‹ Les affaires d'HaitiChapitre 34 sur 48 · AU PEUPLE ET A L'ARMEE · texte numérisé non relu

AU PEUPLE ET A L'ARMEE

Concitoyens Il y a quatre ans en prenant !es rênes du pouvoir^ je vous disais que mon premier souci serait d'assurer la paix, condition indispensable à l'oeuvre inaugurée à cette date par nos pères. — Je connaissais trop par une cruelle expérience les partis politiques pour ne pas prévoir que dès mes premiers pas je me heurterais à des passions devant lesquelles je de-

verneinent qu'il a déclaré 'détestable et méprisable...' lorsqu^il Va cru renversé'.

Le 31, la REPUBLIQUE RADICALE disait ainsi;

«Les lettres récites par le courrier distribué hier matin conjirinev.-: les télégrammes qui ont annoncé la fin de Vinsurrection et le rétabUssement complet de la paix. Les villes de Jacmel et de Jérémie ont été rouvertes au commerce étranger.

«Nous savons que les rapports du président Salomon avec les reprc, sentants des puissances étrangères sont excellents. Tous s'accordenz à l? jéliciter de la conduite qu'il a suivie dans les moments difficiler,

«Mcis un fait à nder, entre autres, est Vempressennent qu'a mi.^ M. Hunt, Consul général d'Aivgleterre, à venir complimenter le président Salomon. M. Hunt a donné, le 25 Décembre, un grand dîner, en Vhonneur du président.

"Celui-ci a été invité à visiter les escadres anglaise et américaine pré. sentes sur la rade de Port-au-Prince. On lui a rendu les phis grands honneurs et on Va reçu avec enthousiasme».

Le 2 Février, le journal de M, Laisant revenait encore sur l^f questions de mon pays et les traitait avec la même compétence, la même finesse politique et la même fraternité déniocratiqxie que to^ijours:

«Les dernières dépêches d'Haïti eonfir~ment tout ce que nous avonfi

vrais subordonner les progrès rêvés par moi à la défense de votre sécurité. — Toutefois^ jfe ne désespérais pas de les éteindre peu à pcii^ par la régénération morale et matérielle du pays. "Mais, après m'avoir entravé dès mon avènement

dit sttr la fin de V insurrection qiù a désolé pendant trop longtemprla République.

«Le 27 Décembre, a eu lieu Uentrée des troupes dans la vtlle de Jérémie, et cela au milieu de Pordre le plus- complet. Aucune exécution n'a- été faite, auctmeai-restation n'a été opérée. Les ins^irgés déclarent se reposer s^ir la générosité du pf ésident Salomon.

"Celui-ci 'parait disposé à suivre une politique de clémence et de, réorganisation; il fait appel à toutes les forces pacifiques du pays pour rétablir la prospérité; et pour assurer la sécurité de ^avenir.

«Le 8 Janvier, Miragoàrie, la dernière ville insurgée, a été réduite à son tour.

aUattituAe de M. Burdel, notre chargé d'affaires en Haiti, a été l'objet de Vapprobation générale. Une réunion de sujets français a eu lieu chez lui le 3 Janvier, pour examiner les demandes d'indemnités déposées à la légation, à l'occasion des événements des 22 et 23 Septembre dernier.

«Les membres de cette ré^inion ont déclaré, à Vunanim,ité, qu'iîs avaient pleine confiance dans le patriotisme et dans la sagacité de M. Burdel, et ils lui ont donné pleins pouvoirs pour la suite que doivent recevoir les réclamations.

<La situation actu^eïle est doJic bonne à tmis égards; bonne poiLr la République d'Haïti, qui voit enfin s'ouvrir devant elle une ère de paix et de prospérité, sous un gouvernement habile est justement populaire: bonne pour la France, qui conserve et voit s^accroitre les sympathies dont yios compatriotes furent depuis longtemps entourés en Haiti». Re: page 150 du livre et feuillet 84

132 «LES AFFAIRES DTIAITI 1883 — 1884»

ces passions éclataient, hier, vous savez avec quelle intensité et quelles tristes conséquences!

Ce phénomène n'est pas nouveau dans lliistoire: On ne désarme pas^ en lui jour, un parti politique dont les £autes passées sont autant d'aii^uillons et qui puise dans l'ardeur de ses ressentiments l'illusion d'une puissance imaginaire. — Cependant, connaissant les douli^u^ de Texil, j'avais tout fait pour en éi»rgner l'amertume à ceux qui s'y étaient exposés. — Mes appels ont été vains: on y a rép<nkdu par les armes. Le gant était jeté; j'ai dû le ramasser, non sans appréhensions, sinon sur le résultat final de la lutte, du moins sur l'explosioQ que faisait pressentir le sourd frémissement d'un peuple trop longtemps exploité et provoqué.

