LA VENGEANCE DU CARTON VERT
La crise semblait conjurée, mais le contrecoup s'en fit bientôt sentir.
Dans les bureaux, une irritation sourde grondait contre les officiers dont l'initiative courageuse avait triomphé du carton vert.
Il fut question d'envoyer le capitaine Renard occuper un emploi subalterne dans une petite ville de l'Est. On recula devant cette mesure. Quant à son collaborateur, il reçut l'ordre de rejoindre son régiment à Montargis.
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Cette mesure frappait le capitaine de La Haye, au moment où il entrevoyait enfin le but poursuivi par lui avec tant de persévérance : la création de la flotte aérienne. Au lieu de monter un jour la première aéronef de guerre, il n'avait plus d'autre perspective que celle de la caserne et du terrain d'exercice : c'était dur!!!
Il eut au moins la consolation de voir son service passer aux mains d'un de ses amis, M. Arthur Krebs, qu'il avait récemment demandé comme adjoint, et dont l'intelligence froide devait servir de contre-poids à l'imagination trop ardente de M. Renard.
Le capitaine de La Haye ne quitta pas immédiatement Meudon. A la suite d'une fièvre violente, déterminée peut-être par la surexcitation^dont cette période agitée fut la cause, il obtint un congé de convalescence et revint dans ces ateliers auxquels il ne pouvait s'arracjier.
LE IBÉSENT 79
Un matin deux gendarmes vinrent le rappeler à la réalité. Ils avaient Tordre de l'inviter à rentrer de suite à son régiment.
Quant au colonel Laussedat, il ne conserva pas la direction des ateliers de Meudon. Ce savant officier, dont le nom avait failli grossir, trois ans auparavant, le martyrologe de la science aéronautique (1), ne fut plus chargé du service qu'il avait si intelligemment créé.
L'extension toujours croissante de la télégraphique optique, également confiée au colonel Laussedat, semblait d'ailleurs justifier cette mesure. L' aérostation militaire rentra dans les attributions du général Farre, alors directeur du dépôt des fortifications.
Malgré ces changements dans son personnel, l'aérostation militaire était définitivement
(i) Le colonel Laussedat fît, en décembre i875, une terrible chute de ballon ; on le releva avec une jambe brisée.
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sauvée : elle figurait au budget annuel ; Tère des dangers était donc close pour elle.
L'étude des ballons dirigeables était officiellement admise. L'exécution en fut di£Pérée sous prétexte de travaux plus urgents, mais la construction de V aéronef n'QXi fut pas moins adoptée en principe.