Arch. nat., Bill 85. Lettre du 3 avril 1789.__
7(£vïonsia
triomphait cependant au Tiers-Etat et l'ensemble de la députation n'était pas pour lui déplaire ; mais il ne voulait à aucun prix de suppléants comme Sévène et Châteauneuf-Randon. Cette lettre est fort claire aussi, en dépit des menaces exagérées dont elle est l'écho, sur l'acuité de la lutte entre adversaires et partisans du pouvoir épiscopal.
Fondé aux jours les plus lointains du Moyen-Age, ce pouvoir devait à son droit sans doute, mais aussi à son caractère religieux et à la loyauté de la signature royale, son extraordinaire durée. Il sortait de la campagne électorale fortement battu en brèche : la Noblesse et le Tiers demandaient la suppression de la prérogative judiciaire par rétablissement à Mende d'un tribunal royal ; quant à la prérogative politique, pour en conserver un lambeau, l'évêque avait dû en proposer le partage, en admettant les nobles et le peuple à la présidence des Etats particuliers. Ainsi, malgré son talent et ses efforts, l'abbé de Siran était impuissant à garder au diocèse de Mende son caractère séculaire de principauté ecclésiastique, et le vent de révolution, qui allait jeter bas la monarchie, ne devait pas laisser debout ce débris attardé de la féodalité.
Le Gévaudan ne voulait pas davantage du gouvernement du Languedoc : vivant d'épargne âprement amassée, ee montagnard ne goûtait que médiocrement l'honneur de contribuer de ses deniers à l'embellissement de Montpellier ou de Toulouse, et, fatigué du rôle de parent pauvre dans la famille languedocienne,. il réclama le droit de vivre seul.
LES ÉLECTIONS DE 1 789 EN GÉVAUDàN tOt
La Noblesse fit preuve surtout d'égoïsme, d'abord en demandant pour elle seule de partager avec le Clergé la présidence des Etats du diocèse, à l'exclusion du Tiers, au lieu de s'appuyer sur lui, comme l'évêque le fit habilement et hardiment ; puis en réclamant dans son cahier une monarchie parlementaire au profit des deux ordres privilégiés, par le mandat impératif sur le vote par ordre.
Quant au Tiers-Etat, sentant son heure enfin venue, il déjoua les tentatives de pression ou d'accaparement, et rédigea avec fermeté, sans esprit révolutionnaire, des projets de réformes, qui ne tardèrent pas à devenir des réalités.
Le icr avril, à midi, devant les trois ordres réunis dans la cathédrale, sous la présidence de l'évêque, les élus prêtèrent serment ; Rivière remit à l'abbé Brun le cahier du Clergé, au marquis d'Apchier celui de la Noblesse, et garda pour lui celui du Tiers- Etat ; puis l'assemblée du Gévaudan se dispersa et les députés partirent pour Versailles, chacun à sa destinée.
L'abbé Brun, fidèle à ses commettants, vota, le 19 juin, la vérification des pouvoirs en commun et se réunit aux représentants du Tiers ; mais la vie politique lui pesa bientôt :
« Que j'eus grand tort, écrit-il à un ami, de n'avoir pas une bonne colique, lorsqu'il fut question de m'embarquer pour Versailles, séjour délicieux pour quiconque est curieux et désœuvré, mais souverainement insipide pour toute personne qui a de grands devoirs à remplir dans le ministère. Je vois ici nombre de grands hommes et d'hommes grands ; mais ni le bel esprit des uns ni la fortune des autres n'offrent rien de réel à mon amourpropre et à mon ambition. Il est un autre genre de bien,
que je ne désire peut-être pas assez, mais qui me paraît infiniment désirable : c'est celui de faire des heureux et dans ce monde par des secours temporels et dans l'autre par l'application- au salut des âmes... Je prends mon parti en brave, et je m'imagine qu'il est beau et méritoire de s'ennuyer pour le bien général et que ce sacrifice en vaut bien un autre. Cette idée me soutient assez 1... »
Dépaysé dans la Constituante, l'abbé Brun céda son siège à l'abbé de Bruges, qui fut compris plus tard dans une fournée de Fouquier-Tinvilie et guillotiné en 1794, a la barrière de Vincennes.
Le marquis d'Apchier, préoccupé d'un procès particulier et impuissant à défendre son mandat impératif sur le vote par ordre et sur d'autres prérogatives de ses électeurs, donna sa démission le 6 juillet. Le 27 du même mois, la Noblesse du Gévaudan, réunie à Marvejols, « considérant que tous les citoyens d'une grande Nation ne peuvent jouir d'un vrai bonheur que par la paix et l'harmonie, qui doit régner entre tous les Ordres, donna à son député des pouvoirs illimités sur tous les objetsquiseraient délibérés par l'Assemblée nationale, notamment pour ce qui était relatif à l'opinion par tête, sans renoncer pour l'avenir aux pouvoirs impératifs, s'ils étaient jugés utiles par l'Assemblée nationale. »
Le marquis, défenseur convaincu du vote par ordre, qu'il regardait comme « loi constitutive de la •monarchie », n'accepta pas les pleins pouvoirs de ses commettants. Lé 3 août, il déclara devant notaire, à Toulouse, « qu'il ne saurait, sans trahir son honneur et sa conscience, approuver et soutenir un système contraire, et supplia en conséquence la Noblesse du