‹ Les affaires d'HaitiChapitre 37 sur 48 · AU NOM DE LA REPUBLIQUE · texte numérisé non relu

AU NOM DE LA REPUBLIQUE

Xie Président d'Haïti ordonne que la loi ci-dessus du Corps L/égislatif soit revêtue du sceau de la République imprimée^ publiée et exécutée.

Donné au Palais National^ au Port-au-Prince, le 28 Février 1883^ an 80ème de l'Indéptendance.

(!)"> — Cet article est très important. Il invite les c<vpitaux étrangers à venir coloniser Haiti. C^est un acheminement à la radiation du fameux ARTICLE SEPT, radiation qui sera opérée dès ViTistant que la neutralisation de Vile d^Haïti sera reconnue et garantie par les grandes puissances antiléennes.

(Signé) Salomon

Par le Président;

Le Secrétaire d'Etat de l'Agriculture

(Signé) François Manigat

Le Secrétaire d'Etat de l'Litérieur

(Signé) Ovide Cameau

Au moment où la loi fut votée vivaient retirés à l'étranger,, surtout à la Jamaïque et à Saint.Thomas, les chefs et les principaux membres du parti anti-démocratique qui ont pris les armfâ à Miragoane le 29 Mars de l'an dernier. Ils avaient été bannis du pays en 1879 par le gouvernement provisoire qui précéda celui définitif de M. Salomon parce que ayant vu que le terrain parlementaire leur glissait sous le pied, ils avaient tenté des mouvements insurrectionnels dans plusieurs villes d'Haïti. Ces mouvements avaient été réprimés et au cours de la répr^ion les vill^ de Port-au-Prince et de Gonaïves avaient été incendiées par ïes insurgés et leurs parti, sans.

Presque tous ces politiciens qui, en 1883 ont apporté la guerre civile dans leur patrie, presque tous ceux qui furent les meneurs des révoltés de Jérémie et de Jacmel et nombre de ceux qui^ à l'étranger attisaient la haine et le mépris contre leur pays^ étaient de grands propriétaires^ pratiquant l'absentéisme^ et ayant hérité surtout des doctrines économiques et politiques aussi égoistes que surannées qui avaient été mises en pratique par le Président Boyer. Ils ne voulaient pas, ces singuliers libéraux, que le paysan devint propriétaire. S'il le devenait^ il leur échappait^ reprenait son indépendance passait de l'état de machine Inconsciente à

celui d'Homme ayant conscience de son rôle social^ de ses droits et de ses devoirs.

Les coajspirateurs de la Jamaïque résolurent de rentrer en Haïti coûte que coûte avant que la loi fût mise à exécution sur tout le territoire de la République. Les insurgés donnèrent pour prétexte à leur prise d'armes une prétendue viola, tion de la Constitution. Es ont toujours oublié, non seulement de le faire démontrer en champ clos de Parlement pai leurs amis politiques qui y siégeaient ou ailleurs, mais encore de le faire dire en Parlement. Ce prétexte est fallacieux^ absolujnent mensonger. On en peut démontrer le malfondé par ce seul fait le plus significatif entre plusieurs: quelques membres du Parlement qui n'avaient jamais parlé ime seule fois contre les prétendues violations de la Constitution sont pourtant restés à Jérémie pour soulever cette ville contre l'autorité de l'Assemblée nationale^ alors que celle-ci était en session à la Capitale (1).

Quand l'insurrection eut éclaté^ le gouvernement sentit

(1) — Ces indignes parlennentaires dont on ne saurait assez flétrir la conduite et qui, pour toujours, auraient dû être frappés dHnrapacité civique, étaient: MM. Kerlegrand et Hippolyte, sénateurs; MM. Hugues Lestage, C. Robert, Pierre Auhert-Saint-Cloux, L, Bernard, Gran^ doit jeune, députés du peuple. Le 23 Août le Sénat écrivit aux sénateurs J. C. Kerlegrand et F. Hippolyte à Jérémie, les sov^mcJnt de venir siéger, sotis peine de se voir appliquer la loi sur Pahstention,

Dans la séance du 11 Septembre, le Sénat déclare, déchu dt son mandat M. Kerlegrand, chesf des insurgés de Jérémie et le mAt hors la lou La Chambre jit choix de M. Mai^nan pour le remplacer. Le nouveau sénateur prêta serment le 4 Octobre.

