‹ Les âElections de 1789 en GâevaudanChapitre 24 sur 47 · Véritable et fidèle procès-verbal, p · texte numérisé non relu

Véritable et fidèle procès-verbal, p

Mgr de Castellane loua la sagesse du parti pris par le peuple, prêcha la paix et la concorde, et promit d'appuyer toute juste réclamation. Puis, donnant un blanc-seing à son grand vicaire, il ajouta : « En suivant ses conseils, Messieurs, vous ne vous écarterez ni du parti le plus raisonnable ni de mes intentions. »

Le lendemain, 8 janvier, l'abbé de Siran réunit ses partisans à l'évêché, dans la salle des Etats. Là, usant de tous ses avantages, il fit d'abord l'historique de la Révolution commençante, dit les démarches de l'administration diocésaine et le Gévaudan réintégré dans ses droits de députation directe ; abordant ensuite l'objet de la réunion, il développa diverses vues, qui passèrent à titre de résolutions dans V Arrêt • des habitant* de la ville de Mende, connu sous le nom d'arrêté du 10 janvier.

Cet arrêté contient trois points principaux : le régime politique, les impôts et la justice.

Après le procès de l'administration du Languedoc: routes parallèles faites à frais publics pour servir des intérêts privés ; luxe de la place du Peyrou à Montpellier; inutile canal de Brienne à Toulouse; coûteuse restauration des arènes de Nîmes ; bourses de jetons distribuées à profusion jusque dans la capitale ; traitement des officiers de la province, « dont on n'arrête tous les ans une nouvelle fixation que pour trouver prétexte à les accroître » ; droits d'entrée payés aux envoyés des barons, quand ceux-ci se dispensent d'assister aux Etats; le Gévaudan enfin criant chaque année sa misère, inutilement ; — après ce violent réquisitoire contre une assemblée « inconstitutionnelle dans sa composition, abusive dans sa législation, ruineuse dans son administration et nulle-

ment représentative des trois ordres », on demande au roi des Etats à la Dauphiné pour le Languedoc ou du moins pour le Gévaudan ; que ce pays ait des Etats composés de douze membres du Clergé, dix-huit de la Noblesse et trente du Tiers-Etat (la Noblesse, étant sans proportion avec le peuple et un clergé nombreux, s'y trouverait presque en corps plutôt que par députés, si on lui octroyait vingt-quatre représentants) ; qu'un tiers au moins du Clergé soit pris parmi les curés ; que le président soit pris indistinctement dans les trois ordres, si le droit exclusif de présider les Etats est enlevé au Clergé. Après ce coup droit à l'égoïste ambition de la Noblesse, l'abbé de Siran essaye de retenir d'une main ce qu'il lâche de l'autre : « Désirant néanmoins le Gévaudan qu'il plaise à Mgr l'évêque, dont le zèle, les talents et les lumières lui ont été si utiles, continuer ses soins et bons offices , et présider son administration particulière dans le cas où il se verrait forcé à l'isoler de celle du Languedoc *■ »

Après la question politique, les impôts. Un préliminaire indispensable est l'abolition de tout privilège, soit personnel, soit sur les terres, pour la contribution à toutes les charges « royales, provinciales et diocésaines, de quelque nature qu'elles soient » ; puis le Gévaudan aux flancs décharnés par les inondations, voyant les plaines du Midi couvertes d'oliviers, de mûriers et de vignes, proteste contre le cadastre de François Ier, qui lui attribue le dix-huitième des biens fonciers de la province, alors qu'il ne devrait être imposé que sur le pied du trentième ; — il réclame en outre la suppression de « l'affreuse gabelle »,qui pèse

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