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LA COMMISSION DES VOIES AÉRIENNES

En quittant le régiment, et lorsqu'il fut nommé capitaine à Beifort il avait déjà la réjputation d'un officier très compétent dans toutes les questions mécaniques, et en particulier dans celles qui se rattachaient à Taérostation. Aussi, lorsqu'en 1874 le ministre de la Guerre créa une commission des communications par voies aériennes chargée d'organiser le service des pigeons-voyageurs, de la télégraphie optique et des ballons, le lieutenant-colonel Laussedat (1), président de cette commission, songea-t-il à offrir au capitaine Charles Renard d'en être le secrétaire.

C'était aller au-devant des vœux du jeune officier, qui accepta avec empressement et fut nommé peu de temps après.

Les membres de la commission s'étaient partagé les études suivant leurs aptitudes et leurs goûts personnels ; c'est ainsi que le commandant Mangin(2), se donnant entièrement aux problèmes de la télégraphie optique, commençait dès lors Tétude et la construction des admirables appareils de projection auxquels son nom est resté attaché et qui sont répandus aujourd'hui dans toutes les marines et toutes les armées.

Les questions d'aérostation n'intéressaient personne ; elles étaient, par la force des choses, reléguées au second plan ; on se bornait, en ce qui les concernait, à des recherches historiques et à ' l'examen des propositions des nombreux inventeurs qui assiégeaient la commission comme une Providence en plusieurs personnes. Cette dernière partie de la tâche était ingrate, car la plupart des projets présentés étaient absolument dénués d'intérêt.

L'arrivée du capitaine Renard dans le sein de la commission fit

(1) Le colonel Laussedat, actuellemeiit en retraite, est directeur da Coaserratoire des Arts-et-Métiers.

(2) Le oommandaiit Mangin, nommé colonel, et mis à la retraite, est mort depuis.

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entrer les études aérostatiques dans une voie nouvelle. Il fallait sortir de l'attitude expectante^ ne plus se contenter de crier :

— Sœur Anne, ne vois-tu rien venir?

Il fallait aller au-devant des solutions, qui ne venaient point à la commission.

Les commissions produisent quelquefois, mais c'est lorsqu'elles s'incarnent dans un seul homme et se contentent de dire : — Brigadier, vous avez raison.

Le capitaine Renard fut cet homme, pour les questions aérostatiques, et la commission n'eut pas à se repentir de sa confiance.

Le jeune secrétaire aurait bien voulu pousser ses travaux en toute liberté, dans le sens de la direction des ballons ; non pas qu'il fût systématiquement adversaire des appareils plus lourds que l'air, nous l'avons dit ; mais la question lui semblait plus facile à résoudre tout d'abord en la dégageant des embarras de la sustentation ; en s'adressant, par conséquent, aux appareils équilibrés dans l'air : aux ballons.

Mais, à son entrée dans la commission, lorsqu'il essaya de mettre la question sur le tapis, il s*aperçut que le terrain était mal préparé.

— Diriger les ballons ! Vaine utopie ! Avez-vous la prétention de faire mieux que Giffard qui était un adroit mécanicien, mieux que Dupuy de Lôme qui était le plus savant de nos ingénieurs ? Là oii ils ont échoué, ne croyez pas réussir ; ce serait de l'outrecuidance que de le tenter... Mais voyez donc cette folle jeunesse: elle ne doute de rien ! Guzman ne connaît pas d'obstacle I...

Prudemment le novateur rentra ses propositions dans son portefeuille, sentant bien qu'il fallait s'affirmer d'abord comme ingénieur et comme aéronaute, avant de faire prendre au sérieux toutes ses chimériques espérances.

Heureusement, les applications des ballons à la guerre sont nombreuses ; pour les rendre aptes à cet emploi, tout était à faire, car les travaux des aérostiers de Coulelle étaient oubliés, et les tentatives de 1870 avaient échoué précisément par les défauts d'un matériel improvisé, en même temps que par l'inexpérience d'un personnel recruté à la hâte.

Le champ s'ouvrait vaste et fécond devant les recherches qui devaient aboutir rapidement à l'organisation d'un matériel de ballons captifs militaires et d'une troupe d'aérostiers.

