Bulletin Lozèie 1875, p
sur les bases suivantes : le Tiers égal en nombre à la Noblesse et au Clergé, vote par tête, liberté des élections, suppression des lettres de cachet, admission de tous à tout par voie de mérite, liberté réglée de la presse, égalité de l'impôt, contrôle des dépenses de la maison royale, responsabilité des ministres et aliénation des domaines de la couronne, pour payer la dette nationale.
Sur la question financière, le Tiers réclame la suppression de la gabelle, des pensions de faveur, des fermiers et trésoriers généraux, des douanes intérieures, du tirage de la milice, de tous les droits féodaux avec indemnité, s'il y a lieu.
Sur la question religieuse, il demande l'entretien des bâtiments du culte à la charge des décimateurs, la multiplication des paroisses, la suppression du casuel, et, en retour, les congrues élevées à huit cents livres pour les curés et à cinq cents pour les vicaires, la révocation des annates, la fermeture des couvents inutiles, la résidence des bénéficiers dans leur bénéfice et la réduction de la dîme au vingtième, parce que la semence paie deux fois ce droit.
Enfin, sur la question judiciaire, le roi sera supplié de créer à Mende un siège de ressort avec présidiaîité, de supprimer les intendances et les tribunaux d'exception, de simplifier les codes civil et criminel, de rapprocher de ses sujets, par de nouveaux arrondissements, une justice moins dispendieuse, et de soumettre, après enquête de bonne vie et mœurs, les officiers ministériels à un examen plus rigoureux U
Tel est dans ses points principaux le cahier du
1. Le Tiers-Etat Mendois exige la licence en droit pour les notaires; on l'attend encore aujourd'hui.
98 CAHIERS KT élections
Tiers-Etat : il réclame les grandes réformes que réclamait la France entière et que la Révolution allait accomplir ; c'est l'œuvre d'un ordre qui a conscience de sa force et qui sait où porter le remède, parce qu'il souffre du mal.
La lecture terminée, on procéda à l'élection. Le 3i mars, au second tour, Jean Joseph Rivière fut élu ; au quatrième, parurent en vue : Sévène, avocat à Marvejols, et Charrier, notaire à Nasbinals. Le premier était adversaire, le second, partisan de l'évêque ; la lutte devenait pressante et le corps à corps de l'opposition et du pouvoir épiscopal allait finir.
Les votes furent énoncés à haute voix, et le scrutin, interrompu à sept heures du soir, fut renvoyé au lendemain. Ces mesures, dont Châteauneuf et Dalzan se plaignent au garde des sceaux et au directeur général des finances *, favorisaient la brigue, en indiquant les chances respectives des candidats, et permettaient le travail sur les électeurs. Aussi bien, les montagnards s'ameutèrent pendant la nuit; le matin, Sévène fut obligé de fuir, pour échapper aux coups de pierre, et l'homme de l'évêque, Marc Antoine Charrier, fut élu second député du Tiers-Etat. Les suppléants furent Sévène et Bonnel de la Brageresse, médecin à Mende."
Le même jour, Ier avril, les opposants, ne pouvant obtenir du lieutenant général Rivière acte de leur protestation contre les opérations de l'assemblée, s'adressèrent à Châteauneuf-Randon, car le bruit courait qu'il était nommé grand bailli du Gévaudan 2,
i. Arch. nat., B III 85. Lettre de Châteauneuf, 31 mars 1789; lettre de Dalzan, 9 mai 1789.
2. Voici les noms des protestataires. (Arch. nat., B III 85) :
Cependant le pays trouvait qu'eu égard à sa population il n'était pas assez représenté par quatre députés. Les suppléants partageaient cet avis, mais l'évêque non pas.
« ... On est venu m'assurer, écrit-il à Necker, que les quatre de remplacement avaient eu l'honneur de vous écrire pour obtenir une seconde députation, sous le prétexte que ce pays, composé de cent trente-cinq mille âmes, n'était pas assez représenté. Outre qu'il me paraît, Monsieur, qu'il y en a assez pour cette fois, et que pour les députés de remplacement on n'a pas procédé d'une manière légale, ce qui rend par là même leur élection nulle, il serait encore du plus grand danger pour ce pays-ci que l'un des deux, surtout du remplacement du Tiers, fît seulement mine de vouloir assister à l'assemblée de la nation. Sans le président de cet ordre, il aurait été infailliblement assommé dans la salle du Tiers-Etat, et il a été bienheureux de trouver la ressource de la fuite.
« Je me flatte, Monsieur, que pour la prospérité du pays et que pour celle-même des quatre députés, dont le choix est très bon, vous n'admettrez pas ceux du remplacement, comme seconde députation en faveur de la population du Gévaudan, et qu'ils ne seront reçus dans les Etats généraux qu'autant que ceux qui ont été élus ne pourraient pas absolument s'y rendre ; et j'ai l'honneur de vous répéter que même dans ce cas, si un des deux du remplacement du Tiers y était admis, nous risquerions de voir ici tous les montagnards se révolter et la ville de Marvejols, située au bas du séjour de ces mêmes montagnards, devenir peut-être la proie des flammes ou périr d'une autre manière 1. »
Voilà qui est clair sur les sentiments de l'évêque de Mende. Battu personnellement dans son ordre, il
Combet, député de Barre ; Gaillard, de Gabrias ; Elzière, deSainf- Frézal ; Saltet. de Vebron ; Pintard, Lafont, de N.-I). de Valfrancesque ; Bertrand, Osty, Crespin, Blanquel, Hévène, de Marvejols; Brun, lieut. gén. du Malzieu ; Velay, député de Florac ; Monteil, «d'Antrenas.