‹ Les âElections de 1789 en GâevaudanChapitre 17 sur 47 · Lettre de l'abbé de Siran au comte de Bannes, p · texte numérisé non relu

Lettre de l'abbé de Siran au comte de Bannes, p

d'ailleurs de pareilles menaces annoncent toujours défaut de bonnes raisons. »

Le baron parlait comme ses partisans et disait tout haut que, si l'abbé continuait à écrire, il saurait bien où lui donner du pied. Il répondit pourtant d'autre façon et écrivit au grand vicaire de Mende une lettre de trois pages in-folio, demandant qu'elle fût publiée; à quoi Siran se prêta de fort bonne grâce par une édition anonyme, enrichie de commentaires.

Dans sa réponse, M. de Bannes ne relève aucun des faits et gestes qu'on lui a reprochés ; cependantT en cas d'exagération et de fausseté, son honneur exigeait une rectification, que facilitait singulièrement la présence, aux Etats de Montpellier, des graves témoins cités par l'abbé de Siran ; l'accusé ne protestant pas, il faut tenir pour vraies les scènes de l'hôtel du Juste et de l'Œil-de-Bœuf.

La réponse du baron est faite de phrases vaguesy de lieux communs et d'injures. Il essaie de se disculper en disant qu'il ne saurait entendre avec indifférence « censurer sans ménagement les projets et la personne « sacrée de son roi. L'abbé de Siran s'est permis de « dire avec un air léger que ce ne serait pas le roi, mais « la nation qui déciderait sur la composition des « Etats du Languedoc. »

Mais l'abbé lui répond : « Pourquoi avez-vous fait « répandre d'abord que c'était en défendant trop vive- « ment la cause du Tiers-Etat que je vous avais « offensé par des paroles outrageantes ? » Quant au. grief articulé, l'abbé proteste, renvoie à sa réponse, et, le propos serait-il exact, en nie avec raison la gravité ; il n'y avait pas vraiment de quoi justifier la sortie atroce du baron.

LES PRELUDES

La suite de la réponse est encore plus malheureuse. M. de Bannes dit en mauvais style que la lettre de son adversaire « est un enfant de près de quinze veilles », tandis que la sienne n'a demandé qu' « une demiheure », et il ajoute maladroitement: • Ma prompti- « tude à vous répondre vous est une preuve de ma <( négligence à soigner mon style, qui détruit toute « prétention d'esprit, que vous avez voulu me suppo- « ser pour en faire la critique, et qui vous assure « qu'ami de la vérité, je m'applique seulement à la « rendre. »

Sans dire à Oronte :

Voyons, Monsieur, le temps ne fait rien à l'affaire,

Siran a beau jeu contre ce galimatias : « Est-ce raisonner avec modestie de conclure n simplement de ce qu'on se montre sans esprit qu'on « n'y a pas de prétention ? N'est-ce pas, au contraire, « prouver à tout le monde qu'on y prétend sans moyen « et sans titre ? Quant aux fautes contre la langue, « elles sont si grossières, soit dans cette phrase, soit « dans toutes les autres, qu'il est inutile de les relever. » Cette lettre, signée du comte d'Avejan, était l'œuvre d'un secrétaire d'occasion, Pontier de Saint-Gervasy, qui avait déjà prêté sa plume au baron pour écrire un Mémoire sur les Etats du Languedoc. Dans cette affaire-ci, outre la cause de son patron, il servait sa propre rancune. Syndic du diocèse de Nîmes i, il se remuait pour obtenir l'érection d'un Parlement à Nîmes et pour lui-même des lettres d'anoblissement. Or Siran trouvait mauvais qu'on eût doublé les gages

1. Arcli. Gard, G 7*22. Procès-verbal de l'assiette du diocèse de Mimes, 20 mai 1.8J.

du syndicat en faveur d'un sujet assez médiocre et plaisantait M. Jourdain sur des lettres de noblesse briguées pour de rares services : il n'en fallait pas tant pour se le mettre sur les bras. L'éditeur complaisant et anonyme de la réponse annotée du baron — je veux dire Siran (au style on connaît l'homme) — le démasque, au nom près, et lui donne, entre autres choses désagréables, le conseil, très pratique à la veille de la Révolution, de s'attacher « au seul ordre « vraiment indestructible dont il se voit forcé à « demeurer membre et de s'y faire chérir par une « modestie estimable même lorsque, comme chez « lui, elle paraît presque sans mérite. »

Ainsi fut clos l'incident de l'Œil-de-Bœuf ; close aussi la préparation de la campagne électorale. L'abbé de Siran la mena seul et avec entrain à Paris ou à Versailles, écrivant coup sur coup deux Mémoires, le Plan patriotique, la Lettre au baron de Banne* et la Réponse à la réponse de celui-ci. Il gagna à ce labeur quelques sympathies, beaucoup d'inimitiés et surtout la cause du Gévaudan. De ceci il emporta l'assurance après une audience du roi, la veille de son départ de Versailles. Son premier mémoire avait été vraiment « décisif », car le règlement royal du 7 février 1789 accorda au diocèse de Mende une députation directe à raison de : un député pour le Clergé, un pour la Noblesse et deux pour le Tiers-Etat.

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