LE GÉNÉRAL BILLOT
C'est au général Billot qu'on doit Tordre de construire Taéronef de Meudon.
Le sénateur-ministre voulut voir, un beau jour, où en était Taérostation militaire.
— Je sais, dit-il aux officiers aérostiers, que vous vous livrez à des travaux fort intéressants... Montrez-moi où vous en êtes.
On fit manœuvrer devant lui un ballon captif. Le général ne cacha pas son admiration ;
— Et après cela? dit- il.
On sortit d'un hangar un second balloa cap* (if semblable au premier ;
— Tous mes compliments, dit le ministre.
Montrez-moi maintenant ce que vous avez fait de plus récent.
Une équipe retourna dans le hangar et revint bientôt avec un troisième ballon captif qui ne différait en rien des deux premiers.
Le ministre commençait à trouver que c'était toujours la même chose.
— Je croyais, dit-il, que vous aviez commencé un ballon dirigeable ?
— Hélas! monsieur le ministre, nous ne devons le commencer qu'après l'achèvement des parcs du général de Rivière ; la tapisserie de Pénélope était peu de <;hose auprès du travail dont nous sommes chargés !
— Mais il de vient maniaque, avecses parcs, ce brave général de Rivière, murmura le ministre. Autrefois, il ne voulait pas entendre parler de ballons; maintenant il veut en mettre partout! Ils sont tous comme C6l«
dans le génie. Avec cela que c'est neuf^ le ballon captif ! C'était bon du temps de Garnot ; sous mon ministère, il faut créer quelque chose de plus topique . . .
Zim, zim, zim..., pshut, phut..., zim, zim.
C'était le sifflet du treuil à vapeur, qui sonnait le rassemblement et coupait la parole au ministre, au ras de sa moustache.
— Vous n'avez pas de sonnerie moins bruyante? demanda le général impatienté.
— Monsieur le ministre, depuis la suppression des tambours, nous en sommes réduits au sifflet à vapeur.
— En ce cas, se dit le général, je veux que mon ministère donne naissance aux ballons dirigeables et ressuscite les tambours.
En rentrant rue Saint-Dominique, le général Billot dicta des ordres en conséquence à son chef d'état-major fortement ahuri.