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CHAPITRE IL

LES ORIGINES DE l' AÉROSTATION.

Le 5 juin 1783, il y a cent ans à peine, la petite ville d'Annonay était en rumeur. On annonçait que deux fabricants de papier, deux frères, avaient trouvé le moyen d'enlever une machine dans l'air et de Ty maintenir quelque temps.

On n'en pouvait parler, il est vrai, que par on-dit, puisque personne n'avait assisté aux épreuves préliminaires ; mais les inventeurs offraient de répéter l'expérience en public ; ils ^eivaient même prié Messieurs des Etats particuliers du Vivarais, alors assemblés, d'y assister et de sanctionner par leur présence la vérité de leur déclaralion.

Dans la cour des Cordeliers, la foule se pressait, curieuse et sceptique, autour de quelques perches dressées, auxquelles pendait, allongé dans ses plis, un vaste sac en toile doublé de papier et cousu, sur un réseau de ficelles fixées aux toiles.

Les différentes pièces de cette maphine étaient assemblées par de simples boutonnières arrêtées payr des boutons.

Deux hommes avaient suffi pour la monter.

Les deux inventeurs allumèrent un feu de paille humide sous l'orifice ménagé à la partie inférieure de cette enveloppe et que tenait béant un châssis en bois de seize pieds carrés.

Peu à peu l'air chaud s'y engouffre avec la fumée ; il emplit le sac qui se gonfle, s'arrondit de plus en plus, et se soulève ; huit hommes suffisent à peine à le maintenir.

La machine alors a pris l'aspect d'une vaste sphère de cent dix pieds de circonférence (36 mètres environ, ce qui correspond à H mètres de diamètre). Elle déplace une masse d'air de 1,980 livres.

Or, disent les inventeurs, la pesanteur de l'air chaud est à peu près moitié de celle de l'air extérieur, ce qui donne 990 livres ; en y ajoutant 500 livres pour la machine et le châssis, il reste donc 490 livres de rupture (T équilibre.

Le moment est solennel. C'est au milieu d'un grand silence que retentit l'ordre de lâcher les attaches.

Le globe est libre ; il s^envole dans l'espace au milieu des cris d'admiration qui s'échappent spon-

tanément de toutes ces poitrines haletantes.

La foule suit des yeux cette fragile machine qui s'élève toujours et dont le volume apparent diminue rapidement.

Puis le mouvement se ralentit, la machine plane majestueusement à une hauteur d'environ mille toises, entraînée par un vent à peine sensible. Elle reste dix minutes en l'air : la déperdition du gaz par les boutonnières, le refroidissement rapide surtout, ne lui permettent pas d'y rester davantage. Elle redesceud enfin, lentement, et se pose légèrement sur les vignes, où elle achève de se dégonfler.

On n'avait jamais vu chose pareille, et lorsque la nouvelle de celte expérience parvint à Paris, ce fut comme une traînée de poudre allumant un indescriptible enthousiasme. On ne s'abordait plus qu'en se demandant les nouvelles sur la merveilleuse découverte.

Les deux inventeurs d'Annonay, hier encore inconnus, sont les héros de la mode ; on ne parle plus que A' Etienne et de Joseph Montgolfier. Leur nom désormais impérissable est dans toutes les bouches : il devait rester attaché au globe aérostatique gonflé à l'air chaud qu'ils venaient d'inventer, et que l'on appelle encore aujourd'hui une Montgolfière,

Dans un temps où les communications étaient si lentes, l'écho de l'expérience du 3 juin avait gagné pourtant de proche en proche et

Expéricnoe d'Annonay .

20 LES AÉBOSTIERS MILITATRES.

était parvenu à Paris avec une rapidité inusitée. Mais les renseignements faisaient défaut ; on se perdait en conjectures et en hypothèses. Parmi les savants eux-mêmes, on avait hâte d'avoir la confirmation d'une aussi incroyable tentative.

Peut-être, dans celle hâte de connaître, se glissait-il une pointe de scepticisme : nous en avons vu bien d'autres, nous-mêmes, lorsque, pour la première fois, on a parlé en Europe du phonographe que quelques-uns ont irrévérencieusement traité comme un simple canard américain.

