‹ Les affaires d'HaitiChapitre 32 sur 48 · CES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

CES ALLEMANDS

PuniLssons puiisque nous sommes l'histoire^

Victor Hugo

Que même leurs enfants exècrent leur mémoire!

Que ce vieillard leur chef

Soih mis épaide nue^ afin que par l'Histoire

n soit marqué d'une F!

(O. D. — Ode à la France)

Quand le tigre cruel eut déchiré sa proie.

Le fort et superbe lion;

Quand le mufle rougi par les restes qu'il broie.

Oubliant la loi du talion^

Dans son antre fétide, ainsi qu'une couleuvre^

n eut rampé les yeux baissés;

Alors ivre de joie et contemplant son oeuvre,

E dit: «Non ce n'est point assez!

«Je comptais rançonnant la nation guerrière^

«Le pays des héros chéris^

«Avoir non seulement milliards et flotte fière,

«Mais encore Pondichéry!

«Car c'est un beau joyau pour ma couronne unique.

«Lourde de rapt et de larcin^

«Que le moindre morceau de cette Inde magique^

«Recelant de l'or dans son sein!

«Us m'ont donné l'argent^ sueur de mes victimes

«Ainsi qu'on jette un os aux chiens...

«Est-ce que c'est assez dites vainqueurs sublimes,

«Allemands doublés de Prussiens?...»

Alors les yeux tournés vers notre île fertile

Ils ont dépêché leur agent;

Et comme quelquefois un prétexte est utile

Ils ont réclamé de l'argent.

On hésite. — La nuit, heure qu'aiment les crimes

Us s'emparent de nos vaisseaux;

Ils attendent le jour certains que leurs victimes

Padraient comme simples vassaux;

Puis — joiu* sans précédent! — c^ célèbres Cartouches

Que l'on surnomme les Césars,

Pointèrent leurs canons dont on voyait les bouches

Prêtes à briser nos remparts!

Mais — ainsi quei ïa France, — à la bande guerrière^

Allemands d criblés de Prussiens^

Nous jetâmes l'argent le front liaut, l'âme fière

Ainsi qu'on jette un os aux chiens!

Celui qui a écrit ces vers à travers lesquels on sent courir un si noble frisson de civisme et circuler tant de niâleté honore son pays et sa race. La terre haïtienne qu'il a si bien chantée^ tant admirée et si éloquemment défendue serait vraiment veuve si l'abandonnait pareil amant^ le plus tendre, l'un des plus sincères^ l'exquis et l'excellent entre les meilleurs.

C'est pourquoi^ au nom des lettrfes haïtiennes, je supplie le gouvernement de mon pays de ne point souffrir que s'en éloigne cette «chair de sa chair» ^ de l'appeler au contraire à Port-au-Prince et de le nommer professeur d'Histoiro et de littérature haïtiennes au lycée de la capitale. La place mérite d'être créée pour l'homme et pour les chosies. Il y fera des patriotes^ des vaillants de coeur et de cerveau. La patrie en a bon besoin pour l'avenir, car elle ne peut ni ne doit plus compter sur ceux qui ont fait cause commime avec ses détracteurs ou qui — ce qui pis est — - ont été soit anonymement soit au su de tous^ ses insidteurs à l'étranger.

FUSILUEURS ET LIBERAUX (1)

Oh les singuliers libéraux! Ds savent qu'en Haïti les sept dixièmes de la popidation ne peuvent saisir les fines nuances des mots et des discussioi^ politiques; que peu de personnes s'intéressent pendant longtemps aux problèmes sociaux auxquels l'existence de la collectivité nationale est liée et ils réclament, mais pour eux seuls^ la liberté entière et immédiate de la presse encore qvte^ pourtant, pas un d'eux ne sache bien tenir une plume.

Ds voudraient ces prétendus libéraux^ avoir le mon(q>ole db tout dire celui d'insulter les Chambres, le Ministère, le Gouvernement^ la Nation; ils voudraient qu'on les laissât salir par leurs diffamations tous ceux qui ne se courbent point devant leur infime minorité et qui Ttefusent de partager leurs eri^urs de parvenus leurs préjugés de rétrogrades et d'aristocrates en faux; ils auraient voulu exercer tous les droits qui^ dans les pays trop civilisés^ dans les pays ii^truits, dans les pays où tout le monde sait lire et lit ne sont pas exercés sans danger pour la sécurité publique, mais ils ne veulent point que leurs adversaires critiquent leur conduite perverse et combattent Iteurs doctrines subversives par les armes dont ils comptent se servir.

