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CHAPITRE PREMIER

POUR SERVIR d'iNTRODUCTIOIH.

Les vers latins ne sont plus à la mode.

C'est grand dommage ; car ils fournissaient un certain nombre d'aphorismes commodes, de devises toutes faites et bien frappées, que les auteurs se piquant d'études classiques inscrivaient pieusement en épigraphe au seuil de chacun de leurs écrits.

L'Aéronautique (i) était particulièrement favorisée parle grjmd nombre de devises sonores qu'elle pouvait inspirer, depuis le :

Sic itur ad astra ! (2)

que les Montgolfier ont fièrement inscrit sur leur écu, jusqu'à rhémistiche fameux que quelques aéronautes ambitieux empruntèrent à Fouquet :

Quà non ascendam t

(1) L' Aéronautique (da latin aer, air, et natare, naviguer) est Tart de naviguer dans les airs ; VAéroitation (de aer et de êtare, se tenir) est simplement l'art de se soutenir dans l*atmoBphère.

(2) C'est ainsi qn*on atteindra les astres (Ovide).

LES AÉROSTIBRS MILITAIRES.

Ou ne monierai'je pas ! Devise imprudente qui coûta la vie à plus d'un audacieux.

L'empire de Tâir semblait alors appartenir exclusivement aux poètes. Seuls, les héros nés de leurs rêveries parvenaient à franchir Tespace, à la manière des oiseaux, soutenus par leurs ailes mythologiques.

Hélas! la cruelle réalité s'est toujours plu à briser les ailes de la

divine Poésie, et la Poésie elle-même ^1 ^ . a voulu sans doute nous mettre en

garde contre ses trop faciles suggestions, en nous racontant les nombreux périls qui environnent le vol fantastique d*un être humain, même fabuleux.

Elle veut nous apitoyer sur le sort du malheureux Icare^ qu'on a coutume * d'inscrire en tête des victimes de la science aéronautique ; de telle sorte qu'on se souvient beaucoup plus de cet inf9rtuné qui se servit si mal de ses ailes, que de Dédale, son père , qui les avait construites et qui — si l'on en croit les poètes, gens, il est vrai, fort sujets à l'exagération — aurait réussi à s'en servir.

Tout le monde connaît cette aventure et sait que ces ailes merveilleuses étaient formées de plumes patiemment agglutinées avec do la cire. Elles fonctionnaient le mieux du monde, dit la légende, et Dédale s'enfuit heureusement, grâce à elles, de l'île où le roiMinos le retenait prisonnier. Son fils fut moins heureux ; la jeunesse est témr*raire et vaine : Icare, tout enorgueilli du succès, voulut braver Apollon.

— Qab non ascendam ?

Icare.

se dit l'imprudent.

Dans son vol insolent, il osa s'approcher de l'astre radieux, dont la chaleur fit fondre la cire de ses ailes ; et le premier aviateur (1) fut précipité dans la mer.

Comi

(1^ Aviaîmr yitvii du mot latin arw, oiseau. L'aTiateur est celui qui prétend Toler mme los oiseaux. \j aviation est Tart de voler. On oppose ordinairement Vaoïathn. qui

fi'appli|Ué surtout à la recherche du vol par des appareils plus lourd» que l'air, à Vaérottatiiffi qui tfemploieque des appareils plus Wg<?r« que Vair. Il est inutile de dire que jusqu'à présent Taviation n'a pas donné de résultats pratiques.

LES AÉB08T1ERS MILITAIRES. 'f 5

D'autres que les aéronautes peuvent méditer la morale que celte histoire porte avec elle.

Gomme on le voit, l'origine de l'aéronautique se perd dans la nuit des temps.

Les plus anciennes manifestations de la pensée humaine nous ett ont transmis la trace. On voit des hommes ailés sur les antiques bas-reliefs que nous a légués Tart égyptien et assyrien.

Pour mieux dire, Thomme

a toujours désiré ce qu'il

ne peut atteindre. Tout ce t> i- ^ z .•

,.r 1» . Bas-relief égyptien .

qu il ne connaît pas 1 attire,

et rimmorlel Pierrot n'est

pas le seul qui ait songé à décrocher la lune.

Né pour rester toute sa vie attaché au soi, auquel le rive Timpitoyable pesanteur, l'homme n'a pu lever les yeux vers les sublimes solitudes du ciel, sans être jaloux des astres qui les parcourent sur leurs orbes immuables, sans envier tout au moins l'oiseau qui, d'un coup d'aile, échappe à l'attraction et s'élève dans l'espace au gré de son caprice.