On invita les Montgolfier à venir à Paris pour répéter leur expérience devant un public habitué à consacrer toutes les gloires. Les deux frères se mirent en route ; mais leur arrivée tardait trop au gré des impatiences surexcitées. Quelques savants s'assemblèrent, et le professeur Faujas de Saint-Fond ouvrit une souscription bien vite couverte, dans le but de vérifier la grande invention. Ce fut au physicien Charles^ un jeune professeur déjà célèbre, qu'on confia le soin de renouveler la tentative.

Il n'était point facile de reconstituer les éléments fort incomplètement connus de l'expérience d'Annonay. Tout ce que Ton savait, c'était que les inventeurs gonflaient leur globe de papier au moyen d'un gaz léger.

Or le gaz le plus léger que l'on connût était V hydrogène^ à peine découvert, et que le chimiste anglais Cavendish venait d'étudier avec soin. C'était évidemment là le gaz le plus avantageux à employer dans cette occurrence ; et Charles l'adopta tout d'abord, sans s'eflrayer des difficultés de sa mise en œuvre.

Déjà Tibère Cavallo^ un autre physicien, avait montré que des bulles de savou remplies d'hydrogène s'élèvent rapidement dans l'air. 11 s'agissait de réaliser cette expérience en grand, et de substituer à cette mince pellicule de savon enfermant le gaz, une bonne et solide enveloppe de papier ou d'étoffe, assez légère pour ne point contrebalancer complètement la légèreté spécifique du gaz, assez résistante pour qu'on y pût suspendre des fardeaux, et que la force expansive du gaz ne la fît pas crever immédiatement.

D'habiles constructeurs d'instruments de physique, les frères Robert, se chargèrent d'établir un globe en soie de 40 mètres cubes de capacité ; tandis que Charles se réservait plus spécialement les soins qu'exigeait la fabrication de l'hydrogène nécessaire au gonflement.

Quarante mètres cubes ! voilà bien peu de chose, dira-t-on, et nos modernes aéronautes nous ont rendu l'élonnement difficile, après les

merveilleux et gigantesques ballons captifs qu*on a pu admirer dans nos Expositions (i).

Mais qu'on veuille bien songer que l'hydrogène n'avait été jusquelà préparé que dans les laboratoires. Au lieu du modeste flacon où l'on enfermait de la grenaille de zinc, pour y verser ensuite de l'eau chargée d'acide sulfurique, l'imagination devait se représenter un énorme récipient pouvant contenir de grandes quantités de réactifs.

Il fallait prévoir tous les détails de la fabrication, et Charles sut imaginer du premier coup le procédé môme qui devait se perpétuer jusqu'à nos jours.

Au zinc que l'on emploie généralement dans les laboratoires, il substitua le fer, par raison d'économie. Au lieu d'un unique récipient, il enferma le fer en limaille dans un nombre suffisant de tonneaux, et cette circonstance fit donner à ce mode de préparation le nom de méthode des tonneaux.

Lorsqu'il voulut commencer l'opération, Charles, sur cette limaille, fit verser de l'acide sulfurique fortement étendu d'eau. Immédiatement la réaction se manifesta par des soubresauts et un très fort dégagement de chaleur. Le fer, avant de s'unir à l'acide pour former du sulfate de fer, a besoin de s'oxyder: il demande à tout ce qui l'entoure le peu d'oxygène qui lui manque; l'eau qui le baigne en contient précisément, et,sous l'effort des affinités puissantes qui la sollicitent, se sépare en ses deux éléments gazeux : l'oxygène et l'hydrogène. L'oxygène se fixe sur le métal en l'oxydant, et lui permet de céder alors à l'affinité de l'acide sulfurique qui se l'incorpore ; l'hydrogène mis en liberté, l'hydrogène qui est insoluble, se dégage de chaque tonneau, et, par un tuyau collecteur, se rend au ballon.

Nous verrons plus tard comment Giffard et Dupuy de Lôme perfectionnèrent et rendirent pratique le procédé des tonneaux.

L'installation première du physicien Charles était plus rudimentaire, et la fabrication ne se fit pas sans de nombreux embarras. Le dégagement du gaz s'opérait lentement : il fallut trois jours pour remplir V aérostat.