Dès le 27 Août, la Chambre avait invité les cinq députés dont on

immédiatement la nécessité de ne point laisser ignorer aux paysans ses bonnes intention à leur égard, afin qu'il ne fussont point trompés, dupés par les énûssaii^es que n'auraient point manqué de leur envoyer les insurgés. Dans cette intention, le Président Salomon fit choix de quelques-uns de ses amis politiques. Les plus instruits et intelligents les plus

vieiit de lire les noms à se rendre à la capitale pour remplir leurs [onctions législatives. Cette invitation resta sans ejfet.

Un autre prétexte mis en avant par les insurgés, et plus ''Idicule que le premier, ce fut le prétexte classique dai préjugé de couleur. En politique tout se tient, tout ^enchaine: le préjugé de cou'-eur du mulâtre contre le noir a grandi en Haïti surtout à partir de la pré. ffidence de Boyer. Ce chef d'Etat Vinstitua en grand, le cidtlva avec umour, le perfectionna par la simple constitution de la propriété foncière telle qu'il la comprenait et par les lois commerciales qu'il fit rendre. Tous les avantages écotwmiques, politiques, odmiwistrott/s restant dtans les mains des mulâtres paHisans de Boyer, ceux-ci seuls et un Uywt petit noyau de noirs pouvaient étudier, La covséquenc^ de a système gouvernemental fut que les mulâtres, vingt fois moivi. nom hreux que les noirs, se entrent supérieurs <bux noirs. De là de graves erreurs et de funestes malentendus. De là les écrits de MM. Alexandre Bonneau, Lepelletier Saint Rémy, d^Alaux; de là la déplorable affaire du 16 Avril 1848; de là la perpétuité jusqu'à nos joiirs du préjugé de couleur. Si Von veut tuer celui-ci il faut le discuter chaque jour, le railler, le ridiculiser, en montrer le néant; il faut surtout don-uer la terre au paysan, décréter la gratuité et l'obligatioji de l^enseiynement primaire. Ces cons>eils sont pour faire que lo paix règne toujcxirs en Haïti, Si on ne les suit pas on n'aura pas l'umcm, ni le resrpect de la loi. ni l'égalité, ni la /ratermité vraie. Or, sans l\Lnion, sans V unité, runis périssons.

fidèles les plus influents et les plus patriotes, poui porter ses paroles aux habitants des campagnes et les bien faire pénétrer dans leur esprit. MM. François Manigat^ ministre de l'Agriculture et de l'Instruction Publique et D. Légitime^ ancien ministre de l'Intérieur délégués dans le Sud MM. Michel Pierre, ministre de la Guerre et de la Marine, Sahit Cap Blot et Guillaume Manigat députés du peuple^ ces trois derniers délégués dans le Nord^ Urent belle besogne: ils indiquèrent aux populations agricoles la ligne de conduite qu'elles avaient à suivre; les paysans comprirciit si bien que leur devoir était d'aider le gouvernement par tous les moyens en leur pouvoir que ceux des montagne*; de Jacmel et ceux des montagnes de Jérémie, non contents de servir comme volontaires, ont spontanément offert en cadeau à la nation toute leur récole annuelle de café afin que l'Etat pût mieux faire face aux dépenses qu'allait occasionner la guerre sociale. Pareil fait de patriotisme n'avait jamais été

.eglstré dans les annales de lliistoire d'Haïti, car on ne peut établir de parallèle entre lui et l'acte des généraux de Pétion, qui envoyèrent des vivres aux soldats de celui-ci^ alors qu'il était en guerre presque personnelle avec Cliristophe.

Voilà les faits dans leur exactitude la plus rigoureuse. La crise est surtout économique. Elle n'est politique que par un circt de l'imagination de ceux qui veul^it tromper les éloi-

2;^ les simples et les crédules^ sur les véritables mobiles qui les poussent à agir en Haïti contre les intérêts matériels de la patrie haïtienne^ et qui font agir leurs complices à l'étranger centre l'un de ses biens les plus chers : son honneur.

