Véritable et fidèle procès-verbal, p
LES ÉLECTIONS DE 1 789 EN GEVAUDAN 5r
que faisait l'abandon généreux de tous les droits de sa place ; on alla juqu'à hasarder de dire qu'on était autorisé de sa part à faire cette déclaration. Déjà l'on dressait l'acte d'acceptation, sans réserve, des droits de la crosse, lorsque M. de Vebron, vicaire général, ne pouvant en croire ce qu'il voyait, alla en avertir M. l'évêque. » Celui-ci, piqué de ce sans-gêne hardi, témoigna sa surprise de voir ses sentiments patriotiques adaptés à des plans aussi bizarres et désavoua l'orateur.
Le plan de séparation en fut discrédité, et le parti adverse, profitant de l'embarras, fit valoir les avantages pour le Gévaudan à rester uni au Languedoc, entre autres le droit précieux qu'avait cette province de délibérer et d'octroyer l'impôt, privilège incompatible avec la nouvelle constitution du Dauphiné. Le champion de la séparation revint cependant de son étourdissement et la lutte reprenait de plus belle, lorqu'un vers de Virgile retentit dans la salle :
« Non nostrum inter'vos tantas componere lites ;
Marvejols en décidera. »
A Marvejols, la querelle s'apaisa aux dépens du projet de séparation, témoin une lettre anonyme écrite de cette ville, le 28 décembre 1788.
« Nous ne sommes pas moins en fermentation que dans le reste du royaume. Il y a dix ou douze jours que nous eûmes une députation de la ville de Mende ; M. Pabbé de Bruges et M. de Puygrenier étaient les députés. Ces messieurs étaient porteurs de deux mémoires : l'un pour la séparation du diocèse et M. de Puygrenier pour l'union. L'abbé de Bruges avait assemblé, Pavant-veille de leur venue, les trois ordres de Mende, où l'évêque avait fait décider la séparation. Mais, comme tout le monde ne fut
pas du même avis> on s'en remit à la décision de la ville de Marvejols.
« MM. les députés furent présenter à tout le monde,. la veille de l'assemblée, leur mémoire et leurs raisons ; ils furent chez M. de Chambrun, qui les arrêta pour dîner. Le lendemain, il fit prier MM. de Framond, Sévène, Eimar et moi, à venir assister à ce dîner, où je vous réponds que nous battîmes rudement en ruine le projet de l'évêque. Enfin l'asemblée se tint à 4 heures, aux Cordeliers ; elle fut complète pour le Tiers-Etat et la Noblesse, le Clergé ne voulut point y assister, crainte de déplaire à l'évêque. Les deux députés lurent leur mémoire et appuyèrent chacun vivement leur sentiment. La séparation du diocèse du restant de la province fut unanimement proscrite : les raisons principales furent pour ne pas retomber dans le despotisme particulier de l'évêque.
« Nous protestâmes contre la députation de l'abbé de Siran, député par les commissaires du diocèse, à qui nous contestons le droit, n'étant eux-mêmes que des mandataires. L'abbé de Siran, dans un mémoire qu'il avait présenté au roi, avait demandé que les Etats particuliers nommassent les députés aux Etats généraux, et il faisait pressentir la séparation de nos Etats particuliers des Etats de la province. L'évêque, voyant l'opposition de Marvejols, a désavoué l'abbé de Bruges, et les « Brayettes 1 » commencent à lâcher pied. Notre arrêté n'ira pas moins au ministère. »
Ce pendant, surgissait un nouveau chef, Elie Hercule Randon de Mirandol, receveur de la gabelle à Florac et syndic à Mende des habitants forains -.
1. Sobriquet des Mcndois. ÀrcK Lozère : Annuaire de la Lozère 1886, p. 14.
2. Il tenait ce dernier titre d'un syndicat formé par vingt-trois habitants, en février 1787, et il intervenait parfois, de ce chef, pour protester contre certaines réparations urbaines décidées par l'administration communale. Celle-ci, « considérant que la communauté était suffisamment, représentée par les consuls et le conseil politique qu'elle avait choisis; qu'on ne pouvait regarder comme le vœu général de la communauté celui de quelques particuliers ligués sans forme juridique ni légale, protesta à son tour contre le syndicat et en poursuivit la dissolution auprès de l'intendant, mais sans y parvenir. » Arch. com. Mende: II 13-14, 4S juin 1787.
[ean Arnaud de CASTELLANE
Évêque de Mende
Comte de Gévaudan
Abbé DELON, Les Elections de tj8ç en Gévaudan. Société des Lettres de la I.o?
Poussé par Blanquet, le subdélégué de L'intendant, il requit une assemblée des trois ordres pour le 7 janvier 1789. Elle eut lieu, à 4 heures du soir, dans la chapelle des Pénitents, grâce à une autorisation spéciale de l'évêque. Le président fut le chevalier Dumas de Cultures, doyen des gentilshommes présents, auquel Le Réclamant pour les trois Ordres de Mende prête un petit discours, et dont l'abbé de Siran dit « qu'il ne parla que pour protester contre sa nomination et pour dire qu'il ne prenait aucune part à la suite de cette assemblée *. » Mirandol, placé en un lieu éminent, lut une délibération faite d'avance et dont l'article final est ainsi conçu : « L'assemblée a délibéré de députer dès ce moment à Monseigneur l'évêque, pour lui faire part de la présente délibération. »
La Noblesse, pointilleuse sur les égards qu'elle exigeait pour elle-même, faisait bon marché de ceux qu'elle devait à son suzerain. Dans cette assemblée, qu'elle avait inspirée et qu'elle dirigeait, elle ne se proposait rien moins — vu les résolutions du procèsverbal — qu'une petite révolution contre le pouvoir épiscopal. Or cette communication in-extremis faite à l'autorité paraissait plutôt une signification qu'une marque de déférence.
Le prélat accueillit les députés avec une froide politesse. « L'amour du bien public, leur dit-il, me portera à faire tous les sacrifices, et je saurai dissimuler les atteintes aux droits de mon siège, quand je n'y pourrai coopérer ouvertement ; mais je me vois forcé, Messieurs, de me plaindre de l'indécence de tout ce que vous m'annoncez. ». Il ajouta que, sa