Trois jours pour préparer quarante mètres cubes d'hydrogène! Nous sommes loin du débit des appareils actuels. Il est vrai de dire que l'on était fort novice sur la manière de disposer le ballon pour le gonflement, et qu'en essais, tâtonnements et fausses manœuvres de toute sorte, on perdit beaucoup de temps et de gaz.

(1) Le baUon captif constornit par H. Giffard pour TExposition de 1878 ne cabait pas moioB de 26,000 mètres cubes.

LES AÉROSTIKRS MILITAIRES.

L'aérostat avait été presque entièrement rempli sous un hangar, à J'abri des regards indiscrets. Il fut alors transporté sur une charrette jusqu'au Champ-de-Mars, où s'acheva pompeusement le gonflement. On avait employé 1,000 livres de fer et 300 livres d'acide.

C'étaitile 17 août 1783, deux mois seulement après l'expérience d'Annonay. Le ballon de Charles et des frères Robert, qu'il est juste d'associer en cette mémorable circonstance, s'éleva tout à coup au milieu de hurrahs frénétiques. ,

Il fut transporté en charrette.

Dans son' inexpérience, le physicien avait fermé et ligaturé la manche qui avait servi à l'introduction du gaz. Il n'existait donc aucune issue pour permettre à Thydrogène de se détendre librement, lorsqu'en gagnant les hautes régions le ballon trouverait un air plus raréfié et une pression extérieure de plus en plus faible.

Ainsi disposé, ce premier aérostat ne pouvait fournir u|ie longue course: l'excès de la pression du gaz sur celle de l'air extérieur fit éclater l'enveloppe, lorsqu'il atteignit 1,500 mètres d'altitude environ ; et les épaves du ballon tombèrent à Gonesse, tout près de Paris, où leè paysans ignorants, croyant voir quelque monstre échappé des cavernes infernales ou quelque dragon ailé, se précipi-

tèrent, armés de fourches et de faux, sur cette fragile dépouille agitée par le vent, et achevèrent de la mettre en pièces.

Ces deux premières tentatives, des Montgolfier à Annonay et de Charles à Paris, marquent du premier coup les deux méthodes d'aérostalion qui devaient ensuite se développer parallèlement : la Monlgollïère à air chaud, le ballon à gaz.

L*un et l'autre avaient été lancés sans qu'on eût même songé à leur confier des passagers d'aucune sorte.

Quel audacieux eût osé, le premier, alTronler Finconnu des solitudes célestes ? A vrai dire même, on n'était pas sans éprouver quelque appréhension sur la composition de l'atmosphère dans ces régions inexplorées. On savait , ' pour Tavoir éprouvé dans les ascensions de hautes montagnes, que l'air se raréfie lorsqu'on s'élève jusqu'à leur sommet. Mais les montagnes les plus élevées ne sont encore que les premiers degrés de l'échelle qui conduit aux astres.

Que se passe-t-il au-dessus d'elles?

Quelle est la loi de décroissance des pressions atmosphériques ?

Ne peut-on pas craindre que la raréfaction de l'air devienne si rapide qu'elle rende bien vite impossible la respiration des êtres animés?

Autant de questions auxquelles la science d'alors ne pouvait répondre que par des conjectures; et ce n'est pas de conjectures que se paie la vie humaine.

Levéhiculelui-mêmene pouvait pasinspirer une confiante illimitée.

Alors qu'on ignorait la loi de variation delà densité de Tair suivant l'altitude, il était difficile de prévoir jusqu'où l'on monterait, une fois l'aérostat parti, ce qui rendait indispensable un moyen de manœuvre quelconque, permettant surtout d'abréger l'ascension, s'il était nécessaire.

C'est à tous ces problèmes que durent réfléchir les premiers aéronautes; et avant de se lancer eux-mêmes comme un projectile dans l'espace, ils résolurent de le faire sonder par des témoins inconscients et involontaires.

...Se précipitèrent armés de fourches et de faux.

Les frères Montgolfier étaient arrivés à Paris sur ces entrefaites. On les pressait de renouveler leur belle expérience, et les^ acclamations que Charles venait de recueillir les y poussaient sans doute tout autant, fis construisirent donc une nouvelle Montgolfière plus considérable que la première, au-dessous de laquelle, au moment du départ, ils attachèrept une cage d'osier contenant un mouton, un coq et un canard (1).