Après neuf mois d'une lutte acharnée, marquée, hélas! par des ruines de toutes sortes, la victoire a couronné nos communs efforts. Grâce à la fidélité du peuple, au courage des généraux et soldats, à la confiance du haut commerce et de tout ce qu'il y a d'h<mnête dans le pays, nous touchons au terme. Je me plais ici à rendre im éclatant témoignage, au nom des illustres fondateuis de notre indépendance, à tous ceux nationaux et étrangers, dont le concours me permet aujourd'hui de célébrer avec vous cet anniversaire à jamais béni à ceux surtout qui, en dépit des intrigues auxquelles les exposaient leurs missions officielles, ont reconnu, par une impartiale neutralité, les droits de notre souveraineté nationale et consacré, en quelque sorte, par l'hommage du monde civilisé l'oeuvre des héros de 1804.

Concitoyens cette consécration de nos droits souverains par l'Europe et l'Amérique, nous saurons la justifier en imitant la conduite de ces nations dans des situations pareilles à la nôtre. Pour cela il nous faut apporter dans la victoire

la modération qui sied à la force; il faut, sans se départir des précautions nécessaires, jeter ^ en faveur de ceux qui revien dronft sincèrement le voile de l'oubli sur des événements dont le retour ne pourrait que compromettre notre autonomie.

Ces événements que traverse le pays sont assez graves; ils ont coûté assez de ruines et de sang pour qu'on puisse espérer qu'ils marquent notre dernière étape dans la voie des troubles civils.

Un grand enseignement ressort de cette crise; c'est l'impuissance radicale d'un parti quelconque à imposer sa volonté à la volonté nationale à surprendre et à forcer le courant de l'opinion publique. Puisse-t-U être entendu! Puissent les partis renoncer aux funestes expédients du recours aux armes^ et chercher uniquement dans la satisfaction des besoins généraux^ dans de sages réformes, dans les modifications len. tes mais sûres des sentiments et des idées de ces couches profondes du peuple qui forment les ass'-ses de toute société le triomphe d'une politique sage patiente et conciliatrice.

Sains cette patiente sagesse notre nationalité ne saurait longtemps durer et cela, en raison même d^ faveurs de la fortune qui semble conspirer pour nous.

Partout, en effet^ autour de nous^ on s'occupe du mouve^ ment maritime et noble qui va bientôt centupler notre importance. A Cuba^ à Curaçao, à Santo-Domingo on se prépare en vue de ce grand événement; nous seuls, absorbés par nos étemelles et stériles querelles, nous restons soiu^ à la voix de la civilisation; cependant son appel doit être entendu sous peine de vie ou de mort.

J^etofis.nous donc réKolument dans la voie du progrès; eUe est une nécessité d'autant plus impérieuse qu'aux ruines d^

si nombreuses du passé sont venues s'ajouter celles de ces der. niers temps. Là est le salut pour l'individu comme pour l'Etat; les familltes ont à réparer leurs pertes^ l'Etat doit faire face à des obligations considérables nées de la lutte. En sauvegar. dant l'oeuvre de nos illustres aïeux nous mettrons fin à ces lutîies périodiques conune aux convoitises qu'elles font naître ailleurs.

Inaugurons donc, concitoyens cette nouvelle année sous les auspices des idées qu'invoquaient nos héros.

Vive l'indépendance!

Vivent la paix et le progrès!

Vive l'union de la famille haïtienne!

Donné au Palais National de Port-au-Prince, le 1er Janvier 1884 an 81ème de l'Indépendance (1).

Salomon

A la date du 8 Janvier le pays était complètement pacifié.

Le président Salomon^ qui a longtemps vécu à Paris et dont la femme est une blanche née Française veut donner et donne le plus possible, en Haiti^ la prépondérance aux idées, aux moeurs et aux intérêts économiques français.

En ce moment où l'Allemagne les Etats-Unis et l'Angle-

(1) Cette proclamation du président d'Haiti fmt reproduite dans les colonnes de la REPUBLIQUE RADICALE du 7 Février, Le rédacteur de ce journal la fit suivre de ce commentaire:

KC*est là un langage jerme, honnête et politi(tii,e, qui pourrait servir de modèle à plus d^un de nos hommes d'Etat de VEurope occidental et même de la France».

Le MONITEUR DES COLONIES du 10 Février rapporta en son entier mon article du RAPPEL du 5 du même mois, mais ne jugea pas nécessaire de laisser mon nom au bas de mon travail.

terre ont les yeux tournés vers la grande Antille indépendante^ c'est aux politiques du Palais Bourbon et du Luxembourg de resserrer les liens d'amitié qui unissent la nation noire à son ancienne métropole, de faire en sorte que sur la route de Panama^ non loin de ses possessions antiléennes, la France puisse exercer^ mieux que jamais^ la salutaire et lé. gitime influence à laquelle elle a droit en qualité de première émancipatrice et d'éducatrice de la race noire.

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