Le capitaine Renard soumit à la commission tout un programme d'expériences et de recherches visant les points suivants :

1*" CofistUution dun type de ballons libres pour le service postal.

2** Etude (Ttm matériel eomplet permettant femploi des ballons captifs en campagne. « Le jour, disait-il, où ce matériel ne sera pas plas encombrant qu'une batterie d'artillerie, et aura la même mobilité, quel inconvénient trouvera-t-on à le mettre à la suite des troupes ? »

3^ Réforme radicale dans le mode de production en grand du gaz hydrogène^ alors très imparfait.

4"* Timidement, se glissaient là les études relatives aux ballons dirigeables^ dont la solution était, à cette époque, à peu près généralement regardée comme impossible.

Nous décrivons plus loin l'appareil conçu pour le gonflement

-rapide des ballons dont il rédigea le projet dès Tannée 1875, tandis

que, dans une série de mémoires, il essayait de ramener à des règles

rationnelles la pratique des ascensions abandonnées jusque-là à un

-empirisme souvent fort éloigné de la logique la plus élémentaire (i).

En même temps, de concert avec le commandant du Génie Delambre, le capitaine Regard poursuivait avec succès des recher- 'ches relatives au choix des étofl'es et à ]a constitution des vernis.

Enfin, il faisait des études et des expériences sur la forme à donner aux ballons captifs et leur mode de suspension. Ces expériences furent exécutées à l'observatoire de Montsouris.

Pour tous ces travaux, les ressources pécuniaires mises à la disposition de la commission étaient fort restreintes : la somme annuelle -'inscrite au chapitre de Faérostation était de 800 francs !

Malgré cette pénurie, le colonel Laussedat, cherchant à donner aux membres de la commission la compétence pratique qui leur -manquait, prétendait les faire participer à un grand nombre d'ascensions libres : c'était le seul moyen d'en faire de vrais aéronautes, et de fixer par l'étude pratique les principes qui doivent guider le pilote dans une ascension libre militaire. Le but que se propose l'aéronaute chargé, par exemple, de sortir d'une ville assiégée et de franchir les lignes ennemies, est tout autre, en effet, que lorsqu'il -doit exécuter une ascension de fête publique.

Dans ce dernier cas, tout est sacrifié à la mise en scène du départ : les préparatifs pompeux, les manœuvres mystérieuses, et puis le -solennel ;

— Lâchez tout !

(1) Les princîpaax mémoires eurent pour sajets : — la manœuvre des ballons dans le «ens vertical, sans perte de lest ni de gaz, au moyen de Tammoniâque ; — la théorie rationnelle des mouvements verticaux des ballons ; — les règles de remploi du lest et -de la manœuvre et de la soupape, — etc.

Auquel répond un frémissement de la foule ; l'aérostat s'enlève, majestueux et rapide, et se perd dans la nue.

Aussitôt hors de vue, tout change. Il n'y a aucune raison pour prolonger le voyage, ce qui n'aurait d'autre résultat que d'augmenter les frais de retour.

Le temps de compter la recette loin des yeux du profane, et, d'un coup de soupape, on détermine la descente.

Dans les applications militaires au contraire, le départ n'est rien, mais il s'agit de rester en l'air assez longtemps pour dépasser les territoires ennemis; et ce n'est que par une pratique rationnelle fondée sur des principes précis que l'on peut atteindre ce résultat.

Le colonel Laussedat put s'apercevoir que ces principes étaient totalement inconnus des aéronautes les plus renommés, et qu'il en était de même des notions de physique les plus élémentaires.

Il se trouvait un jour en ballon avec Tun d'eux, et il cherchait à lui faire comprendre que le but vers lequel il devait tendre était de se maintenir le plus longtemps possible dans l'espace, lorsqu'il vit son compagnon se précipiter sur la corde de soupape et la tirer vivement.

— Qu'est-ce que vous faites, et pourquoi lâcher du gaz? Je vous dis que je veux rester en l'air le plus longtemps possible; mais si vous jouez ainsi de la soupape hors de propos, nous n'en avons pas pour deux heures.

— Hors de propos I Vous en parlez à votre aise. Levez la tête et regardez.

