‹ Les âElections de 1789 en GâevaudanChapitre 26 sur 47 · Doct. J. Barbot, Au seuil de la Révolution, p · texte numérisé non relu

Doct. J. Barbot, Au seuil de la Révolution, p

directement aux Etats généraux et, pour tous ses habitants, l'avantage inappréciable de l'exercer, d'être convoqués sur vos foyers et d'être isolés de la sénéchaussée de Nîmes. »

Ensuite Siran défend les articles attaqués du Plan patriotique et prévient le Tiers-Etat contre les menées de la Noblesse : « L'ordre équestre, dit-il, flatte en ce moment ce marchand honnête, cet avocat instruit, ce médecin habile ; pour eux, Peuple, on sollicitera ton suffrage et à eux on fera envisager l'honneur de les agréger » ; — puis c'est une dure allusion au marquis de Châteauneuf : « Redoute de confier tes intérêts à ces dissipateurs, qui n'ont à l'offrir que le délabrement de leur fortune et leur mauvaise foi envers leurs créanciers, pour caution de leurs talents et de leur incorruptibilité; et grave profondément dans ton esprit cette observation d'un grand politique : « Ceux qui se montrent le plus dans les révolutions sont les gens assez pressés dans leurs affaires pour désirer du changement dans les publiques » ; — enfin Siran pose discrètement sa candidature auprès du Tiers-Etat : « Je n'aperçois aucun inconvénient à ce que le peuple choisisse des défenseurs de ses droits partout où il croira les trouver. Il sera plus sûr de la sincérité d'un privilégié, qui abjure par des principes soutenus toute distinction onéreuse au peuple, que d'un ambitieux prêt à tout sacrifiera son avancement *• »

Dans la seconde partie, il cite quelques projets de l'Avis au Génaudanet\es critique d'un ton de tribun, qui étonne un peu chez un abbé, même démocrate, et qui fait songer au Mirabeau du Jeu de Paume.

« i° Remercier Sa Majesté d'avoir bien voulu

i. Réponse pressée à un Avis pressant, p. 13 et 18.

donner au Tiers-Etat une représentation libre et proportionnée h son importance. Belle manière de donner de l'énergie au Tiers-Etat, que de lui proposer de remercier le roi de lui avoir accordé, comme une grâce, les droits de citoyen, que ni lui ni aucune

puissance ne pouvait lui ravir ! Il se meta genoux

au pied du trône, pour remercier le roi d'avoir bien voulu croire que ceux du Tiers sont hommes autant qu'un prêtre et qu'un noble !

20 et 3° Que, si les deux premiers ordres s'opposent à ce que les opinions soient recueillies par tête et non par ordre, le roi soit supplié de décider cette question dans son conseil. Quoi ! le peuple assemblé sollicitera un arrêt qui règle ce qu'il doit faire ? Lâche et vil courtisan, sache qu'il prononcera et que tout sera réglé. »

Enfin l'abbé de Siran termine sa brochure par une apostrophe éloquente et sensible, tout à fait dans le goût du temps.

« Peuple du Gévaudan, hâte-toi ; mets à profit cette occasion précieuse, pour poser sur des bases solides ta régénération... Oublie, oublie-moi, peuple, auquel j'ai dévoué mes soins et mes veilles ; mais garde-toi de t'oublier toi-même. Sois heureux et tu assures à jamais mon bonheur. Ton sol infécond et stérile est devenu pour moi une seconde patrie. Que la fureur des ingrats et des jaloux m'éloignent de tes villes, un antre obscur dans le plus affreux de tes cantons me servira de retraite. Là, un peuple doux me consolera de la rage de mes ennemis ; là, en soulageant l'infortune, je goûterai le plus doux des plaisirs ; là, des larmes de joie, lorsque j'apprendrai ta prospérité,

des larmes d'attendrissement sur tes maux, baigneront la terre qui doit recevoir mes cendres ; et je n'emporterai dans la tombe que le regret de devenir insensible à ton s.ort. »

Cette Réponse pressée fut bien écrite à la hâte, car les Etats du Languedoc allaient tenir leur assemblée — la dernière — à Montpellier,et l'abbé de Siran devait y assister au lieu et place de Mgr de Castellane. Ses Mémoires pour le Gévaudan, son aventure avec le baron de Bannes, membre des Etats, et les troubles de Mende, qu'on lui attribuait, lui ménagèrent un froid accueil de la part de quelques privilégiés. Mgr de Saint-Simon, évêque et comte d'Agde, « proposa ses discours, sa conduite et ce qui était sorti de sa plume comme des motifs décisifs pour le faire exclure de rassemblée. » Mais cette motion « injuste et déplacée » ne fut pas accueillie ; l'abbé de Siran fut même choisi pour orateur et fit en cette qualité un Sermon tout d'actualité sur la Paix. De la dédicace qu'il en fit aux membres des Etats, il convient de retenir cette phrase, caractéristique de son esprit : « Je tiens au Clergé, sans dissimuler les abus qui y régnent, et j'honore la Noblesse, sans adopter les prétentions chimériques de quelques-uns de ses membres. »

Ce pendant, l'agitation continuait toujours en Gévaudan. Le 12 janvier, une centaine de Marvejolais de tous ordres, réunis à l'hôtel de Peyre, adhèrent à l'assemblée mendoise du 7 et protestent contre la réunion organisée par l'abbé de Siran.

Le 21, à Mende, Mirandol, en séance du conseil de ville, trouve « indécent que les signataires de l'arrêté iiu 10, la plupart non taillables, aient chargé le maire,

Barrandon Dufraisse, député aux Etats de Montpellier, de présenter à l'assemblée leurs résolutions ; le syndic des forains voudrait que Ton écrivît au maire de n'y avoir aucun égard. » Mais le conseil se divise : le comte de Montesquieu, Bonnel fils, Hébrard apothicaire, prennent parti pour Mirandol ; tandis que Boutin et Toquebœuf, second et troisième consuls, -Court et Sirvens, déclarent qu'il n'y a pas à délibérer et que « M. Dufraisse doit savoir ce qu'il a à faire K »

C'est alors que l'opposition, sentant le terrain peu solide dans la ville de l'évêque, se réunit dans la ville du roi, le 29 janvier, sous la présidence du vicomte de Framond.

« Là, des commissaires nommés par l'assemblée du 7 à Mende, pour correspondre avec le diocèse, se donnent pour des procureurs généraux du pays. Les uns se disent députés du Gévaudan ; les autres, de Mende; certains, de Marvejols ; et des habitants de res deux villes, ainsi déguisés et renforcés de deux de Saugues, d'un de Florac, de trois du Malzieu, d'un de Saint-Chély, s'intitulent représentants des trois ordres du diocèse 2. »

Au point de vue politique, par peur de l'influence prépondérante, que l'évêque continuerait d'avoir dans des Etats particuliers autonomes, même régénérés, on résolut de plus fort de s'appuyer sur la province

Page 1