POUR PARIS, EN BALLONS MONTÉS
Les ballons semblent merveilleusement faits pour permettre de sortir d'une ville assiégée : quelle que soit la direction du vent qui les emporte, on peut espérer prolonger assez son voyage pour franchir le pays occupé par l'assaillant, et pour atterrir en territoire ami.
Le problème change de face quand on songe à rentrer dans la même ville. Alors mênpe qu'il s'agit do la surface d'une grande ville comme Paris, y compris le terrain garanti par sa ceinture de forts, sa largeur n'est rien par rapport à la distance qu'un ballon aurait à parcourir ; le moindre écart dans sa direction le fait passer à côté du but. Les chances sont extrêmement faibles de Tatteindre.
C'est pourquoi l'on a été forcé d'avoir recours aux pigeons voyageurs pour transporter les messages de la province répondant aux appels de Paris.
Mais, au début du siège, qui aurait osé compter sur cette ressource? et plus tard même il s'en perdait en route, surtout lorsque le froid était vif ; et malgré l'invention des procédés micro-pholographiques qui permettaient de réduire à un poids très faible un gros stock de dépèches, on aurait eu de bien grands avantages à pouvoir remplacer les messagers ailés par de bons ballons emportant des centaines de kilogrammes de lettres; sans compter que les lettres et les dépêches ne disent jamais tout, et l'on aurait été autrement heureux d'avoir un messager humain à interroger par le menu, àinterwiever, comme on dirait ajourd'hui.
Aussi, dès qu'un certain nombre d'aéronautes eurent franchi le cercle d'investissement, cherchèrent-ils à utiliser leurs ballons pour faire le voyage de retour.
MM. Gaston et Albert Tissandier s'y dévouèrent avec une activité qui leur fait honneur. Le plan était bien simple. Il s'agissait d'installer autour de Paris des stations aérostatiques convenablement réparties : à Orléans, Chartres, Evreux, Dreux, Rouen, Amiens.
LKS AÉHOSTIKHS MILITAIRES.
— « Chaque aéronaule, disait M. Tissandier, aura une bonne boussole, et, connaissant Tangle de route vers Paris, observera les nuages tous les matins au moyen d*une glace horizontale fixe oti sera tracée une ligne se dirigeant au centre de Paris. Quand il verra les nuages marcher suivant cette ligne, c'est-à-dire quand la masse d'air supérieure se dirigera sur Paris, il gonflera son ballon à la hâte, demandera à Tours, par le télégraphe, des instructions, des dépê-
Le Jean- Bar tir&y erse la Seine.
ches, et il partira. Son point de départ est à vingt lieues de Paris environ; il va chercher une ville qui, en y comprenant les forts, offre une étendue de plusieurs lieues ; n'a-t-il pas bien des chances de la rencontrer dans ces circonstances spéciales? S'il passe à côté, il continuera son voyage et descendra plus loin, en dehors des lignes prussiennes. Quand le vent sera du nord, le ballon d'Amiens pourra partir; lorsqu'il soufflera du sud ou de l'ouest, les aérostats d'Orléans et de Dreux se trouveront prêts. Avec une douzaine de stations échelonnées sur plusieurs lignes delà rose des vents, les tentatives seront nombreuses ; Tune d elles aura de grandes chances de succès, surtout si la persévérance ne fait pas défaut, et si Ton ne craint pas de renouveler fréquemment les voyages. »
On ne peut pas dire qu'un pareil plan n'^ùt pas réussi, car il n'a
jamais été complètement appliqué. C'était du reste le seul rationnel.
La commission scientifique chargée d'examiner, à Tours, les diverses propositions des inventeurs, et qui comprenait notamment MM. Marié Davy de TObservatoire et Serret de l'Institut, avait approuvé ce projet.
On avait reconnu la nécessité de construire des ballons de soie, dans la crainte que le matériel fort imparfait qui arrivait de Paria par la voie des airs ne fût insuffisant. Tandis que M. Gaston Tissandier est envoyé d'urgence à Lyon pour acheter l'étoffe nécessaire,
On installa une vaste boîte.
Duruof installe les ateliers de fabrication avec le concours de Mangin et de Louis Godard; on fait l'épure et le patron d'un fuseau pour un aérostat de i,200 mètres cubes, et l'on recrute quatre-vingts ouvrières qui réuniront lestement les fuseaux les uns aux autres, de façon que tout soit terminé en une quinzaine de jours.
Dès ce moment, l'administration des postes, qui ne connaît pas d'obstacles, installe une vaste boite avec cette inscription :