Partout où le paysan est propriétaire absolu, perpétuel du solj ainsi que cela se passe en Suisse^ en Belgique^ en France.

aux Etats-Unis, il est lui-même vigoureux au physique et indépendant de son moral.

«On ne saurait voir sans admiration ces maisons de bois du moindre paysan si vastes, si bien closes si bien construites^ s couvertes de sculptures Dans l'intérieur de grands corridor, dégagent chaque chambre de la nombreuse famille; chaque chambre n'a qu'iui lit et il est abondamment pourvu de rideaux, de couvertiu-es et du linge le plus blanc; des meubles soignés l'entourent; les armoires son remplies de linge. La laiterie est vaste, aérée et d'une netteté exquise; sous le mêmetoit on trouve de grands approvisionnements de Hé de fromages et de boisi; dans les étables on voit le bétail le plus beau et le mieux soigné de toute l'Europe; le jardin e^t planté de fleurs; les hommes comme les fenunes sont chaudement et proprement habillés; les dernières conservent avec orgueil leur antique costume; tous portent sur leur visage l'empreint*' de la vigueur et de la santé. Que d'autres natious vantent leur opulence, la Suisse pourra toujours leur opposer avec orgueil ses paysans.

«Partout où l'on retrouve les paysans propriétaire on rc trouve aussi cette aisance cette sécurité cette conlîaxice dans l'avenir, cette indépendance qui assurent en même temps le bonheur et la vertu. Le paysan, qui fait avec ses «ifants tout Vauvrage de son petit héritage, qui ne paie de fermage à persork ne au-dessus de lui, ni de salaire à personne au-dessous de lui, qui règle sa production sur sa consomomation qui mange scr propre blé, boit son propre vin, se revêt de son chanvre et d ses laines, se soucie peu de connaître les prix du marché ca il a peu à vendre et peu à acheter, et il n'est jamais ruiné pa les révolutions du commerce.

«Le paysan propriétaire est de tous les cultivateiu^ celui quf

.tire le plus de parti du sol parce que c'est lui qui songe le plus à l'avenir (1).»

Et Michelet, dans le style imagé^ ailé dont U avait le secret^ a consacré une de ses pages les plus poétiques et les plus émouvantes au paysan français :

«Si nous voulons connaitre la pensée intime^ la passion du paysan de France, cela est fort aisé. Promenons-nous le dimanche dans la campagne, suivons-le. Le voilà qui s'en va làbas devant nous. Il est deux heures; sa femme est à vêpres; il est endimanché; je réponds qu'il va voir sa maîtresse. Quelle maîtresse? Sa terre. Je ne dis pas qu'il y aiUe tout droit. Non; il est libre ce jour-là il est maître d'y aller ou de n'y pas aller. N'y va-t-il pas assez tous les jours de la semaine? Aussi il se détourne : il va ailleurs; il a affaire ailleurs. Et pourtant il y va. n est vrai qu'il payait bien près^ c'était une occasion. H la regarde mais apparemment il n'y entrera pas. Qu'y ferait-il? Et pourtant il y entre. Du moins il est probable qu'il n'y travaillera pas; il est endimanché; il a blouse et chemise blanche.- Rien n'empêche cependant d'ôter quelques mauvaises herbes, de rejeter cette pierre. Il y a bien encore cette souche qui gêne, mais il n'a pas sa pioche, ce sera pour demain. Alors, il croise ses bras et s'arrête, regarde, sérieux soucieux. Il regarde longtemps, très longtemps, et semble s'oublier. A la fin, il se croit observé; s'il aperçoit un passant il s'éloigne à pas lents. A trente pas encore, i! s'arrête, Se retourne, et jette sur sa terre un dernier regard, regard profond et sombre; mais pour qui sait bien voir il est

(l)—Sismondi. ETUDES SUR L'ECONOMIE POLITIQUE.

tout passionné ce regard^ tout du coeur^ plein de dévotion (1).

