Bulletin Lozère
2. Bulletin Lozère 1910, p. 130. Ce cahier, retrouvé par M. G. d'Esparron dans des papiers de famille, a été versé aux archives départementales de la Lozère.
LES ÉLECTIONS DE 1 789 EN GÉVAUDAN j5
réunirent, le 26 février 1789, pour supplier Sa Majesté de leur accorder un représentant aux Etats généraux K
Leur mémoire 2 débute par un exposé topographique des Cévennes, « groupe énorme et affreux de montagnes rapides », toutes vertes de châtaigners, au fond desquelles on découvre quelques amphithéâtres, que le cultivateur a formés en portant la terre sur son dos. Or ce pauvre pays, ravagé par la guerre civile, ruiné par l'émigration et l'incendie, paye cependant plus de quatre cent mille livres d'impôts annuels. Ces considérations aboutissent à la demande d'un député qui connaisse les besoins du pays ; car « le Haut- Gévaudan est aussi étranger au Bas-Gévaudan que la Flandre Test au Quercy. »
Etrangers de caractère et de mœurs, ces deux pays n'ont pas toujours eu la même administration : « Le Parlement de Paris, en 1341, fixa irrévocablement les limites du Gévaudan à la rivière du Tarn, aux pierres de la Lozère et à l'hôpital de la commanderie de Gap-Français ; déclara que, de là en bas, c'était le pays des Cévennes et que les trente-huit communautés seraient exemptées de la juridiction du bailliage du Gévaudan, de toute contribution aux affaires de ce pays, et qu'elles continueraient d'être soumises au roi comme par le passé. » Cet état de choses cessa sous François ier, qui ordonna l'encadastrement par « diocèses, et « alors, pour la première fois, les « Hautes-Cévennes furent incorporées au Gévaudan « pour la répartition de l'impôt et prirent le nom de « Bas-Gévaudan. »
1. Arch. Lozère, E 865. Délib. mun. 'de Florac, 15 déc. 1788.
2. Arch. nat., T 643. (Papiers de l'abbé de Bruges) : « Très humbles et très respectueuses suj^plications au Roi par le pays de Bas-Gêvaudan sur la représentation aux Etats généraux. »
Dernier argument : Nîmes et Mende se disputent encore le droit de juger les Cévennes, qui pourraient être convoquées à l'élection par le sénéchal de Nîmes ex par le bailli du Gévaudan ; à qui donc est le pays? Voilà pourquoi le Bas-Gévaudan demande une représentation particulière ; et, comme il prévoit un peu le résultat de cette démarche, il présente une requête minima : que Sa Majesté ordonne au moins que, parmi les députés du ressort du tribunal auquel Elle jugera à propos de l'unir, il y en ait un pris dans le Bas-Gévaudan.
Enfin, sur la réunion du Tiers-Etat de Mende, la lettre suivante de l'intendant de Montpellier au garde àes sceaux nous donne de piquants détails * :
« Le 16 mars, le Tiers-Etat de la ville de Mende s'est assemblé à l'église des Doctrinaires pour rédiger son cahier et nommer ses députés. Il fut instruit que M. l'évêque devait s'y rendre, pour être témoin des opérations et en imposer par sa présence. Il fut délibéré en conséquence de prendre des mesures pour empêcher M. l'évêque d'y pénétrer. On arrêta toutes les portes des tribunes avec des planches clouées ; mais cette précaution fut inutile. Ce prélat parvint à s'y placer accompagné de plusieurs personnes. Son apparition fit grande sensation sur l'assemblée ; cependant elle ne causa aucun trouble. Le sieur Vincent, greffier du diocèse, fit la lecture du projet de cahier qui avait été concerté la veille avec le prélat. Depuis longtemps, l'autorité et l'administration au commandement de l'intendant pèsent à l'administration du diocèse de Mende et au parti épiscopal. Pour faire adopter la demande de la suppression du commandement de l'intendant et des Etats, pour faire adopter les articles
1. Arch. nat., B III 85. Lettre du 22 mars 1789. L'intendant est probablement renseigné par son subdëlégué Olanquet ; on va donc entendre un son de cloche de l'opposition.
tendant à augmenter l'autorité de M. l'évêque et rendre le sieur Vincent moins suspect à l'assemblée, on avait affecté de comprendre dans le cahier des demandes contre le clergé ; mais le plus grand nombre de ces articles excitèrent l'indignation, et M. l'évêque eut la douleur d'entendre débattre avec la plus grande force les objets qui le concernaient, et de voir qu'il en fut proposé et agréé un grand nombre qui heurtent ses privilèges et ses prétentions. Au surplus il a été tenu quatre séances ; elles ont été tranquilles et les députés ont été choisis sans trouble, contre l'attente du parti épiscopal. »
Ce furent François-Xavier Bonnel, médecin ; Félix Bourrillon, négociant ; Louis Daudé de la Coste, juge, et Jean-Pierre Boutin, avocat.
Le cahier l qui leur fut remis servit de base au cahier général du Tiers-Etat. Il faut citer, comme doléances particulières « heurtant les privilèges et prétentions de l'évêque » : l'article 6 contre la justice épiscopale, demandant « 1 établissement de justices royales dans tout le royaume, etc. » ; l'article 17, écartant toute tutelle politique : « Que la municipalité des villes soit régie librement par un conseil librement élu et par des consuls aussi élus librement » ; enfin l'article 28 contre l'ingérence de l'administration dans les adjudications et les emplois : « Que toutes les charges soient réparties à l'hôtel de ville et non ailleurs. »
A ces travaux préparatoires, il faut joindre un Mémoire particulier, dont j'ai cru bon de donner de larges extraits, parce qu'il est inconnu dans le pays et qu'il contient d'intéressants projets de réformes; l'auteur est un curé de Saint-Alban.
Né à Mende, fils d'un apothicaire et docteur en
. 1, Doct. J. Barbot, Au seuil de la Révolution, p. 42.
Sorbonne ; soucieux des intérêts du peuple avec un grain de chimère au cerveau ; plus tard jureurT puis réfractaire, l'abbé Simon Alexandre Béraud fut une espèce de curé libéral avant la lettre l. Il arriva prêt à l'assemblée de son ordre avec un manuscrit, qu'il porta à l'évêché, « à la chambre du curé qui y faisait travailler les autres. Je l'y lus, dit-il, je le portai chez M. de Siran et je l'y laissai ; il n'en fut rien inséré au cahier *. » C'est dommage : certains articles auraient fait honneur au Clergé; mais d'autres sentent la Constitution civile. Econduit, l'abbé Béraud adressa directement son travail aux Etats généraux comme « une imparfaite expression de sa sensibilité pour le bien public. »
En voici les points principaux :