Un écrit destiné à une seule personne est envoyé en Haïti par un Haïtien qui n'a jamais eu peur de mettre son nom au bas des consultations de métaphysique politique les plus décisives et les plus solennelles. Ces libéraux bizarres^ d'une ^pèee à nulle autre pareille, après avoir violé le secret des

(1) PAPILLON du 20 Janvier

«LES AFFAIRES DUAITI 1883 — 1884» 125

correspondâiTces par un oubli du plus édémentaire des principes sociaux, publient cet écrit, par un second oubli des mêmes principes puis le reproduisent encore dans une nouvelle publication^ en foulant encore leurs principes aux pieds et^ enfin, commettant une violation des principes qui dépasse toutes les autres, ils font déclarer par im conférencier à leur dévotion que Pauteur de l'écrit doit être fusillé. Et, pendant que leur porte.parole gestictdait gaillardement dans le vide, €iux de leiu^ battoirs ils applaudissaient à tout rompre.

C^est admirable! Et cela fait pouffer de rire.

Mais, triples ruminants et simple libéraux que vous êtes, le signataire de cette lettre aurait pu porter à la c<mnaissance de cent mille personnes les faits qu'il a jugé bon de porter à ia connaissance d'une seide; il aurait pu la faire tirer à \m million d'exemplaires, que vous n'auriez point le droit de trouver à redire à sa conduite.

Ne criez-vous pas à rendre sourd les geas, ne criez-vous pas bien haut que si les vôtres étaient au pouvoir chaque citoyen pourrait librement manifester ses sympathies ou ses haines politiques?...

Au fond vous craignez beaucoup la liberté de la presse, et vous avez raison d'en redouter les effets, car vous n'ignorez point conspirateurs étemels et toujours impunis, que si la lumière luisait pour tous en Haïti vous seriez bisemi vite réduits au silence ou considérés comme quantité négligeable.

Vous menacez de mort ceux qui savent parler et poturtant vous avez la prétention de vouloir faire croire que vous laisseriez rendre publique toute parole quelle qu'elle soit, même si cette parole devait être prononcée devant une assemblée de dix mille personnel

Quand oii veut plus cm doit vouloir moins^ pourtant. Vous manquez de logique et vous êtes des inconséquents libéraux en toc.

Quoi que vous fassiez^ il vous sera impitoyablement appliqué les vra's priitcivtas et les lois fondamentales, celles de la justice^ dé la cinacrasie^ du plus grand nombre des majorités fermes^ sclMes^ compactes, dirigées par des esprits scientifiques.

C'est vous qui êtes de véritabk s. polissons politiques, déserieurs de l'armée haïtienne^ rédacteurs et distributeurs de brochures dont vous avez vous-mêmes tellement honte que vous sentez si mensongères et si sottes que vous ne les mettez pas dans le commerce^ que vous les faites paraître à la muette, sans nom d'imprimeur sans nom d'éditeur sans nom d'auteur, afin que personne n'en soit responsable afin que la police ne les puisse saisir nulle part^ afin qu'elles ne soient point poursuivies par une autorité judiciaire! (1)

Et vous faites cela en France où les écrivains sont d^ vaillants! Que vous êtes couards et que vous méritez bien le dégoût dont on vous accable partout vous^ vctra faction si peu

(1} Le 9 Janvier 1884, au moment oïl j'allais faire une conférence à la Société des Elèves de VEcole des Sciences Politiques sur les Routes de Panama et l'Infliience Française en Haïti, im Haitien dont y ignore encore le nom vint distribuer devant la porte de VEcole tin certain nombre d^exemplaires d'une brochure trois fois ayionyme et ineptement calomniatrice pour mon honneur. Quand je sortis pour le faire arrêter il avait déjà disparu. Le président de la conférence, en me remerciant des renseignements que je venais de donner, ni'ass^ira de l'estime de mes collègues et flétrit en termes énergiques la lâche cœiduite de mes adversaires masqués.

patriote et si niaise et vos agissements de saltimbanques qui ont peur des coups de pied et des coups d'épée!

Vous avez été plus maladroits que jamais, naïfs applnudisseurs du 3 Janvier. Vous faites rire de pitié et de dédain. Décidément vous n'êtes pas forts. Vous démasquez trop vite vos batteries. Votre libéralisme autoritaire ainsi que l'a baptisé M. Liautaud Ethéart, est jugé et condamné.

Quand vous viendrez encore en vanter les mirifiques beautés^ quand vous reviendrez en entretenir le peuple haïtien que vous faites insulter à l'étranger après que vos pères ont essayé de l'abêtir pour le mieux dévorer et que vous venez

de ruiner par la guerre civile la plus odieuse^ le peuple baitien vous fera des nasardes et si vous insistez plus que de raison pour placer votre mauvaise marchandise, une autre fois encore vous serez fouaillés jusqu'au sang.

Au lieu de menacer^ faites les chiens couchants, drôles; tâchez de vous faire oublier imposteurs et renégats; faites silence devant la volonté de l'Assemblée nationale devant la volonté du peuple; au lieu de faire les capitans et les mata^ moreSj mfettez-vous à genoux, fusilleurs en chambre et libéraux de carton. C'est la seule attitude qui vous convienne désormais.

Et c'est signé:

Louis Joseph Janvier

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