L'histoire de France offre des exemples frappants de la décisive influence exercée sur la production agricole par la pro5>riété de la terre dévolue au cultivateur, à plusieurs époques différentes les unes des autres. Nul mieux que Michelet n'a esquissé à grands coups de brosse la physionomie de ces époques. «Aux temps les plus mauvais aux moments de pauvreté universelle où le riche même est pauvre et vend par force^ alors le pauvre se trouve en état d'acheter; nul acquéreur ne se présentant le paysan en guenilles arrive avec sa pièce d'or et il acquiert un bout de terre. Ces moments de désastre, où le paysan a pu acquérir la terre à bon marché, ont toujours été suivis d'un élan de fécondité qu'on ne s'expliquait pas. Vers 1.500, par exemple, lorsque la France épuisée par Louis XI semble achever sa ruine en Italie, la noblesse qui part est obUgée de vendre; la terre passant à de nouvelles mains refleurit tout à coup, on travaille on bâtit Ce beau moment dans le style de l'histoire monarchique s'est appelé le bon Louis XII.

«Il dure peu, malheureusement. La terre est à peine remise en bon état, le fisc fond dessus; les guerres de religion arrivent qui semblent raser tout jusqu'au sol, misères horribles famines atroces où les mères mai: gea lent leurs enfants. Qui croirait que le pays se relève de là? Eih bien la guerre finit à peine de ce champs ravagé, de cette chaumière encore noire et brûlée, sort l'épargne du paysan. Il achète; en dix ans, la France a changé de face; en vingt ou trente, tous les biens ont doublé, triplé dei valeur. Ce moment encore baptisé

(1)— Michelet, LE PEUPLE, chap. 1er.

d'un royal^ s'appelle le bon Heairi IV et le grand Richelieu (1).

Quand la révolution française fut faite quand la terre eut passé définitivement dans la main du paysan, malgré l'état de guerre de la France contre toute l'Europe p^idant vingt années consécutives^ malgré toutes ces causes assurément défavorables à une augmentation de population, celle-ci au lieu de diminuer alla croissant.

A l'époque où la grande propriété et la grande culture étaient de règle en Haïti, la concurrence pour le café le coton le tabac le cacao était loin d'êtrie aussi sérieuse qu'elle l'est aujourd'hui que le Brésil inonde le marché universel de ses cafés que les Etats-Unis produisent des quantités considérables de coton et de tabac et que les Etats de l'Amérique centrale exportent concurremment avec le Nord du Brésil,, du beau cacao dans les deux mondes.

Les défrichements qui s'opèrent en ce moment dans toute l'Amérique, du Canada à la Fatagonie, dans l'Inde et en Afrique les progrès de la navigation^ la baisse générale du prix du fret, la réduction des tarifs de chemin de fer^ toutes ces conditions réimles mettent presque à néant le privilège de situation que possédaient seules^ autrefois, les Antilles.

Particulièrement en Haïti, il sera plus que jamais urgent^ excellent, de concentrer la propriété et l'exploitation du sol dans la même main : celle du paysan; que les grands propriétaires se fassent des agriculteurs sérieux^ résidant sur leurs domaines, étudiant la terre et ses transformations, prenant des habitudes simples et rustiques vivant enfin de la vie saine, large et virile des paysans, afin que cesse la pré»

(1)—Michelet, LE PEUPLE.

caire opulence des uiis^ la trop grande siniplesse d'esprit des autres et que s'arrête la ruine lente de tous.

n y a cent ans, quand Haïti était dénommée Saint.Domin gxie, le produit du travail des champs appartenait tout entier au grand planteur, propriétaire du sol et de l'homme; dans l'état intermédiaire qui n'a que trop duré, de 1804 à cette heure, le produit du travail agricole a été partagé entre le propriétaire et le paysan; il est temps enfin que le paysan jouisse seul des fruits qu'il tire du sol, après un rude labeur sous le soleil tropical.

Tout en souhaitant ardemment et sincèrement que la grande propriété collective par masses de paysans puisse exister en même temps qu'elle et plus tard qu'elle je suis de ceux qui croient que, pour commencer, la propriété doit être individuelle inviolable absolue perpétuelle.

C'est parce que tout^ ces conditions se trouvent réunies aux Etats-Unis que la grande république fédérale peut produire en ce moment des quantités de blé sur de vastes territoires qui s'ils avaient été cultivés comme la terre a été cultivée en Haïti seraient encore en friche.

