DEUS EX MACHINA
On était alors au commencement de Tannée
En revenant d'un voyage à Lyon, où il avait été étudier la fabrication des étoflPes de ballon, le capitaine de La Haye se trouva par hasard, en chemin de fer, à côté de M. Henry Laurent, le directeur de la soierie aux magasins du Louvre.
On causa ballons, et M. Laurent posa l'inévitable question :
— Croyez- VOUS qu'on arrive à les diriger?
— Comment, si je le crois! dit le capitaine, mais j'en suis sûr comme deux et deux font quatre.
— Alors qu'attendez-vous?
— Parbleu! qu'on nous donne les moyens de commencer.
Et le capitaine de raconter ce qui s'était passé.
— Alors vous ne pouvez plus rien faire ?
— Non, pour le moment, à moins que la commission du budget ne nous alloue un crédit supplémentaire.
— Et vous croyez que c'est possible ?
— Oui, à une condition : c'est que le président de cette commission prenne lui-même l'aflFaire en main.
— Gambetta?
— Pourquoi pas? N'est-ce pas un aérostat qui a permis au dictateur d'aller soulever les
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provinces, pendant le siège de Paris? Gambelta doit avoir conservé un faible pour les ballons.
— Gambetta est un ami de mon frère, reprit M. Laurent; je me charge de lui faire connaître votre situation.
Trois jours après, les deux officiers de Meudon recevaient une lettre leur donnant rendezvous, h minuit; rue de la Chaussée-d'Antin, dans le bureau de Gambetta.
ENTREVUE AVEC 6AMBETTA
M. Arthur Laurent, frère de celui qui avait rencontré le capitaine en chemin de fer, était en effet venu la veille trouver le célèbre tribun.
— C'est vous, mon cher, dit gaiement ce dernier, quelle nouvelle apporlez-vous ?
— Une grosse nouvelle, monsieur le dé* puté, on peut diriger les ballons !
Gambetta fit un haut-le-corps, en poussant un ohl oh! sonore.
■*- C'est sérieux ce que vous dites?
— Très-sérieux, puisque c'est affirmé par les officiers qui sont chargés, par le minisire de la guerre, d'étudier la question.
— Ah I amenez-moi donc ces offficiers, cela m'intéresse fort.
Ce qui fut dit fut fait.
C'est ainsi que MM. Renard et de La Haye furent présentés à M. Gambetta. Il y eut peu de paroles échangées.
Le tribun lut attentivement une noté rédigée par M. Renard, donnant un résumé de la question, et insistant sur ce point :
tt Que dans l'état actuel de l'industrie, on pouvait construire des aérostats à hélice susceptibles d'évoluer en tous sens pourvu que le vent ne dépassât pas une vitesse déterminée. »
— Tout cela me paraît parfaitement raisonnable, dit Gambetta en terminant sa lecture.
Que vous faut-il pour faire l'essai ?
Le capitaine de La Haye remit alors à Gam-
betta une note indiquant les conditions dans lesquelles la construction de l'aéronef pouvait être terminée rapidement. Cette note comprenait, entre autres choses, Fautorisation do se servir temporairement d'un coin de la grande galerie du Champ-de-Mars, après l'Exposition de 1878.
— Que comptez-vous faire de cette galerie, dit le tribun intrigué?
— Une gare, où l'aérostat gonflé attendra Toccasion opportune de démontrer que les ballons sont dirigeables.
— Du moment où c'est une affaire d'oppor^ tuniié, dit en riant Gambetta, j'en fais mon af~ faire. Combien coûtera l'essai ?
— Deux cent mille francs.
— Je vous les promets.
7i LES AÉROSTAIS DlRlGtiÂBLES