‹ Les aérostiers militairesChapitre 11 sur 39 · SAMBRE-ET-MEUSE · texte numérisé non relu

SAMBRE-ET-MEUSE

L'historique de la 1'° compagnie d'aérostiers dont nous avons vu la formation sous le commandement de Coutelle, et le récit de ses aventures nous ont été conservés par un témoin oculaire dont la compétence ne peut être révoquée en doute, car il était lui-même aérostier ; parti simple soldat à dix-huit ans, il atteignit le grade de lieutenant dans ce même corps.

Ce chroniqueur, bien placé pour bien voir, se nommait le baron Selle de Beauchamp.

C'est avec un amusant dédain d'aristocrate qu'il nous compte tout d'abord ses premières tribulations militaires, au service d'un gouvernement qu'il ne voit point d'un œil tendre et au milieu de gens d'origines absolument diverses.

La loi qui l'appelait aux armes formait eu même temps, dans chaque chef-lieu de canton, un bataillon provisoire qui devait élire ses sous-officiers ; ceux-ci ne furent autres que des paysans renforcés, tout fiers de tenir sous leur férule des jeunes gens de bonne famille et qui cherchèrent tous les moyens de les vexer.

c( Comme il ne pouvait, dit-il, y avoir encore une grande régularité dans le service, et que la caserne n'était approvisionnée d'aucune fourniture de coucher ni de nourriture, il fallait bien renvoyer chacun chez soi, et chaque soir, après l'appel, nous faisions les deux lieues d'Arnouville à S..., où nous nous consolions le mieux possible de nos tribulations du jour.

« Cet état de chose commençait à fatiguer considérablement mon indépendance d'écolier, et déjà elle s'était manifestée envers nos subalternes tyrans par d'assez aigres reparties ; aussi, ces gaillards-là m'en avaient payé par un redoublement de malveillance ; j'en étais venu au point d'avouer à mon cher camarade qu'à la première occasion je pourrais bien envoyer paître et sous-officiers et bataillon.

LES AÉROSTIERS MIUTAIRES.

« Une seule chose me retenait encore, celait la crainte de compromettre les parents de mon ami ; car je n'ignorais pas tout ce qui s'agitait dans les clubs et les comités des villages contre les aristocrates et les riches, et je me faisais un épouvantait des persécutions qu'une résistance quelconque de notre part pouvait attirer sur eux. »

Notre jeune homme apparaît ici un peu indiscipliné et facile au dénigrement ; aussi ne faudra-t-il pas s*étonner si, par la suite, il

parle avec quelque irrévérence de ses supérieurs, des autorités, des représentants du peuple et des généraux eux-mêmes. Mais une chose trouve grâce devant lui ; Taérostation, à laquelle le commencement de sa carrière ne semblait pas le destiner, et pour laquelle il se prit d'enthousiasme en devenant l'émule et l'ami de Coût elle.

Avant d'en arriver là. Selle de Beauchamp devait courir de singulières aventures.

Abandonnant un beau jour le bataillon oîiil avait été incorporé tout d'abord, il court, avec son ami intime, s'engager dans un des nouveaux régiments de cavalerie en formation à Paris, où ils furent accueillis sans plus de façon: ce qui tendrait à prouver que les formalités administratives n'avaient pas encore tapissé les issues de leurs toiles d'araignée.

Le régiment était presque entièrement recruté parmi les porteurs d'eau de Paris ; et cette race d'Auvergnats paisibles se montra douce et bienveillante aux nouveaux venus.

Sur ces .entrefaites, cette troupe reçut Tordre de se rendre en Vendée, ofi les armées de la République venaient d'être battues, « sous les ordres de l'illustre général Rossignol », et de Beauchamp arriva à Nantes en assez piteux équipage : un mauvais sarrau de mauvais drap bleu qui montrait la corde ; jde méchantes bottes à semelles de carton ; un sabre ressemblant à la queue d'une poêle à frire, voilà tout son harnois.

Après avoir été le témoin écœuré des affreuses noyades de Carrier,

Il arriva à Nantes en piteux équipage.

Selle de Beauchamp réussît à se faire renvoyer à Paris, où, apprenant la formation d'une compagnie d'aérostiers, il s'y fait attacher et partit avec elle pour Tarmée du Nord.

On nous pardonnera ces quelques détails qui peuvent paraître un hors-d'œuvre,mais qui, du moins, ontTavanlage de faire connaître l'homme auquel on doit la plupart des renseignements sur les événements ultérieurs où furent mêlés les aérostiers. •

C'étaient de singuliers compagnons, ceux au milieu desquels se trouvait le jeune coureur d'aventures, en même temps qu'un brave curé de village qu'il avait réussi à y faire admettre avec lui, par crainte d'un sort plus dur. »

Ils étaient loin, les bons Auvergnats sur lesquels il avait su prendre tant d'ascendant au régiment de cavalerie !

