‹ Les affaires d'HaitiChapitre 22 sur 48 · AU PIED DU MUR · texte numérisé non relu

AU PIED DU MUR

Monsieur le Directeur^

La prétendue réfutation qu'on a voulu présenter à mes deux articles, publiés dans la «RépubI que radicale» des 6 et 21 Octobre m'oblige à revenir sur les motifs qui ont déterminé l'insurrection dont mon pays est en ce moment le théâtre. (2)

On a soutenu que M, Salomon, président de la République haïtienne s'est moins que tout autre chef d'Etat haïtien ^ occupé d'améliorer le sort du peuple. C'est là une double erreur, historique et économique.

Rivière Hérard^ Guerrier^ Pierrot^ Riche, Salnave, présidents éphémères, ont eu, moins que lui^ le temps et l'occasion de s'occuper de l'amélioration du sort du peuple. Je maintiens que plus qu'aucun autre magistrat suprême et depuis 1804, M. Salomon a été probe éminent, patriote. D a créé la Banqur franco-haïtienne, institution rêvée depuis soixante-dix ans : I a fait entrer Haïti dans l'Union internationale des postes; il îi permis l'introduction de capitaux français en Haiti; il donne droit de naturalité haïtienne à toutes les compagnies étrangères industrielles ou agricoles^ qui voudraient exploiter le sol

(1) REPUBLIQUE RADICALE du 4 Novembre 1883, -Haiti.

(2) Cette prétendue réfutation avait été adressée au directeur de la République Radicale, l'honorable M,' Laisant, député, qui Vinséra après nthivair averti et dans te désir où il était que la lumière fût faite par son journal sur les questions haïtiennes. Elle fut faite et si bien^faite que M, Laisant écrivit ' lui jmême un. magistral article en faveur de la politique du président iSalomon.

haïtien. Il a imprimé une vigoureuse impulsion à rinstriictioa populaire. (Voir La Républque d'Haïti et ses Visiteurs, page 333 et suivantes.) 11 est essentiellement l'ami de la France^ et c'est pourquoi le ministre de France^ en Haïti^ M, Burdel^ le soutient de toutes ses forces.

Les insurgés ont pris les armes en Mars, un mois après que les Chambres haïtiennes eurent voté cette mesure, afin d'empêcher qu'elle ne fût mise à exécution sur tout le territoire de la République.

Que ceux qui msultent à Paris leur race, leur pays et leurs gouvernants disent en toute franchise, en toute conscience, pourquoi les insurgés n'avaient jamais songé à prendre les armes avant le vote de la loi dont je parle!...

Ils n'ont pas voulu que le paysan devînt le maître du sol dont ils étaient un peu trop détenteurs, mais dont ils ne savent ni ne peuvent rien tirer par eux-mêmes. Dans leur bouche le terme Ibéirtai n'est qu'un mot. Leur libéralisme n'est même pas un libéralisme politique; il n'est nullement un libéralisme économique et social. Au fond, M. Salomon est plus libéral, plus démocrate qu'eux.

C'est par la liberté par l'indépendance du paysan que sera fondé en Haïti et pour toujours le règne de la liberté politi> que.

Voilà le vrai.

Qu^ils laissent M. Salomon achevetr son oeuvre. Cela profilera à tout le monde, à eux autant qu'aux paysans et aux artisans.

M. Salomon a refusé la dotation de 250.000 et non de 500.000 francs qui lui avait été offerte par les Chambres. Qui soutient le contraire est un ignorant ou un imposteur.

n ne pense point à faire aucune émission de papier-monnaie.

De concert avec la Banque Nationale d'Haïti et avec le Parlement, il va faire aiigfmenter le chiffre des billets de cette- Banque actuellement en circulation^ tout en donnant couri^ forcé à cette monnaie fiduciaire.

Il faut être un novice en science financière pour ignorer que l'Angleterre a fait la même chose sous le ministère du second Pitt^ pendant la guerre contre la France, et que le cours forcé de son papier de banque n'a cessé qu'en 1819; il faut n'avoir pas étudié méthodiquement la science politique moderne pour ne pas savoir que la Russie et l'Autriche ont dans ce siècle don né la même excuse; qu'en Italie le cours forcé n'a cessé que Tannée dernière, sous le ministère Depretis.Magliani; que les Etats-Unis émirent les green-backs pendant la guerre de sécession et que la France donna le cours forcé aux billets de la Banque de France, en 1848, et tout dernièrement encore, en 1870, au moment de la déclaration de guerre contre l'Allemagne.

Aussitôt l'insurrection comprimée aussitôt cessera le cours forcé du billet de banque haïtien.

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