de Puygrenier, Verdelhan des Molles, de Jabrun, d'Espinassous, de Jurquet, Randon la Roche et Randon de Mirandol.
Quant au peuple, il n'était pas non plus très dense sur un sol montagneux coupé de vallées abruptes, divisé en Haut et Bas Gévaudan, pays divers d'aspect, de productions et de génie. En haut, un plateau granitique, où poussent de maigres céréales, du foin et des forêts de hêtres ou de pins; en bas, le chaos des Cévennes, aux arêtes vives et tourmentées, aux vallées profondes, qui n'ont guère de place que pour le lit de leurs gardons, dans la monotonie vert-sombre de la bruyère et du châtaignier.
Les Gabales du nord « sont gens robustes et grossiers par tempérament, par la nature du climat qu'ils habitent et la qualité de l'air qu'ils respirent. Attachés par habitude à leurs anciens usages, nulle expérience utile ne saurait les dépouiller de leurs préjugés, qui leur servent de règle dans tous leurs travaux: aussi sont-ils peu industrieux, n'ont point de commerce, bornés à la culture de leurs terres pen-