LANCEMENT DE L'AÉRONEF
L'aéronef de MM. Renard et Krebs était terminée, dans les ateliers de Chalais, au mois de mai 1884.
On la gonfla, puis on la remisa dans son hangar; elle devait attendre patiemment un jour opportun. Ce n'était pas pour rien qu'elle était la filleule du rusé Génois.
Chaque matin, l'aéronaute Duté-Poitevin,
chargé de Tatelier de couture des ballons, allait rendre visite à Taéronef et constatait qu'elle ne perdait pas de gaz, ce qui, pour un aérostat, est un signe de santé.
L'on fit deux essais préliminaires dans le parc, en maintenant Faérostat à une hauteur déterminée, à Faide de câbles.
Enfin, le 9 août, comme le temps était exceptionnellement beau, MM. Renard et Krebs tentèrent leur première sortie.
LASCENSION DU 9 AOUT
Voici le compte-rendu officiel de leur ascension, tel que M. Hervé-Mangon Ta communique à TAcadémie des sciences:
« A quatre heures du soir, par un temps » presque calme, Taérostat, laissé libre etpos- » sédant une très-faible force ascensionnelle, » s'élevait lentement jusqu'à hauteur des pla- » teaux environnants. La machine fut mise en » mouvement, et bientôt, sous son impulsion, » Taérostat accélérait sa marche, obéissant fi- » dèlement à la moindre indication de son » gouvernail.
» La route fut d'abord tenue nord-sud, se » dirigeant sur le plateau de Ghâtillon et de » Verrières, à hauteur de la route de Choisy » à Versailles, et, pour ne pas s'engager au- » dessus des arbres, la direction fut changée » et l'avant du ballon dirigé sur Versailles.
)) Au-dessus de Villacoublay, nous trouvant » éloignés de Ghalais d'environ 4 kilomètres )> et entièrement satisfaits de la manière dont » le ballon se comportait en route, nous déci- » dions de revenir sur nos pas et de tenter de » descendre sur Ghalais même, malgré le peu ») d'espace découvert laissé par les arbres. Le » ballon exécuta un demi-tour sur la droite » avec un angle très-faible (environ ii«) » donné au gouvernail* Le diamètre du cercle )) décrit fut d'environ 300 mètres.
)) Le dôme des Invalides, pris comme point » de direction, laissait alors Ghalais un peu à » gauche de la route*
» Arrivé à hauteur de ce point, le ballon » exécuta, avec autant de facilité que précé- » demment, un changement de direction sur » sa gauche, et bientôt il venait planer à » 300 mètres au-dessus de son point de départ. » La tendance à descendre que possédait le » ballon à ce moment fut accusée davantage )> par une manœuvre de la soupape. Pendant )) ce temps, il fallut, à plusieurs reprises, » faire machine en arrière et en avant, afin de )) ramener le ballon au-dessus du point choisi » pour l'atterrissage. A 80 mètres au-dessus » du sol, une corde larguée du ballon fut sai- )) sie par des hommes, et Taérostat fut ra- 1} mené dans la prairie même d*où il était )) parti.
Chemin parcouru avec la machine^ mesuré sur le sol 7 k. 600
Durée de cette période 23 ™
Vitesse moyenne de la seconde 5™ . 50
Nombre d'éléments employés 32
Force électrique dépensée aux bornes à
la machine 250 k.
Rendement préalable de la machine.. . • 0.76
Rendement préalable de l'hélice 0.70
Rendement total, environ 1/2
Travail de traction 125 k.
Résistance approchée du ballon 22 k. 800
« À plusieurs reprises;, pendant la marche, » le ballon eut à subir des oscillations de 2" à » 3' d'amplitude analogues au tangage ; ces » oscillations peuvent être attribuées soit à des » irrégularités de forme, soit à des courants » d'air locaux dans le sens .vertical.
» Ce premier essai sera suivi prochainement )) d'autres expériences faites avec la machine » au complet, permettant d'espérer des résul- » tats encore plus concluants.
)> Renard, Krebs. »
Complétons ce compte-rendu par quelques renseignements puisés à Meudon.
La population, prévenue sans doute par des
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sapeurs du génie, s'était portée en foule sur les coteaux verdoyants qui bordent Chalais.
Quand les Meudonnais virent Taérostat faire demi-tour, ils poussèrent des hurlements de joie. Des ombrelles s'agitaient frénétiquement dans la direction du ballon.
Quant aux gamins, ils remarquèrent de suite (cet âge est sans vergogne!) que l'aéronef ressemblait, de loin, à un poisson peu distingué. Ils crièrent en chœur : « Il arrive... Il arrive..., etc. » Ils donnèrent même au ballon le nom à^Alphoîise.
Dumas fils s'est-il jamais douté qu'il baptiserait, par ricochet, un aérostat dirigeable ?
134 LES AÉROSTATS DIfilGEABLES