Les nouveaux camarades étaient tous enfants de Paris , espèces de mirliflores, clercs de notaire ou d'avoué, Qommis marchands, sans compter les quelques ouvriers spéciaux que Coutelle avait choisis avec soin pour la construction des fourneaux et la réparation des appareils.

Au demeurant, tous gais et énergiques, portant lestement leur sac avec une chanson, et fournissant des étapes où l'ancien cavalier commença par tirer la jambe.

On allait à Maubeuge, alors assiégé parles Hollandais et les Autrichiens, sous le commandement du général Beaulieu, sans savoir même si l'on parviendrait à entrer dans la place, en forçant le blocus. Mais le hasard servit bien ce début de nos aérostiers : les Impériaux avaient négligé de 'fermer le cercle d'investissement (1) ; et se

Tous enfants de Paris.

(1) Les défenses extérieures qui faisaient de Maubeuge un vaste camp retranché, lui donnaient un énorme développement, qu'il était difficile d'occuper dans son entier, pour une armée assiégeante.

lïV-

glissant dans rintervalle laissé ouvert, Coutelle pénétra dans la ville avec ses hommes et — un peu plus tard — son matériel.

On assigna immédiatement pour logement aux aérostiers Taacien collège, dont le vaste jardin se prêtait bien à l'installation du fourneau et du parc de ballons.

Les hommes étaient épuisés de fatigue ; ils s'étendirent à la hâte

pour dormir dans les grandes salles ; mais ce ne fut pas pour longtemps, et on les vit aussitôt descendre et courir à travers le jardin, jusqu'àlaSambre,où ils se plongèrent à Tenvi : les malheureux étaient noir» de vermine ; et plutôt que de s'exposer à une - -, ^ . lutte nouvelle contre les premiers

nÈt^ W^w^ ^l^r^-^^a^^^h ennemis qui les attaquaient, ils ^ J^P- T.i-^ ^^Ji' V préférèrent lâcher pied et bivoua-

quer dans le jardin, jusqu'à ce qu'un nettoyage à l'eau de chaux en eût eu raison.

Dès le lendemain on se serait mis à l'œuvre pour construire le fourneau à gaz, si l'arrivée du matériel n'eût pas subi de retard.

Les aérostiers étaient du reste fort impatients et fort énervés de leur inaction au milieu du combat d'artillerie qui se livrait à leurs côtés... et sur leur tète ; car le jardin du collège s'étendait jusqu'aux remparts et se trouvait couvert par un bastion hérissé de canons qui chantaient un duo infernal avec les batteries ennemies.

— Nous commencions à nous accoutumer à cette musique, dit notre jeune aérostîer ; mais il plut bientôt à nos chefs de nous la.rendre plus familière.

Le représentant Goyton de Morveau s'était donné la mission spéciale de suivre l'intéressante tentative des aérostiers dont il pouvait à bon droit se considérer comme l'un des créateurs. Ne sachant que faire de son temps, en attendant le matériel qui n'arrivait pas, il s'avisa de demander une sortie, eom^me il aurait demandé une représentation d'opéra-comique.

Mais les figurants de la pièce militaire y allant de leur vie ou de leurs membres, on y regarde à deux fois avant de les lancer sur l'ennemi. C'est ce que fit observer le général Favreau, commandant à

Ils coururent jusqu'à la Sambre.

LE» A.É:iOir lERS M1UTA]RES.

C'est ce que fit observer le général Favreau.

Maubeuge, en ajoutant qu'une sortie ne pouvait avoir aucun but utile, puisqu'une armée française manœuvrait pour faire débloquer la place, et qu'en conséquence ce serait sacrifier des hommes pour rien.

— Notre chimiste, — ajoute irrévérencieusement le troupier chroniqueur, embrassant tous les chimistes dans une accusation aussi générale qu'imméritée , — notre chimiste faisait, comme ses collègues, assez peu de cas de la vie des hommes ; et n'ayant jamais vu la guerre, il voulut s'en donner le plaisir.

Voilà certes qui nous enlèverait toute sympathie pour le grand savant que fut Guy ton de Morveau, si nous ne savions quelle animosité le soldat malgré lui nourrissait à l'endroit des représentants de l'autorité. Nousaimons mieux attribuer la sortie dont il est ici question au motif beaucoup moins égoïste de donneraux troupes d'aérostiers le baptême du feu.

La garnison de Maubeuge, en effet, n'avait pas reçu les nouveaux venus avec beaucoup d'enthousiasme. C'étaient des non-com^a/Zanto; et les sarcasmes pleuvaient sur ces inutiles soldats dont on comprenait mal la mission, et qui, pour le moment, approvisionnaient des briques, du sable ou de la chaux, comme des maçons, pendant que lea autres se battaient... ou fourbissaient leurs armes.

Les aérostiêrs souffraient impatiemment ces moqueries et ce mauvais vouloir; etCoutelle autant qu'eux. Déjà des rixes s'engageaient qui menaçaient de dégénérer en bataille générale avec le reste de la garnison.