Ces premiers navigateurs aériens revinrent sains et saufs de leur excursion inaccoutuniée. S'ils ne purent rien rapporter de leurs impressions de voyage, on pouvait, de leur bon état de santé, conclure tout au moins que l'air ne devient pas irrespirable dans les limites d'ascension atteintes par la Montgolfière.

Le succès de celte expérience m anima vili suffit à décider quelques audacieux à tenter eux-mêmes Taventure.

Ce fut encore une machine à air chaud qui eut la gloire de servir à enlever les premiers aéronautes. Montgolfier fit construire un magnifique globe aérostatique, avec tous les soins que comportait semblable entreprise. Il avait 15 mètres de diamètre sur 23 mètres de hauteur, et cubait 1,600 mètres. L'espace destiné à recevoir les voyageurs était une galerie circulaire d'un mètre de large, disposée autour de l'orifice et protégée extérieurement par une balustrade.

Dans le vide central laissé libre, ou accrocha, au moyen de chaînes, le réchaud en fil de fer sur lequel les aéronautes devaient brûler des matières inflammables, afin d'entretenir la température de l'air intérieur et de la régler convenablement.

Pilàtre de Rozier réclama l'honneur d'être le premier à mettre le pied dans cette machine, avec laquelle il exécuta , au préalable,

Les premiers navigateurs aériens.

(1) L^ascensioQ eut lieu le 19 sept. 1783, à Versailles, en présence de lionis XVI. La Montgolfière avait li mètres de diamètre; il fallut 80 livres de paille et 5 livres de laine ponr la gonfler.

LES AÉHOSTUHS MiUTAJRES.

plusieurs ascensions captives, dans les jardins de M. Réveillon, fabricant de papiers peints du faubourg Saint-Antoine, qui avait construit la Montgolfière.

Les 15, 17 et 19 octobre 1783, il monta ainsi, d abord seul, puis avec deux compagnons, le marquis d'Arlandes et Girout de Viletle , jusqu'à 200 pieds de hauteur , — le câble de retenue n'était pas plus long.

Dès ces premières ascensions, les aéronautes furent saisis de la beauté du spectacle qui se déroulait sous leurs pieds.

Pilàtre de Rozier fut tout particulièrement frappé de la netteté avec laquelle il découvrait le terrain environnant, malgré la faible altitude à laquelle il était parvenu.

L'idée lui vint qu'un pareil observatoire serait un précieux instrument de reconnaissance à la guerre. Nous trouvons là le germe qui devait, dix ans plus tard , donner naissance à l'aérostation militaire.

La première ascension libre La première ascension libre.

eut lieu le 21 novembre 1783, moins de six mois après l'expérience d'Annonay.

Pilâtre de Rozier prit place dans la galerie annulaire avec le marquis d' Arlandes.

La Montgolfière fut gonflée dans les jardins de la Muette, mis par le Dauphin à la disposition des aéronaules.

Elle s'éleva majestueusement et passa au-dessus de Paris, que les voyageurs traversèrent en vingt-cinq minutes, pour atterrir heureusement à la Butte-aux-Cailles.

L'exemple était donné ; Charles et Robert, pris d'une noble émulation, se confièrent aussitôt à la nacelle d'un ballon à gaz. Ils firent

leur première ascension, le 1" décembre, du milieu du jardin des Tuileries, et allèrent atterrir dans la plaine de Nesles, après un voyage aérien d*une heure et demie.

C'était bien là, du reste, le premier réel aérostat. Le physicien Charles Tavait conçu du premier coup tel qu'il devait rester constitué par la suite.

Le ballon proprement dit, c'est-à-dire le récipient chargé de contenir le gaz, avait, lorsqu'il était gonflé, la forme d'une sphère de 9 m. de diamètre, terminée légèrement en poire à la partie inférieure où se trouvait Torifice d'introduction de l'hydrogène (1).

Son enveloppe était composée d'un grand nombre de fuseaux en étoffe, cousus les uns aux autres et convergeant vers le pôle supérieur, où se trouvait placé un clapet, ou soupape, permettant de lâcher du gaz au ^ ^ - - - - moment du besoin. Cette

La gondole. soupape consistait en volets

pouvant s'ouvrir vers l'intérieur du ballon et que des ressorts retenaient lermés. La manœuvre se réduisait à tirer de la nacelle même une corde qui, traversant le ballon, allait se fixer aux volets de la soupape.