On s'est rappelé aux Etats-Unis que les Flandres n'avaient été si riches et ne sont demeurées si prospères que parce que, séculairement la petite culture y a .été en honneur. Aussi, actuellement, dans les Etats du Sud de la Confédération Etoilée et depuis que l'esclavage a été aboli les immen. ses plantations d'autrefois ont été dépecées et les petits paysans, noirs et blancs, sont devenus aussi nombreux qu'ils sont de chauds républicains. Les derniers renseignements qui m'ont été gracieusement et de vive voix conununiqués par le Dr. Rudolf Meyer, lequel avait été aux Eitats-Unis exprès-

sèment pour étudier les effets de lois agraires sont concluants à cet égard et éclairent la question d'un jour aussi nouveau qu'intéressant. L'ouvrage où le Dr. Meyer a consigné ses observations ne date pas de deux ans et déjà le gouvernement italien^ le gouvernement hongrois convaincus, après lecture du livre de Rudolf Meyer, que toute la supériorité de la production agricole des Etats-Unis vient du mode d'appropriation de la terre sans ce pays ont fait publier en hongrois et en italien^ les conclusions et les données statistiques de Meyer, afin que les économistes et les paysans hongrois et italiens soient désireux de voir s'opérer des réformes radicales dans les systèmes de propriété ou de culture qui sont encore en vigueur en Italie et en Hongrie.

En un mot^ aux Etats-Unis mieux que partout ailleurs on a constaté que la petite propriété stimulait l'industrie, formait l'intelligence^ encourageait la prévoyance et l'empire sur soLmême^ accroissait la population toutes choses que Frédéric H savait déjà quand il créa, d'un seul coup dans son royaiune et sur ses baillages 35.000 petites fermes et qu'il institua sur ces fermes le colonat héréditaire- (1)

Au fur et à mesure que la population augmente dans un pays que la population y devient plus dense, la grande culture et la grande propriété tendent à disparaitre ou tout au morni^ ne gagnent pas de terrain; mais^ ainsi que M. Gimel l'a si victorieusement établi cette année même dans son savant mémoire sur la Division de 'la pr-opriiété en France^ «on est certainement fondé à conclure que le parcellement du sol et la division de la propriété marchent d'un pas moins rapide

(1) — Lerotj.Beaulieu, REPARTITION DES RICHESSES, pages 163, 164, 166 et suivantes.

qu'an ne le croit communément et se maintiennent dans des conditions favorables à la culture et à l'équilibre de la société.»

Petite culture suppose que l'oeil du maitre est toujours présent; que toute la famille travaille; qu'il existe une distribution naturelle des tâches entre l'homme mûr, l'adoks. cent^ la femme et l'enfant; sa supériorité éclate dans les menus travaux champêtres, dans la production des léçumes, des plantes potagères, dans l'élevage du bétail et de la volaille. De plus par la petite cultiu« le paysan échappe à l'u niformité des tâches, laquelle est d'une tant accablante et s

désespérante monotonie.

Nous sommes parvenus à la fin de cette étude. Les faits ont été exposés expliqués. Il faut conchrre, et je conclus.

Jamais mesure politique ne fut plus opportune, plus juste et plus fraternelle et plus sage, que la loi du 26 - 28 Février 1883; jamais insurrection ne fut plus criminelle en ses motife plus odieuse en ses résultats, que celle qui vient de dé soler la République haïtienne.

Un pays où la sécurité manque, où les révoltes sont aussi périodique que difficiles à comprimer, et par conséquent ruineuses im pareil pays ne peut pas évoluer; or, ne pas évoluer c'est rétrograder reculer mourir.

Aux grands maux, les grands remèdes. L'insurrection réprimée, trois choses s'imposent avant toutes' les autres avant même une reconstitution nationale des finances :

lo. l'exécution prompte, intégrale, de la loi des 26 - 28 Fé vrier et l'applicatiMi impitoyable de la loi portant confiscation des terres des insurgés, lesquelles seront tout de suite

mises en vente par l'Etat ou bien, en vertu des deux lois des 21 Mars 1883 et 24 Août 1883, qui attendent encore leur exécution, seront partagées et distribuées spécialement aux veu. ves et aux enfants des soldats tués en combattant l'insiunrection; 2o un désarmement général de tous les citoyens haïtiens avec défense d'importation sous les peines les plus sévères, de toutes les armes de guerre (1); 3o. l'organisation immédiate d'une armée de 6.000 hommes, laquelle sera disciplinée absolument à l'européenne. Son entretien dans les ca-