Il fallait mettre un terme à cette situation, et le meilleur moyen sembla de montrer que les aérostiêrs étaient des soldats comme les autres^ aussi braves que les autres, et que s'ils étaient aptes à des travaux qu'eux seuls pouvaient entreprendre, iU savaient aussi combattre et verser leur sang au besoin.

Yoilà la raison qui fit adjoindre la section d'aérostiers aux sapeurs

et mineurs du génie chargés d'aller détruire les ouvrages trop avancés de Tennemi ; et comme rien ne saurait remplacer le récit d'un témoin oculaire, nous laisserons encore une fois la parole à Selle de Beauchamp:

« Nous fûmes donc commandés pour le lendemain, quatre heures du matin, et dûmes nous rassembler à la porte de Bavey, par laquelle la sortie s'opérait.

« J'allais donc faire l'épreuve de ma bravoure !

« Le premier moment, je l'avouerai, ne fut pas en sa faveur; en passant sous la dernière porte, unecouleuvrinedei6 ayant jeté son feu, le bruit perçant et aigu de cette pièce fut tel , que mes oreilles en saignèrent, et que, voyant mon sang couler, je me crus mort ou du moins blessé.

« On m'essuya, on se moqua de moi, et devenu brave par amourpropre et... par nécessité, je rappelai mon sang-froid, et marchai fort résolument à côté de notre capitaine qui, tout aussi peu accoutumé que nous au feu, ne bronchait pas devant cet infernal carillon.

<4 Le premier coup de collier nous fut favorable ; on pénétra dans la première redoute ennemie, et les Autrichiens en délogèrent. Pendant ce temps, on nous faisait démolir un reste de maisons du faubourg, dans lesquelles l'ennemi s'abritait contre les feux du rempart.

« Comme nos troupes s'étaient portées en avant, nous croyions y être hors de portée de la mous queterie. Cependant un capitaine d'artillerie venait d'avoir les deux jambes emportées près de nous par un boulet, ce qui prouvait que nous n'étions pas hors de la portée du canon, et déplus, ce qui nous étonnait beaucoup, c'est que les balles nous sifflaient à chaque instant aux oreilles. A la fin, on découvrit qu'une de ces maisons à abattre recelait un poste de Hollandais qui, n'ayant pu effectuer à temps leur retraite, s'y étaient enfermés et se croyaient obligés d'utiliser leurs cartouches à notre profit.

« Bien leur prit que le général vînt à passer près de nous et les reçût prisonniers, car nous avions déjà manifesté l'envie de les griller dans leur bicoque pour leur apprendre à vivre.

« Après avoir eu, dans cette belle équipée, cinq ou six cents hommes hors de combat, on rentra en ville, sans autre résultat que d'avoir satisfait au caprice de Monsieur le représentant... »

Sans nous arrêter au trait final, nous dirons que les aérosliers

s'étaient magnifiquement conduits, et que celte aflaire les réconcilia complètement avecie reste de l'armée.

Quand ils rentrèrent à Maubeuge, ils trouvèrent leur matériel arrivé, et Ton se mit à l'œuvre sans perdre de temps.

Sous les ordres directs du premier lieutenant, ancien maître maçon lui-même, le fourneau à gaz s'élevait rapidement, en même temps que s'exécutaient tous les autres travaux d'une complète installation.

« Notre travail était fort rude, ajoute de Beauchamp; il fallait faire tous les métiers : maçons, charpentiers, serruriers, scieurs de bois ; tout ce dont nous n'avions jamais eu la moindre idée était entrepris et terminé par la seule force de volonté de réussir, et surtout par l'exemple de notre chef qui se mettait toujours le premier à la besogne, et nous prouvait, en en venant à bout, qu'il n'y a rien d'impossible au zèle et à l'intelligence. Nous étions quelquefois honteux de voir un homme de plus de cinquante ans, plus actif et plus infatigable que des jeunes gens de notre âge... Au milieu de tous ces travaux, de toutes ces fatigues, nous étions, en outre, sous le canon de l'ennemi, dont les boulets passaient journellement par-dessus nos têtes, pour aller tomber dans le camp retranché. »

Cependant la maçonnerie du fourneau s'achevait ; on se mit à remplir les cornues de limaille et de tournure de fer, vannée comme

on vanné le grain, pour les purger de rouille, corvée longue et .pénible.

Puis, lorsqu'on eut enfin allumé dans les foyers un grand feu de menu bois, les soins devinrent incessaiils. Les cornues de fonte <ievaient être, en effet, chauffées jusqu'au blanc, sans toutefois pousser au delà, sous peine de les voir fondre ; sans cesse rœilaux évents, les aérostiers surveillaient les diverses régions du fourneau, réglant les registres, poussant ou diminuant Tadmission de Teau qui tombait sur le fer goutte à goutte.