Quand le colonel eut le nez en Tair, il vit le ballon largement épanoui sous le soleil. Sa manche d'appendice ouverte et gonflée laissait coulera pleins bords le gaz, qui baignait les voyageurs de son odeur d'ail.

: — Eh bien ? interrogea l'officier ; le ballon crache, et voilà tout.

— Il crache, il crache.... Et la dilatation? Vous ne comptez pas avec la dilatation !... Vieux ballon!... Dilatation I....

— La dilatation a pour efl'el de chasser une partie du gaz par la manche ; elle s'en acquitte très bien, à ce que je vois ; mais cela n'augmente absolument pas la tension de Tétoiïe, si la manche est ouverte et a des dimensions suffisantes. Or non seulement votre manche est suffisante, mais vous avez la mauvaise habitude delà faire tellement large que Tair entre dans le ballon à la moindre contraction

Jamais, malgré tous ses raisonnements les plus clairs, le colonel

ne put persuader Taéronaule, qui resta convaincu du pouvoir occulte du soleil sur les ballons, et de la mystérieuse perfidie de la dilatation.

La chute de l'Univers.

Les officiers de la commission purent exécuter trois ascensions libres en 1875.

Les deux premières furent faites au moyen d'anciens ballons du siège de Paris, sous la conduite de M. Godard, Taéronaute expérimenté. Ces ballons ne présentaient aucune solidité ; c'était miracle

qu'ils n'éclatassent point sous la pression du gaz, tant leur étoffe était brûlée.

Pour la troisième ascension, qui eut lieu le 8 décembre 1875 , on s'embarqua , sous prétexte d'être plu^ en sûreté, dans le ballon l'f/wit;^r5,appartenant à M. Eugène Godard et construit par cet aéronaute.

On va voir combien la commission avait été bien inspirée dans le choix de son véhicule.

Le départ s'effectua sans encombre, à il heures cinq minutes, de l'usine à gaz de la Villelte. Le ballon, outre M. Godard son pilote, enlevait cinq voyageurs : le colonel Laussedat, le commandant Mangin, les capitaines Renard et Bitard, le lieutenant Bastoul et M. Albert Tissandier, chargé de prendre quelques croquis.

« Dix minutes après notre départ, dit ce dernier, nous étions en vue des carrières d'Amérique ; nous distinguions à travers la brume et les vapeurs légères qui nous entouraient, la porte du Pré-Saint- Gervais, les lignes de fortifications et la porte de Ménilmontant.

« Tandis que mes compagnons écrivaient leurs observations et prenaient des notes, je liste croquis des postes-casernes et casernes d'octroi qui s'échelonnent sur le boulevard Mortier. LecolonelLaussedatxn'en a fait remarquer le curieux aspect ; ils étaient enveloppés de vapeurs légères cachant l'horizon ; les fortifications, couvertes de neige, éclairées à peine par les rayons du soleil, donnaient au paysage un air de désolation tout à fait extraordinaire. 3>

En approchant du fort de Vincennes, le ballon, qui n'avait point jusque-là dépassé Taltitude de 200 mètres, s'élève peu à peu au milieu des vapeurs qui chargent l'atmosphère.

Tout à coup, sans aucun signe précurseur, le bruit de l'air s'engouffrant dans l'enveloppe frappe Toreille des aéronautes qui lèvent la tête: le ballon descend rapidement en se dégonflant : c'est une véritable chute; mais heureusement l'élofTe se creuse à la partie inférieure, formant parachute et empêchant ainsi l'accélération de la descente.

On est si près de terre que c'est à peine si l'on a le temps de jeter par-dessus bord une dizaine de sacs de lest. Dans le désordre d'une catastrophe subite et imprévue, les voyageurs se paralysent mutuellement en se précipitant sur les sacs, entassés pêle-mêle sous les banquettes.

Le moment est suprême : les plus avisés se suspendent aux cordages, en se soulevant à la force des bras, et au même instant, la nacelle s'arrête brusquement, dans un choc terrible, interrompant cette course folle qui n'avait pas duré plus de vingt-cinq secondes.

