UN EMBALLAGE A FOND
L*aéronef était rentrée dans le parc de Chalais après un voyage d'une demi-heure par un calme complet; il n'y avait pas un souffle dans Fair.
Le lendemain un journal annonça à ses lec« tcurs cette nouvelle à sensation, qite le secret de la direction des ballons venait d'être découvert par un officier ! . . .
Toute la presse emboita le pas à ce canard atmosphérique.
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Quant au public, il coupa dans le pont avec un empressement digne d'éloges. Ce fut un emballage général.
Il est vrai que les informations puisées à Chalais n'étaient pas faîtes pour ramener le public à une juste appréciation de l'événement du 9 août
Citons, entre mille, ces passages d'un long article consacré aux Ballons dirigeables (1) :
» Une des inventions les plus considérables » du siècle vient de se produire et de s'affir- » mer d'une manière éclatante... Au prix de » quels eflforts le capitaine Renard est-il arrivé » à ce résultat qui va étonner le monde sa- » vant? Lui seul peut le dire... Mais il ne le » dira pas, car ce n'est qu'avec la plus extrême » réserve qu'il laisse entrevoir sa découverte. . .
» Il a raison, d'ailleurs, et à tous les points
(1) VEvénement^Vi 21 août 1884.
» de vue. Tant de gens sont intéressés à con- » naître l'arcane, le Sésame, ouvre-toi de la » direction des ballons.
1 Les industriels et les spéculateurs de » toute nature chez nous sentent là une excel- » lente affaire, et ce n'est pas faute d'oflfres » fort tentantes que M. Renard a consacré » uniquement ses services à Tannée et à la » patrie. Mais ce qui est plus grave encore, » c'est la curiosité inquiète et avide des » étrangers, qui rôdent depuis longtemps » autour de ces ateliers de Meudon comme le » loup autour de la bergerie. Un pressenti- » ment les avertissait que là devait se résou- » dre le problème, et ils ne se trompaient pas.
» J'ai eu l'avantage de pouvoir, aussi, ob- » tenir de M. Renard quelques-uns de ces » renseignements dont il est si avare; et avec » la meilleure volonté du monde et la science » la plus exercée, un officier étranger n'aurait
» pu retirer de ses communications que Vaf- » firmation absolue que l'on peut maintenant » se diriger dans les airs aussi aisément que » sur les eaux avec le steamer le plus docile. » Mais sur le secret même, rien. »
Nos lecteurs verront plus loin la raison pour laquelle le tabernacle où reposait le secret restait si soigneusement fermé à tous les regards; là où il n'y a rien, le reportage perd ses droits.
Il faut reconnaître que la presse étrangère a été plus prudente dans ses appréciations.
« M. Renard, » dit le Standard du 22 août, » a ouvert son cœur à une nuée d'interviewers » appartenant à la presse de Paris ; d'après » lui, son voyage d'une demi-lieue ne serait » que le prélude d'une révolution non seule- » ment dans l'aérostation, mais encore dans la » manière de faire la guerre.
» Il faut voir, dans ce récit, une exagération » et faire la part de l'enthousiasme que provo-
» quent chez un inventeur ses propres décou- » vertes.
)> Quant à nous, nous ne voyons pas ce qu'il » y a de particulièrement neuf dans l'emploi » d'un aérostat allongé muni d'une hélice, et » obéissant au gouvernail par nn temps calme.
» Avant de nous prononcer, nous atten- » drons que le navire aérien ait affronté le ) vent. »
Nos confrères de la presse parisienne n'ont pas attendu le vent pour accorder leur lyre : aussi ont-ils ménagé une déception cruelle à ceux qui ont constaté, par l'ascension du 12 septembre, que les aérostiers de Chalais ne sont pas toujours maîtres de Fille- de-l' Air !
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