LE GÉNÉRAL FARRE EN BALLON
Dans la première visite qu'il fit à Meudon, le général vit un des nouveaux ballons captifs qui se manœuvraient si facilement à laide d'un treuil à vapeur.
Le capitaine de La Haye commandait la manœuvre (c'était quelques jours avant son départ) ; il offrit au général une place dans la nacelle. Celui-ci accepta ; il fut hissé à une centaine de mètres de hauteur. A mesure qu'il s'élevait, il était frappé de l'étendue du
panorama qui se déroulait devant lui, et il admirait la facilité avec laquelle il pouvait causer avec les officiers restés à terre, grâce à un fil téléphonique enfermé dans le câble.
Le général aurait sans doute prolongé son ascension sans une brise maligne qui vint secouer le ballon et donner le mal de mer au futur ministre de la guerre. 11 fallut descendre Taérostat.
Néanmoins le général était enchanté de son ascensioji. «Les généraux républicains avaient leurs ballons captifs à Fleurus ; moi, qui suis aussi un général républicain, je veux avoir les miens. Si jamais je décroche le portefeuille de la guerre... »
Ram plan plan... Ram plan plan...
Ici les réflexions du général furent interrompues par le bruit d'un tambour sur lequel un sapeur du génie rabotait « le rassembk^ ment »,
— Si jamais je décroche le portefeuille de la guerre, reprit le général, je rétablirai les ballons captifs et je supprimerai ces peaux d'ânes dont le tapage me crève le tympan.
Le général se tint parole. A son arrivée au ministère, il commanda des ballons de campagne... et supprima les tambours.