Le moindre accident, la moindre fêlure survenue à Tun des tu3'aux prenait les proportions d'un danger, car l'hydrogène passant par la fente s'enflammait et pouvait causer des explosions à la moindre rentrée d'air. La plus petite fissure se décelait aisément à la flamme bleue qui la cernait; mais il était fort difficile de la boucher ■en la lutant, dans Tembrasement du fourneau.

L'opération du premier gonflement dura quarante heures, pendant lesquelles il ne s'agissait ni de dormir ni presque de manger ; et il fallait toute-réûergie et Tesprit de corps de ces braves gens pour résister à ce travail excessif.

Enfin le ballon V Entrepretiant se dressa, magnifiquement gonflé. Il mesurait 27 pieds de diamètre, et i 0,300 pieds cubes de <îapacité. Quand on Teut gréé de sa gondole, il lui restait environ 570 livres d'excès de légèreté, nous dirions aujourd'hui de force ascensionnelle. Il pouvait donc enlever facilement deux personnes et i20 à 140 livres de lest, en sus du poids des cordes de retenue.

Ces cordes avaient deux cent soixante-dix toises de longueur — soit environ 400 mètres — et Ton pouvait au besoin les allonger à dix-huit cents pieds ou 600 mètres.

Le 2 juin 1794, VEntreprenant s'élevait enfin dans les airs, au bruit du canon et aux hurrahs de la garnison. Il enlevait le capitaine et un officier du génie chargé de reconnaître l'état des travaux d'approche.

Les aéronautes emportaient trois petits drapeaux pour servir aux signaux les plus usuels : un blanc pour monter, un bleu pour rester stationnaire, et un royçe pour descendre.

Le raj^port fait à la descente par l'officier du génie < fut tellement clair et circonstancié, qu'il paraissait impossible désormais à l'ennemi de faire un mouvement qui ne fût pas aussitôt connu dans ' la place. »

Le ballon V Entreprenant, d'ûprès une aquarelle de Cont j.

ftâbu.

C'est ainsi qu'on s'aperçut que les Autrichiens avaient usé d'un subterfuge pour nous tromper sur leurs effectifs réduits, et avaient planté un grand nombre de tentes inhabitées.

Pour donner une idée de la facilité avec laquelle se faisaient les observations, disons qu'avec des lunettes, on pouvait compter les vitres de Mons, à la distance de cinq lieues.

En dehors de ces résultats matériels immédiats, l'apparition du ballon eut un puissant effet moral sur l'ennemi : les soldats croyaient avoir affaire à des sorciers, et les officiers ne parvenaient pas h les rassurer.

(( Généralement, dit Coutelle, les soldats autrichiens, qui tous voyaient un observateur dans la nacelle, croyaient ne pouvoir faire un pas sans être aperçus. De notre côté, notre armée voyait l'aérostat avec plaisir. Cette arme, jusqu'alors inconnue, leur donnait de la gaieté et de la confiance; souvent, dans nos marches pénibles, des soldats de troupes légères apportaient du vin à ma troupe. »

Les Autrichiens résolurent à tout prix d'abattre cette machine, et voyant qu'elle s'élevait toujours du même points derrière le même cavalier, ils postèrent sournoisement deux pièces de 4 dans un chemin creux.

Le lendemain matin, lorsque le ballon fil tranquillement son ascension accoutumée, il fut reçu par une volée de coups de canon. Un premierboulet passa par-dessus l'enveloppe et s'en alla tomber, à bout de course, dans le camp retranché ; puis aussitôt un autre boulet frisa le dessous de la nacelle qui portait le capitaine de la compagnie.

Coutelle accueillit la double détonation au cri de : Vive la Répu^ blique !

On ne voulut pas laisser aux Autrichiens le temps de continuer leurs expériences de tir qui pouvaient causer aux aérostiers bien du mal, alors même que le ballon n'aurait pas été atteint, parce que les projectiles tombaient précisément au milieu d'eux, dans le jardin même où étaient établis tous leurs appareils et leur fourneau.

Dès le lendemain on fit venir de Lille un certain sergent d'artillerie, adroit et entendu dans son art, et on lui demanda de démonter les deux pièces, quoiqu'elles fussent cachées aux vues ; l'artilleur se fit fort d'y réussir; mais il attendit vainement le moment de montrer ses talents : l'ennemi jugea inutile de se représenter et n'essaya plus d'inquiéter les observations et reconnaissances qui éventaient ses projets, dès qu'ils recevaient seulement un commencement d'exécution.

LES AÉROSTI£RS MIUTA1RES.

fi-' /

Pendant que les aérostiers se comportaient ainsi à Maubeuge, Tarmée de Sambre-et-Meuse, sous les ordres de Jourdan, tenait la campagne ; le général manœuvrait habilement pour attirer Tennemi et débloquer toutes les places qu'il assiégeait.

