‹ Les aérostats dirigeablesChapitre 28 sur 49 · UN REVIREMENT · texte numérisé non relu

UN REVIREMENT

Tout entraînement précipité détermine une réaction.

Egaré par les commentaires à la fois mystérieux et enthousiastes dont la presse avait accompagné le récit de la première ascension, le public croyait que le capitaine Renard avait trouvé le secret de diriger les ballons malgré le vent.

L'annonce que le ballon de Meudou n'était pas revenu, le 12 septembre, à son point de

départ fut donc accueillie avec dépit par ceux qui avaient salué l'ascension du 9 août comme ravènement d'une grande invention.

Pour expliquer la descente à Velizy, certains journaux racontèrent des choses invraisemblables.

L'un soutint que le ballon avait pris, par ordre du ministre, la direction de Versailles (c'était précisément celle où soufflait le vent) ; uu autre prétendit que les aéronautes avaient touché terre à Velizy pour démontrer au gé* néral Campenon avec quelle facilité s'opérait Tatterrissage : singulière manière de montrer une chose à un ministre que de mettre une forêt entre l'expérience et lui I !

Il était bien plus simple de dire la vérité : le 12 septembre, à cinq heures du soir, le vent était un peu fort pour l'aéronef de Chalais.

Comme le ministre était venu, on tenta néanmoins l'ascension. Tout ce que l'aérostat

put faire, ce fut de tenir tête au vent. Un accident de machine étant survenu, Fhélice stoppaet Faéronef fut entraînée au large.

Il n'y a rien que de très-naturel dans tout cela : ce n'est pas le ministre qui règle la vitesse du vent, que diable !

Jusqu'à présent, c'est le bon Dieu qui s'en est chargé ; et quoiqu'on cherche en ce moment à le mettre à la retraite, il est probable que dHci longtemps c'est le Créateur seul qui réglera la coursé entre l'hélice et la brise.

Mais le public n'entend pas de cette oreille : pour lui, un ballon est dirigeable ou il ne fest pas; et comme le 12 septembre l'aérostat n'a pu revenir à son point de départ, il s'est dit : C'est un échec !

Eh bien, qu'on le sache une fols pour toutes : prononcer le mot d'échec parce que le vent a Une vitesse supérieure à celle d*une aéronef^ c'est un enfantillage aussi fort que de regarder

raéroslat de Meudon comme le premier ballon dirigeable.

A ce propos, nous allons expliquer pourquoi Tascension du 9 août a si bien réussi aux yeux du public, tandis que les expériences précédentes avaient passé inaperçues.

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