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LES DEUX PARTIS HAÏTIENS

E est bon d'attirer l'attention surf les hommes et sur les clwses de ce jeune pays, qui traverse en ce moment une crise politique assez intense et dont quelques journaux européens mal renseignés n'ont pu parler que d'une manière trop sommaire ou trop intéressée pour qu'elle fût impartiale et sérieuse.

Une nation noire vivant de sa vie propre^ ayant des lois particulières codifiées, une magistrature des tribunaux^ un système financier, des douanes des journaux^ un système électoral un parlement^ une littérature fille de la littérature française tel est l'intéressant et curieux tableau qui nous est offert par la république d'Haïti.

Cette société d'un million d'hommes est indépendante, autonome depuis quatre vingts ans^ mais malheureusement les dissensions intestines ont trop souvent désolé Haïti ruiné son commerce et empêché l'évolution inmterrompue de ce jeune peuple, dont l'esprit est pourtant des plus ouverts des plus perfectibles et le caractère moral des meilleurs.

On connaît mal cet Etat qui fait un important commerce avec les Etats-Unis l'Angleterre, la France et l'Allemagne dont le sol est si riche et dont les productions furent ou sont tant excellentes et si renommées. Le plus communément il n'en a été tracé que des peintures fantaisistes ou injurieuses et par cœiséquent de nulle valeur.

Deux partis politiques sont en présence dans l'Etat noir de l'archipel des Antilles : Le parti national et le parti Ubéral; mais au fond, ce sont les nationaux qui ont lesi idées vrcùment

(I) Courrier international du 22 au 29 novembre 1883. - En Haiti.

libérales et civilisatrices. Le parti national est en ce moment au pouvoir. Il est dirigé par des hommes d'un patriotisme incontestable et éprouvé. Leur haute culture intellectuelle^ leur probité financière leur sincère amour de la chose publique et la foi qu'ils ont dans l'avenir de leur race, tout fait présager qu'ils y resteront longtemps encore.

Le parti national est arrivé aux affaires en 1879. Son chef, M. Salomon a été élu président pour sept ans presque à l'unanimité des voix, par le Congrès. Le pays était alors fatigué des querelles mesquines et journalières qui divisaient les membres du parti libéral et dont le déplorable effet se faisait sentir sur le commerce sur les finances et sur l'agriculture (1).

Les libéraux n'ont jama's pu s'entendre pour gouverner fructueusement; leur popularité n'a jamais été que superficielle ou éphémère; ils n'ont jamais eu la confiance de la masse du peuple. La campagne qu'on a menée à l'étranger et au cours de laquelle la nation haïtienne a été insultée vil'pendée dans la personne de ses mandataires directs^ ne fera que grandir encore la répugnance dont le parti libéral a toujours été l'objet,

M. Salomon est un homme de soixante huit ans. Membre et secrétaire du Sénat de 1846 à 1848; ministre des finances de 1848 à 1859; après la chute du gouveriî^ement de Faustin 1er, il fut arbitrairement exilé par ses emiemis politiques qui redou-

(I) «Chaque Nation ne peut se civiliser qu^en créant des partis politi ques. Ceux-ci créent la vitalité natio-iiale par Vémulation. Tout gouver nement doit être reconnu par tous, à Vintérieur comme à ^extérieur. On 7i.'a pas à tenir covipte du parti politique qui gouverne, puisque, dès Vinstant que le parti devient gouvertiement, du viéme coup il de vient la. Nation.^ Funck-Bretano. COURS DE L'ECOLE DES SCIEN. CES POLITIQUES. Leçon du 22 janvier 1884. NOTES PERSONNELLES.

taîent son influence et ses critiques. Il vécut à Paris conune exilé jusqu'en 1867^ observant et étudiant tout, aBn de rendre plus tard de nouveaux seirvices à sa patrie. De 1867 à 1870, il fut chargé de représenter le gouvernement d'Haïti, près des cours de Saint-James et des Tuileries. C'est un écrivain plein de fougue et de talent II possède à fond la connaissance des langues anglaise et française. Sa femme est une blanche^ une Européenne.

Depuis son arrivée à la présidence, M. Salomon a fait entrer la République Haïtienne dans l'Union internationale dœ postes; il a doté son pays d'une Banque nationale, institution dont le besoin se faisait vivement sentir depuis plus de soixante-dix ans. H vifent d'ouvrir le pays aux étrangers de toute race en faisant rendre ime loi qui accorde droit de naturalité à toutes les compagnies étrangères, industrielles ou agricoles, qui voudraient se former poiur l'exploitation du sous-sol et du sol liaïtiens.

M. Boyer Bazelais, qui est à la tête d'une fraction du parti libéral, avait fait renier en 1876, l'emprimt d'Haïti conclu en 1875. Plus tard, en 1878, étant membre du Parlement il s'opposa énergiquement, avec ses amis politiques, à la prise en considération d'une demande de revision de la Constitution présentée par les ministres du président Boisrond Canal qui voulaient faire rayer du pacte fondamental la disposition constitutionnielle en vertu de laquelle le droit de propriété est refusé, en Haïti aux étrangers.

C'est au contraire, M. Salomon qui en 1880, a fait reconnaître par le Parlement, comme dette nationale, l'emprunt contracté à Paris en 1875 et renié en 1876.

Les Chambres lui avaient accordé, en 1881, une dotation de 250.000 francs : M. Salomon la refusa.