Tout à coup, par une inspiration hardie, Jourdan se porta sur la Sambre, menaçant Charleroi qu'il in veslil.

L'occupation de Charleroi importait trop aux Autrichiens pour qu'ils laissassent cette place tomber au pouvoir des Français, sans essayer de la secourir.

Oa devait donc prévoir que^ rassemblant tous les corps occupés à assiéger les petites places du Nord, le prince de Cobourg allait courir sus au téméraire et tenter de le prendre entre deux feux, en le refoulant sous le canon de Charleroi.

La manœuvre des Français avait réussi ; mais il leur importail d'enlever la place avant que Tarmée de secours n'eût le temps d'arriver. Jourdan, mal renseigné sur l'état des défenses, était dans une cruelle perplexité, lorsque Guy ton deMorveau lui proposa de lui amener cet observatoire aérien qui venait de faire merveille à Maubeuge.

Le savant promoteur de l'aérostalion, mis en appétit par les succès obtenus, en rêvait de plus éclatants encore.

Cette machine qu'on avait tant de mal à gonfler, il voulait la transporter à sa guise, à la suite d'une armée en manœuvre, loin du fourneau de gonflement auquel elle semblait devoir rester rivée.

L'entreprise ne manquait point d'audace ; mais elle exigeait que Ton transportât d'abord l'aérostat tout gonflé jusque sous les murs de Charleroi, et cette opération se présentait comme hérissée de difficultés.

Il s'agissait, dit de Beauchamp, de sortir d'une ville entourée d'une triple enceinte de remparts et de fossés gardés de trois côtés par des forces imposantes qui, au premier éveil, devaient pulvériser l'aérostat, ainsi que le petit nombre d'hommes chargés de le conduire. Une machine ronde de trente pieds de diamètre se dissimule difficilementy et c'était là pourtant ce qu'il s'agissait de réaliser.

Les obstacles ne font du reste qu'exciter l'impatience des aérosT

•'--VH

On se met en marche pour franchir le rempart.

tiers et de leur chef. Cest à grand'peine que Coulelle les contient. Il reconnaît lui-même la route à suivre, et pour ne rien abandonner au hasard, consacre un jour et une nuit en préparatifs de toute sorte.

E nfin tout est prêt. Il ne reste plus qu'à attendre la nuit noire pour mettre tout ce beau projet à exécution.

A deux heures du matin, on se met en marche, pour franchir le rempart qui bordait le jardin du collège.

On avait attaché à la corde qui forme la ceinture équatoriale dufilet autour du ballon, seize cordelettes pendantes auxquelles nous donnerons le nom de cordes équatoriales.

Ces cordes, tenues chacune par un homme, avaient du reste été rallongées à une longueur suffisante pour que le ballon se maintint à une dizaine de mètres du sol pendant le transport.

Des échelles étaient d'avance apposées le long de Fescarpe ; et la moitié des hommes descendit dans le fossé en allongeant les cordes, tandis que Tautre moitié attendait et maintenait le ballon sur le parapet. Quand cette troupe eut, à son tour, gagné le fond du fossé, on recommença une semblable opération pour gravir la contrescarpe et gagner le chemin couvert.

LES AÉBOSTIERS. û

Puis on s'engagea sans bruit dans les communications, en ayant soin d'abaisser Taérostat le plus près possible de terre, de façon qu'il dépassât de très peu les crêtes protectrices Les trois enceintes furent franchies de la sorte et dans le plus grand silence.

Le jour ne paraissait pas encore, lorsqu'on put atteindre la route de Naniur, en un point suffisamment éloigné de l'ennemi pour qu'on se jugeât, dès lors, hors de ses atteintes.

Mais les aérostiers n'étaient pas au bout de leurs peines. Avec la pointedu jour,le vent s'était élevé brusquement, menaçant de rabattre l'aérostat sur les arbres qui bordaient la route et d'y accrocher sa frêle enveloppe.

On fut obligé de prendre à travers les terres labourées, qui rendaient la marche lente et pénible.

On était à la fin de juin; la chaleur était étouffante, et Ton avait devant soi quatorze lieues à parcourir ainsi !

Les chemins de traverse qu'on put prendre étaient partout couverts d'une poussière noire de charbon de terre qui volait en nuage autour de nos aérosliers ; et les Flamands superstitieux levaient la tête pour voir celte machine se soutenant seule dans l'espace, poussée par le vent et semblant traîner à sa suite cette grappe de démons demi-nu s, couverts d'une couche de charbon pilé que la sueur collait sur leur corps.

A peine s'arrètait-on auprès des puits, où les malheureux se rafraîchissaient à la hâte ; et comme il ne se rencontrait aucune auberge au milieu des terres labourées ou en friches, il fallut se contenter de quelques morceaux de pain dus à la bienveillance des paysans.

