LE CHOIX DU MOTEUR
Le moteur que Ton avait primitivement adopté pour l'aéronef était une machine à vapeur.
Le capitaine Renard avait imaginé, pour actionner le propulseur, une machine rotative qu'il fit construire, sous le nom de moteur ver-miculaire, chez M* Piéplu, constructeur-mécanicien, à Paris.
Mais il fallait d'abord se procurer une chau dière beaucoup moins lourde que celles du commerce.
C'est à ce sujet que le capitaine Renard alla rendre visite à un ancien général qui fabriquait des générateurs de vapeur d'une légèreté extraordinaire.
On se rappelle cet officier de marine qui, pendant la dernière guerre, eut le commandement d'une brigade et qui fit tant parler de lui à l'Assemblée nationale, où il siégeait à l'extrême droite. Bien des personnes se sont demandé ce qu'était devenu le général du Temple depuis qu'il avait abandonné l'arène politique..*
L'ancien membre de l'Assemblée nationale est aujourd'hui fabricant de chaudières à Cherbourg. Expliquons-nous : M^ du Temple a inventé une chaudière à vapeur qui, sous un faible poids, présente une surface de chauffe énorme ; cette chaudière fut essayée dans la marine ; on lui reconnut des qualités remar^ quables de légèreté et de puissance ; TËtat en
commanda pour ses torpilleurs. Le général du Temple fut ainsi amené à abandonner ses électeurs pour la construction mécanique.
Le capitaine Renard alla donc visiter les fameuses chaudières.
— Quel usage comptez-vous en faire? demanda le général du Temple.
— Je compte m'en servir pour des essais de navigation aérienne , répondit le capitaine.
Le général serra vigoureusement les mains du visiteur. Voilà vingt-cinq ans que je tiavaille la même question que vous, dit-il ; c'est cette étude qui m^a conduit à créer des moteurs légers, et je compte m'en servir un jour pour mon oiseau.
— Quel oiseau ?
— Celui qui me portera dans l'espace ! Je suis un partisan convaincu du plus lourd que Pair ; vous aussi, n'est-ce pas? vous ne croyez
pas qu'on puisse arriver à un résultat pratique avec les ballons?
— Au contraire, je crois si bien à l'avenir des ballons que je veux leur adapter vos chaudières.
Le général du Temple resta interloqué : voir appliquer aux ballons des machines qu'il avait inventées pour prouver l'inutilité de ces derniers, c'était un comble!
Jamais il ne put s'entendre avec le capitaine Renard.
D'ailleurs, celui-ci ne tarda pas à abandonner l'étude des chaudières légères pour celle des moteurs à gaz.
Tout le monde sait que le gaz hydrogène forme avec l'air un mélange détonant qui peut être employé comme force motrice.
On peut, d'après ce principe, utiliser une faible partie du gaz que Ton emporte dans un aérostat pour actionner un propulseur : c'est
une solution du problème de la navigation aérienne ; c'est celle qui eût été probablement adoptée à Ghalais, si l'Exposition d'électricité n'était venue donner aux recherches de MM. Renard et Krebs une direction nouvelle.
iîA LES AÉROSTATS DIRIGEABLES