‹ Les affaires d'HaitiChapitre 2 sur 48 · VIII « LES AFFAIRES D'HAÏTI · texte numérisé non relu

VIII « LES AFFAIRES D'HAÏTI

qu'un peuple parvienne à sa plus grande puissance d'activité sociale, que tous les éléments de désordres et les traces des époques sauvages et barbares aient disparu^ disparition qui ne peut avoir lieu que par la violence. Aucun peuple au monde ne s'élève à la coordination la meilleure) de ses efforts, à l'intelligence des caractères et des passions^ à l'uniformité des croyances et à de fortes institutions^ sans des tâtonnements infinis et des secousses profondes. Il faudrait que dès l'origine il eût la science infuse; qu'il fût civUisè sans l'être.»

L'histoire entière de la civilisation atteste que ces paroles sont autant de fortes que d'exactes vérités.

La morale qu'un penseur peut tirer de la connaissance de ces faits, c'est que les nations vieilles auraient dû se montrer bien plus indulgentes qu'elles ne le sont généralement pour les jeunes peuples qui essaient de marcher sur leurs traces, pour les sociétés, pour les races neuves qui ne font qu'entrer dans la route qu'elles ont déjà entièrement parcourue.

On ne doit point se dissimuler que l'importance des intérêts économiques et sociaux qui, l'année dernière^ entraient en lutte en Haïti, l'emportait de beaucoup sur celle des intérêts politiques qui étaient en jeu.

C'est ce qui explique^ sans l'excuser aucimement^ la conduite coupable tenue à l'étranger par quelques individus nés en Haïti qui ont volontairement émigré de ce pays et dont la plupart ne l'avaient abandonné que momentanément^ avec idée de prompt retour.

Dès le mois d'Avril, dès après que la nouvelle du débarquement opéré à Miragoâne eut été connue à l'extérieur, des

groupes de politiciens haïtiens qui vivaient à la Jamaïque, à Saint-Thomas, aux Etats-Unis, en France^ adressaient foule de lettres anonymes et de télégrammes aux journaux de ces divers pays pour diffamer le gouvernement d'Haïti.

Un jeune peuple a besoin de sa bonne réputation pour prospérer pour grandir. Il doit impitoyablement clouer au pUori de son histoire tous les félons^ tous les renégats; il doit flétrir à jamais pour l'enseignement des générations futures, les noms des insensés et des traîtres qui, à l'étranger, se constituent les assassins de l'Honneur collectif-

Connaissant l'immensité du préjudice dont le crédit du peuple haïtien tout entier a eu à souffrir par suite de critiques injustes dirigées contre ses gouvernements antérieurs il me sembla qu'il ne m'était pas permis de laisser amoindrir une nouvelle fois en Europe le capital immatériel, le prestige, l'honneur de mon pays même par ses fils, que ceux-ci fussent ignorants ou bien renieurs. Four tous les politiques sérieux^ ce n'est jamais le gouvernement qu'on insulte^ ce ne sont ja« mais les gouvernants qu'on hait ou qu'on méprise au dehors ; c'est la natiom Tous les patriotes vraiment dignes de ce titre qui résident ailleurs que sur le sol natal ne reconnaissent qu'un seul drapeau : celui du gouvernement légal, légitime du gouvernement accepté, reconnu par toutes les puissances avec lesquelles il entretient des rapports.

Dans plusieurs journaux de Paris appartenant à des nuances politiques différentes où je possédais des amis influents, je fis campagne pour renseigner toutes les fractions de l'opinion, pour défendre la renommée politique des administrateurs de ma patrie, afin de conserver à celle-ci l'amitié, l'estime et le respect auxquels elle eut toujours droit.

Je réunis aujourd'hui mes articles publiés en France l'année dernière les faisant suivre de ceux qui parurent ou qui devaient paraître dans les colonnes des journaux d'Haïti,

Au tout j'ajoute un plan de politique rigoureusement nationale et scientifique.

On n'écrit pas froidement quand la patrie est meurtrie, ensanglantée ruinée par la guerre civile; alors que nul ne lui rend justice et que tous la menacent; quand on sent qu'elle va perdre son indépendance.

Je ne m'excuse point. J'explique.

J'aime ma patrie et ma race de furieuse amour. Je les ai défendues avec toute la fougue que je mets à les armer. EUle ne saurait m'être reprochée par les patriotes, les politiques et les penseurs.

Citoyen haïtien, jouissant de la plénitude de mes droits et connaissant toute l'étendue de mes devoirs, j'ai agi de mon propre mouvement et selon ma conscience, de proj>os délibéré et selon mes convictions.

J'entends endosser l'entière responsabilité de mes actes. D'où qu'elles viennent ou puissent venir, les injures et les menaças me laissent et me laisseront froid.

Je ne mendie pas plus les compliments que je ne redoute les rancunes et les colères.

La patrie ne me doit rien : Je n'ai fait que mon devoir.

LlS-iJos-Jver.

Paris le 4 Septembre 1884.

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