Le soir approchait, lorsqu'on aperçut les premiers postes de l'armée française. Au même instant on vit s'élever du camp un immense nuage dépoussière d'où partait l'infernal tapage de nombreux instruments militaires. C'était le général en chef qui, suivi de son étatmajor, venait au-devant de l'aérostat.

Toute l'armée était hors de ses tentes et poussait des hurrah s frénétiques, au milieu desquels les aérostiers furent conduits près qu'en triomphe jusqu'à la ferme brûlée qui devait leur servir de gîte.

11 était temps ; la plupart, harassés de fatigues, réclamaient un peu de sommeil plutôt que la prolongation des acclamations. Quelquesuns pourtant, les plus intrépides, allèrent voir brûler la ville qu'on bombardait ; les autres tombèrent, épuisés et inconscients, sur les tas de paille qui jonchaient la ferme, et se retrouvèrent, le lendemain matin, à demi enfouis sous ce fumier d'où émergeaient aussi, —

LES AÉUOSÏIEUS MILITAIRES

sinistre voisinage, — les bras et les jambes des pauvres diables qui, la veille, s'étaient battus là.

Sans perdre de temps, Coutelle préparait tout pour une ascension dont Jourdan attendait impatiemment le résultat.

Au jour naissant, le 24 juin, le capitaine prenait place dans la nacelle avec le chef d'état-major, le général Morlot. L'aérostat s'éleva, et dans les trois ascensions qui eurent lieu ce jour-là, ce général, restant près de huit heures en observation, put se rendre un compte exact des défenses de la place.

:in:&

Le général en chef venait au-devant de Taérostat.

En réalité, elles étefient en assez mauvais état et ne pouvaient permettre une bien longue résistance. On se prépara donc à agir énergiquement contre elles ; mais l'effet fut encore plus prompt qu'on ne l'espérait.

L'apparition de cette machine énorme avait produit, là encore, un effet moral considérable. La garnison de la place, se sentant épiée, devinée, sans qu'elle pût dérober à l'assaillant ni une manœuvre, ni un mouvement, fit entendre des murmures de découragement ;et le gouverneur demanda à capituler, désespérant^ disait-il, de cacher sa mauvaise situation à un ennemi qui possédait un pareil moyen d'observation.

C'est le 2S juin, le lendemain même de la première ascension, que fut signée la capitulation.

On ne peut pas douter que la présence de l'aérostat n'ait hâté la reddition de Charleroi. Ce résultat était aussi heureux qu'inopiné; on peut dire même qu'il eut une importance capitale sur la suite des opérations ; car à peine' la garnison eut-elle déposé les armes.

68 î ES AÉIIOSTIEIIS MILITAIKES

le canon se fit entendre sur les derrières de l'armée française.

— « Messieurs, dit le commandant de la place de Charleroi aux généraux français qui.se trouvaient près de lui, si j'avais entendu ce signal quelques heures plus tôt, vous ne seriez jamais entrés dans Charleroi. »

Karmée de secours arrivait en effet: le succès des corabinaisonî* de Jourdan avait tenu peut-être à quelques heures de résistance de plus.

Maître de Charleroi, au contraire, le général en chef rassembla son armée, e\, par une volte-face faisant tête à Tennemi nouveau, se posta solidement sur la position de Fleurus.

C'est là que, le 26 juin 1794, iJ allait recevoir les choc des troupes du prince de Cobourg.

Coutelle Tavait suivi.

Dès le 25 au soir, Taérost^it était venu camper au village de Gosselies, auprès du quartier général. Mais à quatre heures du matin, un aide de camp vint apporter Tordre de marcher en avant, et de se rendre près du moulin de Jumey qui s'élevait à peu près au centre de nos positions, sur un des uniques monticules qui dominent la plaine immense.

Tandis que s'achevaient les préparatifs d'ascension, le général Jourdan se tenait au pied du moulin, embrassant du regard toute l'étendue du champ de bataille où l'action s'engageait déjà entre les avant-posles, tandis que le canon tonnait avec ses éclairs rapides.

Le représentant Saint-Just questionnait anxieusement le général, qui arrêtait froidement ses dernières dispositions.

L'aérostat s'éleva aussitôt et, avec lui, le général Morlot, qui n'avait voulu laisser à personne le soin d'observer l'ennemi. Chaque fois qu'un incident important survenait sur la ligne de combat, les aéronautes griffonnaient rapidement une note, la glissaient dans un petit sac de lest^ et, après avoir prévenu le poste de terre par un signal convenu, laissaient tomber le sac à terre. Un officier d'aérostiers prenait vivement la dépêche et la portait en hâte au général.

A partir de midi, les communications des observateurs avec la terre devinrent déplus en plus fréquentes, semblant indiquer quelque grave événement; et en effet, le bruit du canon, de toutes parts, se rapprochait du monticule où s'élevait l'aérostat.

LES AÉnOSTIERS MILITAIRES.