Il a toujours rêvé de conquérir ce nouvel empire, d'en sonder les profondeurs.

L'histoire des tentatives aéronautiques s'ouvre avec l'histoire de l'espèce humaine.

C'est que, si tout ce qui nous entoure, tout ce que nous pouvons atteindre et toucher, est petit, limité, mesquin, le ciel, au conliaire, est vaste, immense, infini, démesuré en tout.

« C'est lui qui tient tout, dit Théodore de Banville, et lui seul existe. C'est lui le spectacle, le personnage principal et tout le drame. Sous ce vaste déploiement de vie, de frissonnement et de lumière, les champs, les forêts, les buissons, les lacs et les rivières jetés là comme des étoffes d'argent et des rubans d'argent, les maisons» les animaux, les hommes, ne sont que des accessoires très petits et d'un médiocre intérêt.

« Le ciel est tout, et seul reste divin ; car la main de l'homme peut anéantir, tourmenter, torturer, transfigurer tout le reste ; mais le ciel, non. L'homme, Prométhée toujours en révolte, peut percer les

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monts, exhausser les plaines, arracher les forêts comme des brins d*herbe, émielter les roches avec la dynamite, endiguer les torrents, tarir les fleuves, creuser des canaux qu'il gouverne, répandre dans les flots rhuile qui apaise la colère de TOcéan ; mais il n'a aucun moyen de contrarier le ciel, et d'en faire disparaître la moindre parcelle. C'est en vain aussi qu'il voudrait établir entre les choses terrestres ^ l'immensité aérienne une proportion raisonnable ; cela ne se peut, et ce qui est à nous sera et restera toujours petit comme nous.

d Nos batailles ne sont terribles, nos fêtes ne sont splendides, nos cataclysmes ne sont effrayants que si on se force à ne pas regarder le ciel. Car dans ses plaines d'or, de fer, d'azur, de soufre, de pourpre enflammée,, se heurtent des combats de dieux, se dressent des villes de lumière, s'écroulent des cavernes de pierreries dans des fleuves de cuivre en fusion ; mais si le ciel est vertigineusement varié, amusant, inouï, fantastique, triomphal, effrayant, caressant, mystérieux et tragique, il est surtout — très grand. »

Mais quelle barrière arrêtera notre audace ? Et pour citer un autre poète — un latin celui-là :

Nil mortalibtts ardmim e$t :

Cœlum ipsum petiinus stultitia nostra.

Aussi, depuis Icare, les audacieux n'ont pas manqué pour tenter d'escalader le ciel ; mais, .comme leur mémorable précurseur, les amateurs d'aviation n'ont guère réussi qu'à se briser les reins, jusqu'au jour où, reléguant les ailes au magasin des vieilles lunes, nos illustres Montgolfier ont trouvé, dans une autre voie, la solution du problème.

Certes, il serait séduisant d'imiter les oiseaux ; plus lourds que Tair, ils n'en luttent pas moins victorieusement contre la pesanteur qui les précipiterait misérablement sur le sol, si leur appareil de vol n'était doué d'une incroyable puissance.

Et alors se pose cette question :

— Puisque la nature a su créer une si merveilleuse machine, pourquoi l'industrie humaine ne réussirait- elle pas à l'imiter ?

Ne décourageons pas les partisans dix plus lourd queTair ; laissonsles s'ingénier à copier le plus fidèlement possible leur modèle ailé.

Hélas 1 le succès n'a pas jusqu'à présent récompensé leurs efforts, et l'on doit constater que, si l'on a réussi à s'élever dans l'espace, à s'y maintenir, c'est grâce à des machines jo/i/s légères que F air déplacé ;

en sorte que ces appareils s* élèvent au milieu de Tatmosphère à la manière d'un corps plus léger que l'eau et qui remonte à la surface lorsqu'on le plonge dans cet élément (1).

(1) Sans vouloir faire ici un cours de physique, il est bon de rappeler que Taérostation est fondée sur le principe bien connu qu^Archimède a découvert dans son bain, où il se sentait, pour ainsi dire, plus léger.

On peut énoncer ainsi ce principe fondamental :

Tout corps plongé au milieu d'nnfliùdr. {liquide ou gazeux) en reçoit une poussée vertvcale dirigée de bas en haut et égale au poids du fluide dont il tient la place.

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