(1) — Une mesure économique et politique qui sHmpose comrae un devoir, c^est la démolition pure et simple de tous les forts qui défendent les villes du littoral du côté de la mer et du côté de la terre. Ces fortifications ont un double désavam-tage au point de vue de la politique intérieure: elles donnent aux conspirateurs incorrigibles, aux politiciens antinatioatiaux pour qtu le fusil est le seul argument, une idée exagérée du droit qu'ils n'ont pas de s'insurger à chaque instamt contre les volontés du pays; elles forcent trop souvent les gouverne,, vients à ^entreprendre le siège en règle de plusieurs de ces villes qui, ^u détriment de Pévolutiom, de toute la ivation, se paient trop fréquemment le luxe cruel de ruiner le pays par leurs rébellions inijustifiables et injustifiées contre Vautorté légiUme.

En ce qm touche à la politique extérieure, nous rappelons a qui de droit que nous n'avons pas oublié la mâle disposition de l'article de la Constitution de 1805 ainsi coriçu: •'Au premier coup de canon d'alarme les villes disparaissent et la nation est debout.* Fort-au^^rirvce seule devrait être fortifiée, mais fortifiée solidement, à la moderne et sa rade défendue par des torpilles. En tout état des choses, un ar^ ticle de la Constitution aurait dû prévoir que, en Vabsence des Chaxmbres et doMS un cas de danger pressant, par simple décret Jris en

semés (1) même à l'époque de la récolte ne toute ra que six millioiis par an au gouvernement; mais^ comme elle assurera la sécurité de façon définitive^ avant longtemps le rendement des nouveaux impôts qu'il faudra établir fera doubler et même tripler le budget des recettes. Alors les autres services ministériels pourront être organisés et servis d'une manière de plus en plus conforme au respect qu'une nation a le droit d'exiger de la part de ses hôtes et de la part de ses propres enfants, pour ses lois, ses institutions et ses coutumes.

Haïti ne doit point oublier qu'elle est sur la route de Panama, et que^ pour ceia^ elle est convoitée à la fois par les Etats-Unis et par l'Angleterre. D'un autre côté, elle a l'im, périeux devoir de se souvenir qu'elle est la fille ainée de la race noire, et que partant elle a une noble mission à remplir, car elle est celle vers qui cette race qui nait ou qui renaît^ aura un jour les yeux tournés.

Que s 'appuyant sur la France, son ancienne métropole dont elle est restée, malgré tout, et à tous les points de vue

ccynseil des viinistres, le siège du gouvernement pourrait être trans^ porté à Pétion-Ville ou ailleurs. Au surplus, Port~au-Priiice devrait être décapitalisée politiquement, m,ême en restamt la capitale com,m^r , ciale et la seule fortifiée. Dans cette dernière combinaison, Pétioyivillc serait déclarée capitale politique après avoir échangé son nom avec DessaUrves.

(1) — Alors même que Port-au-Prince resterait la capitale politique, c^est sur les collines qui entourent Pétion/oille qu'il iaudrait élever ces casernes. Cette petite cité serait reliée à la capitale par unp. voie ferrée et par le télégraphe.

une colonie intellectuene, eUe veuille énergiqueraent^ et sache virilement mériter chaque jour désormais d'être ce qu'elle est déjà^ en dépit des superficielles apparences du contraire, qu'elle veuille et sache être de la famille chamitique et l'orgueil et Tesxïoir! (1)

(ï)^ — Je lie suis pas de ceux qui veulent que mon pays vive déchu du rang qu'il occupe actuellement, sous un protectorat étranger eomme la Tunisie et VEgypte. Je ne veux pas non plus n;.'ïl soit r>artagé comme on a partagé la Pologne,

L^appui que je demandais ici u'est ni un appui matériel et militaire, ni un appui financier, ni même un appui diplomatique. C'est un appui puremenft intellectuel et moral pour la réorganisation de l'armée haï,^ tienne et des écoles, pour la création, des banques populaires entièrement nationales et la fondation des caisses d^épargne postales et ordinaires.

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