Les deux ailes de l'armée française pliaient visiblement devant l'effort des Autrichiens, et le prince de Cobourg, prétendant refouler complètement les troupes de Jourdan sur la Sanibre, cherchait à prendre appui sur Charleroi, dont il ignorait la reddition.

Le général autrichien, assuré du succès, s'apprête à le hâter par un dernier effort. Il fait un changement de front et lance une formidable colonne sur le centre de la ligne française qui, seul, résiste encore. Les troupes républicaines prises en flanc, après avoir tenu désespérément, se mettent en pleine retraite.

Lesaérostiers cependant ne recevaient pas Tordre de se replier, et le ballon continuait à dominer cette plaine couverte de troupes en désordre, tandis qu'au pied du moulin défilaient au galop les troupes de toutes armes, les pièces et les caissons d'artillerie ; les soldats qui passaient en retraite couverts de poussière n'étaient cependant pas débandés.

Pendant ce temps, avec l'insouciance de la jeunesse, nos aérostiers, ayant trouvé du lait, s'apprêtaient pourtant à en faire un rapide repas, lorsqu'ils virent repasser Saint-Just seul, cetlo fois, et ia figure sombre. Ils l'invitèrent à partager ce déjeuner frugal; mais lui, remerciant dun mot, s'éloigna en allongeant le pas.

On se battait depuis plus de dix heures. Le général Jourdan donna l'ordre à Coutelle de monter encore une fois pour observer la droite des Français.

« Un corps, dit Coutelle, qui avait reçu l'ordre de se porter sur un autre point par le

Le représentant Saint-Just questionnait anxieusement le général.

plus court chemin, passa sous mes cordes ; les soldais disaient qu'on les faisait battre en retraite ; un d'eux, que je distinguais parfaitement, leur dit'.d Si nous battions en retraite, le ballon ne serait pas là. »

Cependant la retraite était bien réelle et s'accélérait; Ton ne voyait plus que des groupes attardés, suivis de près par les lignes autrichiennes, lorsque Coutelle signala de descendre l'aérostat, et de se replier.

La route sur laquelle se faisait la retraite était encombrée par tous les charrois de l'armée.

Il était cinq heures du soir, et chacun croyait la bataille perdue. Tout à coup un temps d'arrêt se fit dans le mouvement en arrière ; quelques cavaliers porteurs de dépèches passaient au galop à travers cette foule à moitié débandée, semant des nouvelles meilleures.

C'est qu'en effet la grosse colonne de Cobourg, en croyant prendre un appui sous les murs de Charleroi, s'était trouvée à l'improvistebattued'écharpeparle canon de cette place. Surpris par cette brusque intervention, les canonniers autrichiens affolés avaient coupé les traits des chevaux, abandonné leurs pièces, et toutes les troupes impériales s'étaient enfuies en désordre.

La journée, commencée comme un désastre, finissait comme un triomphe et une éclatante victoire.

L'aérostat avait sa part dans le succès définitif. Il était resté neuf heures en l'air ; grâce aux utiles et rapides informations que le général Morlot lui faisait parvenir, Jourdan fut toujours renseigné aur les mouvements de l'ennemi aussitôt qu'ils s'effectuaient et put manœuvrer promptement pour les faire échouer.

« Je ne dirai pas, dit Coutelle, comme ceux qui louent ou qui blâment avec exagération tout ce qui est nouveau, que l'aérostat a fait gagner la bataille de Fleuriis. Tous les corps, dans cette journée mémorable, ont fait leur devoir. Ce que je peux assurer, c'est que, bien exercé à me servir de ma lunette, malgré le mouvement d'oscillation continu et de balancement qui est en raison de la force du vent, je distinguais les corps d'infanterie, de cavalerie, les parcs d'artillerie, leurs mouvements et en général les masses. »

Dès le lendemain de la bataille de Fleurus, l'armée se remit en route sur Bruxelles, et la compagnie d'aérostiers avec elle.

LES AÉKOSTIEHS MILITAIRES.

Cette dernière repassa par le village de Gosselies et campa daûs le bourg même de Fleurus, tout fumant encore du sanglant combat qui s'y était livré la veille.

L'ennemi s'était reformé ; solidement établi à la bifurcation des chemins de Bruxelles et de Namur, au lieu dit les Qualre-Bras, il attendait le choc.

Combat des Quatre -Bras.

Mais la position fut brillamment enlevée, et cet épilogue de la bataille de Fleurus ouvrit définitivement la route de Bruxelles à Tarmée française, qui fit une entrée triomphale, deux jours après, dans cette ville.

11 était dit que les aérostiers ne s'arrêteraient point de sitôt dans leur course vagabonde ; et s'il était nécessaire de prouver la mobilité d'un aérostat, Thistoire de cette campagne à travers les Flandres serait là pour en témoigner.

