Arrêté des habitantt de Mende, p
trop lourdement sur le lanifice, unique industrie du pays : car, avec le monopole du sel, les montagnes ne peuvent se couvrir des bestiaux nécessaires pour fournir assez de laine ; la toison des bêtes ne saurait s'améliorer, si le misérable paysan est réduit à économiser le sel pour ses aliments ; — quant à l'impôt du sang, comme la voie du sort est onéreuse pour le peuple, qui y est à peu près seul assujetti, et humiliante par la qualité des sous-ordres, revêtus à cette occasion d'une autorité quasi absolue, « le Roi sera supplié d'abolir ce reste de servitude, qui offense un peuple libre, et de remplacer par des voies plus justes et plus douces ce moyen de recruter ses armées ».
Enfin la question de la justice sera résolue par le statu quo et on écartera les prétentions de la sénéchaussée de Nîmes, s'obstinant à vouloir juger, pour son bien, des plaideurs qui persistent, pour le leur, à ressortir au Parlement de Toulouse.
Cet arrêté du 10 janvier, plus précis et plus vigoureux que celui du 7, maintenait à l'évêque son influence prépondérante dans l'administration, et par surcroît était, dans les mains de Siran, une habile surenchère électorale.
Une lettreécrite à Necker par Boutin, second consul de Mende, confirme le récit du « Véritable et fidèle procès-verbal » et fait connaître le vœu du Tiers-Etat, écarté par les nobles et défendu par Siran :
« L'exemple de plusieurs provinces, qui demandent une nouvelle constitution, a autorisé la Noblesse du pays à se permettre un nouveau genre d'administration ; mais elle désire qu'il soit à son avantage et semble redouter que le Tiers n'acquière une certaine liberté.
« Animée par ces motifs, elle fit convoquer une
LES ÉLECTIONS DE 1 789 EN GEVAUDAN 6l
assemblée au nom des trois ordres, le 7 courant, dans laquelle il fut délibéré, entre autres choses, de demander à Sa Majesté que la présidence de nos Etats particuliers fût alternative entre le Clergé et la Noblesse, et que le président fût élu par ses pairs, ce qui exclut le Tiers-Etat non seulement de la présidence, mais encore de participer à l'élection, par où sa condition peut devenir pire. Cette délibération fut motivée par la Noblesse avant la convocation de l'assemblée, à qui elle ne fut communiquée que 1res rapidement. Le Tiers y adhéra sans examen ; mais ayant reconnu son erreur et craignant que son adhésion, xjuant à ce qui concerne la présidence, ne lui soit préjudiciable, il m'a chargé, Monseigneur, de vous supplier de lui permettre de s'assembler séparément pour délibérer sur ses vrais intérêts : que les Etats du Gévaudan soient composés, la moitié, de la Noblesse et du Clergé, en nombre égal, et l'autre moitié pour le Tiers-Etat ; que, l'assemblée étant formée, les trois ordres élisent au scrutin le président pris alternativement dans les trois ordres ou du moins qu'ils aient tout droit d'y prétendre t. »
L'opposition répondit à l'arrêté du 10 par un cri de colère et par de basses injures, à quoi l'abbé de Siran fait allusion, quand il parle vaguement « d'excès » commis. En suscitant une compétition inattendue au partage de la présidence, il avait troublé la fête et souligné l'ambition maladroite des privilégiés ; on ne lui pardonna pas, « Le rédacteur de ces arrêtés, se jouant des liens qui l'attachaient à un ordre respectable, n'a pas craint de fomenter la discorde entre les deux premiers et le Tiers-Etat, en inspirant à ce dernier la prétention de concourir à la présidence de l'administration municipale, si cette place cessait d'être dévolue à l'ordre de l'Eglise 2. »
1. Arch. nat., B III 85. Lettre du second consul, lieutenant de maire du pays de Gévaudan, à M. le Directeur des finances.
2. Bnlletin Lozère 1892, p. 232. Griefs des trois ordres du Gévaudan, etc.
Une brochure anonyme, Le Réclamant des trois ordres de Mende, qualifia la réunion du 8 janvier d'assemblée de l'évêché, parla d'illégalité et releva justement, parmi les signataires, des domestiques de l'évêque, des ouvriers de sa maison et jusqu'à des enfants de chœur. « Tous les procureurs, écrit à Neckef le comte de Nozières, arrêtaient les paysans pour les faire signer, ce qu'ils n'osaient refuser de peur de perdre leur procès * » ; et un bénéficier de la cathédrale écrit à son tour: «Peu de personnes ont adhéré à cette déclaration ; toutes les communautés et toutes les juridictions ont été invitées à y donner leur adhésion 2.»
Ce n'est donc pas sans motif que l'abbé de Siran, qui renvoie ses adversaires au greffe pour l'authenticité de ces signatures, ne les produit pas au grand jour ; il annonce bien, à la fin de son arrêté, qu* « au nombre de plus de deux cents elles seront imprimées et jointes à la délibération », mais il ne les imprime pas.
Pour échauffer les Etats du Languedoc, on fit grand bruit de l'article visant la séparation d'avec la province. C'était de mauvaise guerre. L'assemblée du 7 disait « que les délibérants avaient un désir particulier de rester unis et incorporés au régime et à l'administration générale de la province, régénérés dans leur constitution d'après les principes adoptés en Dauphiné » ; l'arrêté du 10 porte que, « dans le cas où des Etats constitués d'après les principes qui ont présidé à la formation du Dauphiné ne seraient pas donnés à la province entière, il en fût établi en cette
1 . Arch . nat. , B III 85. Lettre du comte de Nozières au Directeur général des finances.
2. Arch. Lozère, L 934. Lettre de l'abbé Mourgues, bénéficier de Mende, à Jean André Barrot.
forme pour le Gévaudan. » Entre les deux résolutions, il n'y a qu'une nuance, et, sur le fond même de la question, le curé de St-Alban, l'abbé Béraud, qui n'est point du parti épiscopal, écrit au garde des sceaux, le 3o janvier 1789, « que le vœu général du pays est d'être séparé du Languedoc, dont l'administration prodigue l'argent en folles dépenses, alors que le Gévaudan manque de ponts en bois pour passer les rivières î. »
Une autre brochure, anonyme encore et introuvable, parut à Marvejols, chez Vérité, intitulée: A ois pressant au Tiers- Etat du Géoaudan, avec cette épigraphe : Timeo Danaos et doua fer entes. Voici ce qu'un noble signataire de l'assemblée du 7, M. de Borel, en écrit à son cousin, M. de Gombettes : « L'Aois au Géoaudan est arrivé. Lescure en reçut un hier, que, par parenthèse, il avait refusé. Sur ce qu'on lui dit qu'il était contre l'abbé, il desserra les vingt-deux sols. Je ne l'ai pas lu, mais j'ai ouï dire que cela ne valait pas grand chose 2. »
h'Aois contenait une critique assez infidèle du P an patriotique plus haut analysé et proposait un plan nouveau. L'abbé de Siran riposta par une Réponse pressée à un A ois pressant. Dans la première partie, il rappelle d'abord habilement le succès de ses travaux pour le Tiers-Etat. « Censeurs justes et modérés, mes adversaires diraient à cette classe, qu'ils feignent de vouloir instruire : C'est à l'auteur de ces Plans, que votre intérêt nous force à combattre, que vous devez beaucoup dans ces heureuses circonstances. Il réclama pour ce Pays le droit précieux de députer