« Le ballon, aux deux tiers dégonflé, était tombé de côté et se trouvait plié en deux parties, de chaque côté d'un mur ; la nacelle s'était enfoncée de 8 centimètres dans la terre, et nous gisions au fond du panier, dit M. Albert Tissandier, comme écrasés par l'intensité du choc. Le capitaine Bitard, le lieutenant Bastoul et moi, nous nous relevons aussitôt : nous étions sains et saufs.

< Nos malheureux compagnons, MM. le colonel Laussedat et Godard, s'écrient qu'ils sont blessés, et ils s'aperçoivent qu'ils leur est impossible de se soulever. Nous sautons hors de la nacelle ; MM. Bas. toul et Bitard courent chercher du secours, et bientôt quelques habitants du voisinage viennent à notre aide ; on va chercher des voitures; les médecins arrivent pour panser les blessés. »

Le colonel Laussedat et le commandant Mangin avaient la jambe cassée; le capitaine Renard, une fracture du péroné, avec entorse aux deux pieds ; Godard, un genou déboîté.

Pendant ce temps, M. Albert Tissandier s'occupait d'achever le dégonflement du ballon et examinait l'état de la soupape, dont un des clapets se trouvait tout grand ouvert. Il put constater que les ressorts en caoutchouc, qui auraient dû maintenir les clapets fermés, étaient particulièrement faibles, ce qui tenait peut-être à la température un peu basse à laquelle ils étaient exposés ; ils n'avaient plus l'élasticité nécessaire pour faire remonter le clapet une fois qull était tombé.

D'après une autre version, l'accident aurait eu lieu au moment

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LES AÉROSTIEHS MILITAIRES.

OÙ Godard donnait un coup de soupape. Pour la rendre hermétique, on avait, suivant la coutume des anciens aéronautes^/i/Z^'le joint aumoyen

Coupe par AB

Soupape Yon pour grand captif.

d'un cataplasme de farine de graine de lin. Ce lut s'était durci en séchant, et le clapet en s'ouvrantTavait rompu en fragments qui, restant

LES AÂROSTIERS MILITAIRES.

interposés dans la feuillure, empêchèrent la soupape de se refermer. Les deux causes ont pu d'ailleurs exister simultanément^ et font également ressortir les défauts capitaux de Tancienne soupape. . On raconte que, pour mieux juger de l'imminence du danger, le capitaine Renard s'était penché en dehors de la nacelle. Dans cette posture, il fut frappé au visage par une multitude de grains de sable fin.

De par Cl)

Coupe

Quand on le releva tout étourdi, il fallut le transporter à Thôpital ; et là que pouvait-il faire, sinon songer?

Toutes les circonstances de cette chute bizarre lui repassaient devant l'esprit. Ce sable qu'il avait ainsi reçu dans les yeux l'intriguait surtout.

C'était évidemment le lest que Godard et les autres vidaient avec toute la hâte dont ils étaient capables ; mais comment se faisait-il que ce sable de grande densité descendît moins vite que le ballon?

Peu à peu le jour se fit pourtant dans ce cerveau en travail, et^ comme application de ce pl^énomène, le capitaine Renard imagina, pendant son repos forcé, un élévateur à grains dans lequel le blé,

Torge ou les grains analogues reçoivent leur mouvement ascendant d'un simple courant d'air.

Cette machine est aujourd'hui employée dans nos principaux ports de mer.

Cette invention ne fut pas la seule qu'inspira cet accident à l'ingénieux officier. Rien ne pouvait faire mieux ressortir les défauts de la soupape communément employée que cette chute d'aérolithe. ï II sligissait de rendre un pareil accident impossible : c'est alors

que le capitaine Renard inventa la soupape actuellement en service dans les ballons militaires français, soupape dont la manœuvre est absolument sûre, et qui ne comprend ni volets à charnière, ni ressorts en caoutchouc, ni cataplasme de farine de graine de lin — vieux remède d'un autre Age d'un vieil appareil démodé.

Le colonel Laussedat et le commandant Mangin avaient eu^ comme le capitaine Renard, chacun une jambe cassée dans la chute.

Tout cela pour être monté dans le premier ballon venu, sans avoir vérifié ni le bon fonctionnement de la soupape, ni la qualité de l'étofle !

