Véritable et fidèle procès-verbal, p. M
place, ses possessions et son rang le mettant au-dessus 4e tous les particuliers de son diocèse, il ne pouvait être présidé par personne ; qu'étant seigneur suzerain de toutes les terres et spécialement des baronnies, il ne pouvait céder le pas à ses vassaux et arrièrevassaux; que d'ailleurs l'étendue de ses possessions et de ses droits exigeait qu'il eût toujours part à l'administration K »
Les commissaires de retour et chacun ayant rendu compte, non sans trouble, de l'entrevue avec l'évêque, l'orateur désigné monta en chaire : c'était Châtaignier de Puygrenier 2.
Un peu de déclamation sur la situation présente, dans la phraséologie du temps — roi, père du peuple, ministre chéri, sensibles Français, etc. — ; une flèche lancée contre l'administration provinciale et locale : « Il est temps enfin que les ténèbres, où pouvait se cacher une tyrannie subalterne, disparaissent devant les rayons purs et bienfaisants de la royauté » — ; un vœu sur la régénération des Etats du Languedoc, auxquels il faut se rattacher, et sur le droit du Gévaudan à une députation directe — ; quelques lambeaux du Mémoire de Siran, que l'orateur pillait sans mot dire ni sans rappeler les démarches victorieuses de l'administration diocésaine, alors que, la veille même, il était allé s'informer auprès de Siran si l'on pouvait se flatter d'aboutir — , tel est le discours de Puygrenier.
1 Arch. nat., 13 III 83 : « Délibération prise par les habitants de Marvejols, le 12 janvier 1789. »
Châteauneuf-Randon protesta pardevant notaire contre la réponse de l'évêque.
2 Bulletin Lozère 1832, p. 147, Ignon : Biographies. Antoine. Charles Félix Châtaignier de Puygrenier, d'une famille originaire de Marvejols domiciliée à Mende, avait fait une traduction de la Jérusalem délivrée en alexandrins, qu'il garda en manuscrit après la publication de celle de Baour-Lormian. Il mourut à Mende, le 16 nov. 1829, âgé de 72 ans. i>
Mirandol reprit la lecture de la délibération, interrompue à l'endroit où il était dit : « Et l'orateur a parlé. » Finalement on demanda au roi, qui l'avait déjà accordé, de reconnaître au Gévaudan le droit d'élire librement ses représentants, la régénération des Etats de la province et du diocèse d'après les principes du Dauphiné, et surtout « que la présidence des Etats particuliers fût élective et alternative entre les deux premiers ordres, en sorte que les membres du second ordre du Clergé pussent y prétendre comme le premier, et que le président qui aurait été élu une fois ne pût l'être une seconde qu'après l'espace de douze ans *. »
Ainsi la Noblesse poussait toujours sa pointe contre l'autorité temporelle de l'évêque, et la fraction cléricale de l'opposition faisait payer son alliance en exigeant l'accès du bas-clergé à la présidence des Etats. Quant au Tiers, on l'oublia. Quelques membres de cet ordre, voyant que l'on commandait sur tout et qu'on proclamait des suffrages qu'il n'avait pas donnés, finirent par s'émouvoir. Le marquis de Châteauneuf- Randon, pour les apaiser, les entraîna dans le choeur des Pénitents, situé à droite de la chapelle et séparé par une claire-voie ; là, il harangua le Tiers pour l'amener aux desseins de la Noblesse, restée dans la nef; mais le Tiers, qui se méfiait de son noble orateur, fit appel aux lumières de l'abbé de Siran.
Arrivé à Mende depuis l'avant-veille seulement, l'abbé avait été entraîné à l'assemblée par Châteauneuf, qui avait déjeuné à l'évêché. A l'appel du Tiers- Etat, il sortit de sa réserve et entra dans le choeur. Châteauneuf-Randon, qui parlait en ce moment,
1. Bulletin Lozère: J. Barbot, Au seuil delà Révolutiop, p. 13.
l'invita à se placer près de lui. « J'attendis un moment de silence, dit-il, pour m'informerdece qu'on désirait de moi ; je n'avais donc pu ni animer ni aigrir l'assemblée formée dans le chœur contre celle demeurée dans la chapelle, lorsque, sans respect ni pour le lieu ni pour l'objet qui les avait réunis ni pour eux-mêmesT ces gens si nobles, si bien éduqués, qui se donnent pour n'avoir été animés que par les motifs les plus sublimes, firent retentir l'air de sifflets et de cris malhonnêtes [. »
Siran voulut se retirer ; on le retint. « Messieurs, dit-il, si le despotisme vous effraie par lequel on commence une insurrection étayée du prétexte de la liberté, c'est par la modération et en respectant le Clergé et la Noblesse que le Tiers-Etat doit se garder contre l'abus qu'on voudrait faire de son suffrage. Si la constitution attaquée n'a pas assez respecté vos droits, adressez-vous au roi; mais ce n'est pas dans ce tumulte que vous pourrez poser les bases d'une meilleure administration pour la province et le pays. Trop longtemps, sans doute, on ne vous a laissé dans le clergé que les emplois les plus pénibles; dans la magistrature que ceux qui exigent de plus grands talents; dans l'arméePque ceux qui exposent davantage à la mort ; dans la société que les professions les moins honorables à exercer et les charges les plus lourdes à acquitter. Sans doute encore les membres les plus distingués des hautes classes demandent une répartition plus juste des droits et des devoirs; mais les privilèges font un dernier effort pour vivre et sachez vous méfier de ceux qui ne vous invitent à marcher qu'à leur suite et non avec eux. C'est un