Depuis qu'il avait quitté les jardins de Maubeuge où était établi le fourneau producteur d'hydrogène, le ballon n'avait pas reçu -un atome de gaz ; il était encore cependant bien gonflé, et enlevait fièrement ses deux aéronaules, lorsqu'on le fit partir de Bruxelles, faisant journellement quelques ascensions pour éclairer l'armée.

Jourdan lui-même était si bien revenu des préventions qu'il avait

72 LES AKROSTIEBS MILITAIBES.

pu manifester, qu'il montait à Toccasion dans la nacelle, afin de voir par ses propres yeux, comme au combat de Sombref, le 4 juillet^ par exemple.

'^'^ Entreprenant aurait pu fournir une longue carrière encore, lorsqu'un accident y mit fin brusquement et prématurément.

Le 6 juillet, on s'était arrêté, à la nuit, près de Corroy-le-Château .

Le temps menaçait, et Coutelle fit camper l'aérostat avec un soin particulier.

Tout à coup l'ouragan s'éleva furieux ; malgré la tente qui le protégeait et dont les attaches furent violemment arrachées, le ballon lui-môme fut déchiré par le vent et mis hors de service.

Il n'en avait pas moins concouru aux succès de nos armes pondant un long mois, du 2 juin au 6 juillet 1794, effectuant des ascensions à peu près journalières, à la suite d'une armée sans cesse en mouvement.

Il portait les traces glorieuses des combats qu'il avait vu se dérouler à ses pieds : sept balles l'avaient trayersé de part en part, attestant que, pour n'être pas des combattants, les aéronautes ne sont pas à Tabri des projectiles. Jamais, du reste, la perte de gaz occasionnée par les petits trous de ces balles ne fut assez forte pour rendre trop rapide et dangereuse la chute du ballon.

L'accident qui le dégonflait obligea les aérostiers à revenir jusqu'à Maubeuge, où se trouvait le seul fourneau à gaz que Ton eût construit. C'était là une désagréable perte de temps, "qui fait bien sentir tous les inconvénients d'un générateur de gaz aussi peu mobile.

Les réparations de l'aérostat furent pourtant lestement menées, et vers le milieu de juillet, Coutelle était prêt à rejoindre l'armée de Jourdan, alors à Liège.

Il apportait avec lui, outre V Entreprenant^ qu'il avait réparé, un autre ballon, \e Martial, construit à Meudon, d'après les idées de Guyton de Morveau. Ce nouvel aérostat avait la forme d'un cylindre, terminé par deux hémisphères ; il devait présenter l'avantage d'exiger une tente moins élevée, plus portative, et d'ofi'rir, s'il était orienté dans le sens du courant aérien régnant à terre, moins de prise au vent.

Coutelle et Lhomond, du 14 au 18 septembre, exécutèrent sept ascensions captives avec le Jf«r/?a/ ; mais, dans leurs rapports, ils

LES AÉROSTIEHS MILITAIUES. 73

coDclamnferent cette forme cylindrique, et l'on en revint à la forme sphérique et au volume du premier ballon.

Pour retenir captif le ballo\i cylindrique, Conté avait imaginé de le munir de quatre câbles, deux sur les flancs, et un à chaque extrémité. La manœuvre des quatre escouades était assez compliquée pour tendre bien également chacun de ces câbles et maintenir Tavant du ballon tourné au vent ; afin de marquer d*un signe distinctif l'avant de l'aérostat, la nacelle portait elle-même une proue saillante d*un mètre de long, ornée d'un superbe bonnet phrygien.

La compagnie ne séjourna pas longtemps à Liège, et fut enfin dirigée sur Aix-la-Chapelle. On lui assigna pour quartiers d'hiver le village de Borcette, dans le voisinage de cette ville ; etCoutelle, instruit par Vaccidetit survenu à Y Entreprenant, accident qui démontrait de façon trop complète la nécessité d'avoir à proximité du champ d'opérations aérostatiques un atelier de réparations et de gonflement, demanda, — et obtint avec Tappui de Guyton de Morveau, — Tautorisation de réaliser cette installation en vue de la campagne suivante.

Les aérostiers trouvaient enfin à Borcette un repos bien gagné après toutes les fatigues qu'ils venaient de supporter dans ces quelques mois de marches et de combats.

Selle de Beauchamp, que ses fonctions de fourrier amenaient souvent à Aix-la-Chapelle, a gardé de cette ville le plus excellent souvenir, si Ton en croit ses mémoires. Il s'y était créé d'agréables relations, et avec la fougue un peu inconsidérée de son âge, s'étant, nous dit-il, amouraché d'une des plus jolies personnes de la ville, il alla jusqu'à écrire à son propre tuteur une lettre fort sentimentale, le conjurant de consentira son mariage.

A quoi tiennent les choses humaines ? L'ordre de retourner brusquement à Paris, avec le brevet de sous-lieutenant, sépara les amoureux qui se jurèrent de ne s'oublier jamais... et qui ne pensèrent plus guère l'un à l'autre.

Inconstance ! voilà bien de tes coups.

Page 1