En laissant s'écouler du gaz, l'aéronaute pouvait diminuer la force ascensionnelle de son aérostat, l'arrêter dans sa course verticale, et le forcer à reprendre terre, lorsque le moment lui semblait favorable. Charles venait ainsi d'inventer l'organe le plus nécessaire, mais aussi le plus délicat de l'aérostation ; celui dont Taéronaute consentirait le moins à se priver, et celui qu'il redoute le plus, car sa mauvaise organisation ou son jeu défectueux ont causé bien des accidents.

La nécessité d'entretenir un foyer sous Torifice des Montgolfières a fait donner à leur nacelle une forme annulaire, dont l'utilité ne se fait plus sentir dans le cas des ballons à gaz. On se contente alors d'un simple panier, — d'une gondole, comme disaient les premiers aéronautes — ; et pour la suspendre au ballon, Charles imagina de recouvrir celui-ci d'un immense filet terminé par une série de cordes se rattachant au bord lui-même de la nacelle.

(1) La préparation de Thydrogène exigea une batterie de 25 tonneaux.

LES AÉROSnsaS MILITAIRES.

Après Pilâtre de Rozier, après Charles et Robert, les amateurs d'aérostation se décidèrent à suivre l'exemple de ces hardis navigateurs. Les ascensions se multiplièrent, tant en Montgolfière qu'en ballon à hydrogène, sans que les accidents qui survinrent parvinssent à calmer cette fièvre de l'inconnu qui poussait les audacieux à explorer l'espace.

L'expérience ne s'acquiert malheureusement pas sans qu'il en coûte, et la liste serait Ion-

Mort de Pilâtre de Rozier.

gue des aéronautes qui marquèrent de leur sang les étapes de la science nouvelle.

En tête de ce martyrologe, il faut inscrire, pour lui payer un juste tribut de regrets et d'éloges, l'enthousiaste de la première heure, cet honnête Pilâtre de Rozier qui, voulant créer un type nouveau d'aérostat, parla réunion d'un ballon à gaz et d'une Montgolfière, vit cet appareil éclater pendant l'ascension, et fut précipité sur les falaises normandes, avec Romain, le copipagnon de sa téméraire entreprise.

Il n'entre pas dans notre programme de faire ici la complète histoire des nombreuses tentatives des adeptes de l'aérostation. D'autres avant nous s'en sont chargés et ont mené à bien cette tâche délicate.

Il nous suffira de suivre pas à pas l'emploi qu'on a fait de cet art aux usages militaires.

Pilâtre de Rozier avait pressenti cette application nouvelle ; mais la réalisation devait en être longtemps différée, jusqu'aux jours où éclata la Révolution, et, avec elle, la guerre qui devait livrer nos frontières aux armées étrangères.

Dans ce péril extrême, et tandis que la levée en masse jetait audevant de l'ennemi les jeunes armées de volontaires tout enfiévrés de patriotique vaillance^ le Comité de salut public, à Paris, cherchait à tirer parti pour le salut de la Patrie de toutes les ressources en son pouvoir.

ta LES AÉROSTIERS MILITAIRES.

Le savant MoJige lui proposa un jour de se servir des ballons pour observer les mouvements de l'ennemi. Cette proposition fut accueillie avec enthousiasme.

Le chimiste Guy ton de Morveau fut chargé de faire sur la question un rapport qu'il présenta le 14 juillet 1793. Ce savant, un des plus chauds partisans de l'aéronautique, réclamait qu'il fût exécuté des expériences préliminaires, tant sur l'installation particulière que nécessitaient les ballons pour être appropriés spécialement aux usages militaires, que sur la fabrication même du gaz de gonflement.

Une commission fut immédiatement nommée et chargée d'étudier tous les détails d'exécution. Celte commission comprenait les plus grands savants de l'époque ; c'étaient : Perrier, Fourcroy, Monge, Guyton, Faypouth, Marre, Bertholet, Lavoisier.

L'aérostation militaire était née.

On était en 1793: dix années s'étaient écoulées depuis ladécouverte des Montgolfier.

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