La leçon était sévère, et plutôt que de s'exposer de nouveau à semblable aventure, les officiers se promirent bien de renoncer aux études d'aérostation, s'il ne leur était pas accordé de construire euxmêmes leur matériel. C'est ce que le colonel Laussedat fit ressortir dans son rapport au Ministre, lorsqu'il s'agit de faire connaître les causes de l'accident.

Ces conclusions furent adoptées ; et le Ministre, déliant enfin les cordons de sa bourse, alloua 6,000 fr. pour qpie la commission ne fût plus forcée d'emprunter des véhicules de rencontre.

L'accident avait du reste jeté le désarroi dans la commission, qui avait forcément cessé de fonctionner pendant tout le temps que ses membres les plus actifs étaient sur leurs lits de blessés ; tous les travaux avaient donc été interrompus jusqu'au mois de juin 1876.

C'est à ce moment-là que Tallocation du crédit vint panser toutes les blessuress. On ne s'était jamais trouvé si riche.

Six mille francs ! on n'en verrait jamais la fin : vite on se mit à l'œuvre.

Immédiatement on fit construire un appareil à hydrogène fondé sur le principe de la circulation continue. Lé projet de cet appareil, imaginé par le capitaine Renard et présenté dès l'année précédente, dormait depuis lors, faute de fonds.

En même temps on exécutait la soupape dont l'idée venait d'éclore sous le ciel d'un lit d'hôpital.

On achetait de rétofTe ; on coupait, on cousait, et la commission se trouvait bientôt à la tête de trois ballons : un tout petit, de 4 mètres de diamètre — V Invalide — et deux gros, Tun de 500 mètres cubes, etTautre de 1,300 mètres cubes.

Le ballon de 500 mètres était gréé pour ascensions captives, ce qui allait permettre d'étudier enfin les applications militaires.

Après une période de calme plat, c'était un moment d'activité fébrile. Le capitaine Renard ne pouvait pas suffire à tout ; on lui adjoignit, pour l'aider dans les détails d'exécution, le capitaine d'infanterie Delahaye, qu'il avait connu jadis à Arras dans des circonstances assez bizarres.

C'était en 1872, raconte M. de Grilleau dans des pages gaîment humoristiques.

Deux jeunes officiers se rencontraient pour la première fois à Thôpital d' Arras.

L'un d'eux, lieutenant d'infanterie, avait le pied foulé; l'autre, lieutenant du génie, avait la moitié de la figure paralysée ; il s'était, par mégarde, enfoncé la pointe de son épée dans l'oreille, ce qui avait endommagé le nerf facial.

— A quoi sbngiez-vous donc, quand cet accident vous est arrivé ? dit le fantassin à son camarade.

— Moi, répondit l'autre^ je songeais à la direction des ballons !

— A la direction des ballons ! Et vous y croyez ?

— Certainement, j'y crois.

— Eh bien! nous sommes faits poumons entendre, car c'est également mon idée fixe ; je pense sans cesse à ce que deviendra la guerre quand on pourra diriger les aérostats.

C'est à la suite de cette rencontre qu'ils eurent l'idée lumineused'écrire à Richard Wallace, dont ils avaient connu le fils, peut-être dans quelque commune escapade au quartier Latin.

— Un homme assez riche, se disent-ils, pour se payer des fontaines qui coulent toujours^ est capable de s'intéresser aux ballons dirigeables.

Je ne sais pas quelle fut jamais la manière de voir de sir Richard Wallace à ce sujet, mais il dédaigna de répondre à ceux qu'il put prendre alors pour de pauvres illuminés.

Tant qu'on s'était contenté de faire dès mémoires et des rapports, une modeste salle ornée d'une table et du classique tapis vert avait suffi.

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Mais les ateliers de confection de ballons sont encombrants. On disposait, à la vérité, d'une local aux Invalides ; mais ce local était tout à fait insuffisant, et le colonel Laussedat s'occupait de chercher aux environs de Paris un emplacement plus favorable, lorsqu'on lui parla d'un vaste parc situé près de Meudon, et où le colonel de RefTye avait jadis fabriqué ses mitrailleuses, en grand secret.

Cela faisait merveilleusement l'affaire ; le parc était précisément inoccupé ; le Ministre l'accorda sans peine^ et le capitaine Renard fut chargé d'y installer le service d'aérostation.

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