Les ministres qui l'assistent de leurs patriotiques conseils ont tous fourni une honorable carrière politique.

C'est à M. C. Fouchard^ ancien président de la Chambre, que sont confiés les portefeuilles ministériels des finances, du commerce et des relations extérieures. M. Fouchard est très Versé dans la science des finances.

Le ministre de la guerre et de la marine, M. Michel Pierre, a rempli successivement les délicates fonctions de ministre de président de la Chambre et de président du Sénat.

M. Frarçois Manigat, Secrétaire d'Etat de l'Instruction Publique et de l'Agriculture a fait toutes ses études en Fran. ce. M. Manigat a été tour à toiu- professeur de belleslettres au lycée du Cap-Haïtien membre de coruseil d'arrondissement membre du Conseil supérieur de l'irstruction publique député du peuple, président du comité de l'instruction publique à la Chambi'e, président de la Chambre des représentants.

Le ministre de l'intérieur et des travaux publics est M. B. Prophète : c'est un administrateur distingué et très actif^ un esprit politique supérieur. M. Ovide Cameau est chargé des portefeuilles de la justice et des cultes.

L^ m-nistres contre-signent les actes du président et sont seuls responsables devant le Parlement; ainsi le dit formelïemenft la Constitution. En ce moment la Chambre et le Sénat sont en session à la capitale.

Le parti libéral ne présente pas les garanties nécessaires pour gouverner. Ses chefs ne sont ni patriotes ni instruits. La preuv« la meilleure c'est qu'ils sont en armes contre l'Assemblée nationale, lorsqu'ils auraient dû vouloir arriver au pouvoir par la science, l'adresse, la patience et la discussion^ s'ils

étaient véritablement intelligents, sincèrement libéraux. Libéraux ils le sont si peu qu'ils violent le secret des lettres et font tout ce qu'il faut pour démontrer que leur programme de libéralisme n'est qu'un leurre^ un trompe-l'oeil pour séduire les éloignés et les ignorants.

Us ont pris les armes au mois de mars de cette annéet en déclarant que la Constitution était violée ce qu'ils n^nt jamais pu démontrer devant les Chambres et qui même, n'a jamais été soutenu en champ clos de Parlement. Le véritable motif de l'insurrection le voici : ils ont voulu empêcher qu'une loi votée en février de cette année, et en vertu de laquelle les terres de l'Etat seront morcelées et distribuées aux paysans qui en feraient la demande fut mise à exécution par tout le territoire de la République.

L'effet de cette loi serait de donner une puissance considérable au gouvernement et de lui conquérir pour toujours la sympathie des masses des paysans.

C'est ce que les libéraux ont compris, c'est ce qui leur a mis les armes à la main contre l'Assemblée nationale qui avait voté cette loi. Toutes leurs dénégations ne sauraient prévaloir contre cette vérité.

Trois villes du Sud-Ouest : Miragoâne^ Jacmel et Jérémie sont au pouvoir des insurgés. Ces trois villes sont étroitement bloquées.

Les départements du Nord de l'Artibonite, du Nord-Ouest et de l'Ouest et la plus grande partie du département du Sud, c'est-à-dire les dix neuf vingtièmes du, pays^ sont toujours restés fidèles au gouvernement régulier.

Le gouvernement actuel peut seul ouvrir le pays aux. étrangers et guider franchement Haïti dans la voie des progrès ininterrompus, car seul, il possède et peut posséder l'entière con-

fiance du vrai peuple, des paysans et des artisans; seul encore il peut garantir la paix et la sécurité aux commerçants étrangers; c'est encore à lui que se raUikeront tous les patriotes vraiment instruits et bien intentionnés qui savent ce que coûte la guerre civile.

Si^ par impossible^ les pseudo-libéraux parvenaient au pouvoir^ ou bien ils seraient obligés de dissoudre la Chambre dont le mandat n'expire que dans trois ans et alors ils auraient violé la Constitution et jetteraient le pays dans une nouvelle guerre civile, ou bien ils seraient obligés de la conserver par respect de la Constitution. Dans ce second cas, comme la Chambre et le Sénat sont composés en très grande majorité dfe nationaux les prétendus libéraux ne pourraient administrer.

D'ailleurs comme le président rie peut être élu que par l'Assemblée nationale on peut croire que légalement le pouvoir ne serait jamais confié à un libéral^ à un ancien chef d~ révoltés.

n est à désirer que l'insurrection soit vite réprimée et la République haïtienne pacifiée afin qu'elle puisse évoluer en paix, surtout quand on songe que l'isthme de Panama sera bientôt coupé; quand on sait que^ en vertu des dispositions d^une loi qui est sur le point d'être votée par les deux Chambres le peuple haïtien appelle encore les capitaux européens à venir coloniser la Gonâve^ la principale des Iles adjacentes d'Haïti.

Tous les philanthropes et tous les politiques qui s'intéressent au sort des jeunes peuples de l'Amérique voudront voir cesser en Haïti ces luttes sanglantes et fratricides qui n'ont jamais avancé l'heure d'aucune liberté^ d'aucune réforme^ d'aucun progrès mais qui au contraire^ par les haines et les défiances

qu'elles excitent et perpétuent^ ont tout stérilisé et ont empêché le jeune peuple noir de marcher d'un pas plus alerte et pkis sûr à la conquête du rôle glorieux qu'il doit remplir dans le monde. Il est le fils aine de la race noire : il doit lui servir de modèle et d'initiateur. Il est exemple^ il doit être espoir.

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