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L'ASCENSION DU 12 SEPTEMBRE

Pendant tout le mois d'août, l'aéronef resta sous son hangar.

M. Renard complétait le système des piles qui actionnent le propulseur; d'ailleurs, le temps n'était pas favorable.

L'aéronef fut pourtant annoncée, par une note envoyée aux journaux, pour le dimanche 31 août. Dix mille Parisiens attendirent toute la journée, le nez en l'air, dans les Champs- Elysées et le Jardin des Tuileries ; le nombre

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de torticolis que l'on attrapa ce jour-là fut effroyable, mais l'aérostat ne se montra point.

Enfin, le 12 septembre, la seconde ascension eut lieu. Le temps était superbe; l'Observatoire annonçait la continuation du beau temps ; à la surface du sol, un léger vent agitait à peine les feuilles.

Le ministre de la guerre voulut profiter du beau temps pour assister à une expérience.

On prévint le capitaine Renard de se ^ tenir prêt, et Ton télégraphia au capitaine Krebs, ce jour-là de service aux pompiers, d'arriver au plus vite à Meudon.

Vers quatre heures, le général Campenon arriva en voiture au parc de Chalais. Il visita d'abord le hangar et l'on fit fonctionner devant lui le propulseur.

A ce moment, le vent soufflait plus fort que dans la journée. On lâcha ua petit ballonpilote ; il s'éleva d*abord lentement, puis fut

entraîné assez rapidement dans la direction nord-est.

Quelle était la vitesse du vent? On ne le savait pas au juste. Le grand anémomètre de Chalais ne fonctionnait pas.

Il était à craindre que la vitesse du vent ne fût supérieure à celle de l'aéronef : c'était fâcheux pour une expérience faite en présence du ministre.

Le capitaine Renard essaya, pour faire remettre l'expérience à un autre jour, d'offrir un autre aliment à la curiosité ministérielle : il fit monter son frère en captif; mais le général Campenon, tout en ayant l'air de s'intéresser fort à ce genre d'exercice, ne quittait pas des yeux le dirigeable.

Il fallut s'exécuter.

A quatre heures quarante-cinq, l'aérostat, détaché de ses amarres, fut transporté par une quarantaine d'hommes eu dehors du hangar.

MM. Renard et Krebs prirent leur poste de manœuvre, et comme des marins qui s'embarquent sur une mer houleuse, ils quittèrent le sol sans enthousiasme.

L'aéronef s'éleva lentement ; elle fut d'abord entraînée, par le courant aérien, vers le nordest. L'hélice fut mise en mouvement. Sous l'action du gouvernail l'aérostat décrivit un demi-cercle et mit le cap sur Chalais même.

Il avait alors vent debmit.

A ce moment, la vitesse propre de l'aérostat était égale à celle du vent, car on le vit planer au-dessus des arbres, dans une immobilité relative, à 200 mètres de hauteur.

Cette vitesse était de 20 kilomètres à l'heure.

Il y avait dix minutes que le ballon tenait tête au vent, sans se rapprocher de Chalais.

On ne pouvait atterrir au milieu des arbres : il fallait sortir de cette situation, coûte que coûte.

a Attention ! Je mets toutes voiles dehors ! » dit M. Renard à son compagnon.

On sait que les piles de Taéronef sont disposées pour agir successivement ou simultanément.

Le capitaine toucha un commutateur : l'intensité du courant augmenta ; Taéronef commença sou mouvement sur Chalais.

« Tonnerre de Brest! le dynamo s'échautfe, cria le capitaine Krebs. Stoppez, ou tout va flamber ! »

M. Renard appuya sur un bouton. Le courant fut interrompu. . .

Il était temps ; le courant était trop énergique pour la machine , la nacelle pouvait prendre feu!

L'hélice cessa de tourner et le ballon fut entraîné par le courant aérien * on le vit disparaître derrière les bois de Meudon.

Un quart d'heure«après, à cinq heures dix,

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Taéronef atterrissait à Velizy, à S kilomètres de Meudou.

Au moment où le moteur cessa de fonctionner, un signal avertit les sapeurs du génie qu'on allait atterrir.

Ds partirent au pas gymnastique et retrouvèrent à Velizy l'aéronef, dont la descente s'était opérée dans les meilleures conditions.

Les soldats remorquèrent vers Chalais l'aérostat, retenu par son guide-rope : on le voyait onduler au-dessus de la cime des arbres de la forêt. Sa masse gazeuse, traversée par les rayons du soleil couchant, se colora d'une teinte rougeâtre ; à travers le crépuscule, cet énorme cétacé, titubant au bout de sa corde, prit un aspect fantastique. On eût dit le génie de la guerre aérienne rentrant dans sa tanière, ivre de sang et repu de carnage, après avoir répandu partout la dévastation

A huit heures, l'aéronef était réintégrée dans son hangar.

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