AblȎ Fourcher, Episcopat constitutionnel, I. p
2. Arch. nat., B. III 85. Lettre de Béraud au Garde des sceaux.
LES ÉLECTIONS DE ï 789 EN GÉVAUDAN 79
tions des réclamants, leur nombre ne fût-il que d'un seul membre. »
Art. 19.
« Que l'évêque ne soit jamais le président unique et nécessaire de l'ordre du Clergé ; son influence sur les volontés des ecclésiastiques, toujours obligés à lui, toujours aveuglément reconnaissants, n'étant que trop sensiblement puissante, ainsi que notre assemblée en a été la preuve: personne ne m'ayant appuyé, lorsque je faisais une motion nécessaire., demandée par les curés et approuvée de la part de tous. »
TITRE II Des besoins du peuple
C'est le plus beau passage du Mémoire. Il débute par une longue énumération des charges qui pèsent sur l'agriculture : lourds impôts ; l'usurier devenu l'ordinaire ressource, bétail de labour mis en précaire, récoltes vendues d'avance à vil prix et chèrement rachetées, saisies pour les deniers du roi ou pour les censives croisant les saisies des créanciers : « alors la distribution des biens « est ouverte ; l'agriculture n'a plus rien à recueillir ni à « cultiver » ; les praticiens rongent jusqu'aux os ; les droits des hommes de plume ont doublé depuis quelques années ; à quoi il faut joindre enfin des « épices brûlantes et des droits exorbitants. »
Puis le curé de St-Alban fait du paysan gévaudanais un tableau moins apprêté, mais aussi poussé au noir que celui de La Bruyère : « Cependant le pauvre paysan n'a pour vêtement que des haillons ; il éprouve toutes les rigueurs de l'air, les travaux les plus forcés, les mauvais effets de la nourriture la plus grossière et la plus épargnée, sans régime, sans médecin.
« Ils ne sortent, eux, leurs femmes et leurs enfants, de leurs chaumières pour l'église, pour les marchés, en notre mauvais pays, que sur la neige, sur la glace, sur les rocs déchirés, dans les ruisseaux ; ils n'ont point de chemins, point de ponts, point de chaussées ; il est peu de leurs
églises paroissiales qui les contiennent tous ; serrés les uns contre les autres dans les saints lieux, ils ne peuvent ni prier ni écouter, et l'ignorance et l'indévotion leur deviennent nécessaires et communes. S'ils sont malades, point de linge pour les servir ; pour tout lit un peu de paille, pour couverture leurs habits de jour qu'ils infectent ; il n'y a pas apparence qu'on les ait crus des hommes avant Louis XVI et son aimable épouse et Necker, depuis Henri IV et Sully.
« Cependant ils ont les vertus humaines et religieuses : pères tendres, époux fidèles, enfants respectueux, sujets soumis. Pauvres et dans la dernière détresse, ce sont eux cependant qui hébergent, qui nourrissent nos pauvres, leur partagent avec tendresse leur potage et leur pain noir. Je n'ai pu obtenir pour les pauvres, depuis plus de vingt ans, aucune espèce de secours, de leur décimateur, pasteur riche. »
Pour remédier à tant de misère, l'abbé Béraud propose un prêt de cent mille livres, consenti aux municipalités responsables, qui prêteraient à cinq pour cent aux paysans, pour les libérer des usuriers et des monopoleurs. Puis il réclame la gratuité des justices seigneuriales, le partage égal de l'héritage entre les enfants, l'adoption en la forme romaine, les enfants illégitimes exceptés pour la conservation des mœurs, enfin le rachat des censives sans indemnité.