LA PATRIE EN DANGER
Au milieu des circonstances difficiles et des épreuves terribles que la patrie traverse, toute parole doit être écoutée^ toute vérité doit être dite chaque citoyen doit faire abnégation de sa personnalité individuelle pour ne penser qu'à la collectivité nationale.
La nation haïtienne a le droit d'exiger que chacun de ses membres accomplisse son devoir. Oetix d'entre eux dont elle a nourri le cerveau et qu'elle a fait des hommes^ ceuxJà sont par trois fois ses enfants et ils ont pour missilon spéciale de l'avertir quand un danger la menace. Ils ne s'appartiennent plus : ils sont la chose de la nation. Si quelques égarés, dont l'esprit est rapetissé par les préjugés et par la peur^ peuvent garder un lâche silence et si quelques individus méprisables peuvent trahir leurs frères en faisant cause commune avec les insulteurs avérés de la République haïtienne et de la race noire eux, les pupilles du peuple^ s'ils sont instruits, reconnaissants et patriotes il leur est impérieusement commandé de parler.
Elevons nos coeurs à la hauteur des événements et soyons virils.
Mon devoir est d'avertir : je vais remplir mon devoir.
La nation haïtienne est en péril. La patrie test en danger.
A l'étranger, quelques renégats ont déchainé um ouragan de haine de bave et de calomnie sur la majorité du peuple
(1) L'OEIL du 27 Octobre
haïtien; à l'intérieur, il a été commis une infamie politifiue, lui crime de lèse-humanité par ceux qui voyant la nation endettée, appauvrie^ meurtrie par les épidémies, pourtant vaillante et tâchant de Ée refaire, n'ont pas craint de porter à nouveau la guerre civile au milieu d'elle.
Ce sont là les faits visibles.
Chose plus grave : un complot est ourdi à l'intérieur ef à l'extérieur par les insurgés de Miragoâne et par leurs partisans pour mettre la nation haïtienne sous le joug d'une puissance anglo-saxonne (1).
(1) Foule de faits prouvent que, à plusieurs Trumients, les anti^ nationaux ont eu Vmtention de mettre Haiti sous le protectorat de l'Angleterre. C^est ce qui explique Vattitude agressive, provocante des agents diplomatiquyes et consulaires anglais accrédités eni Haïti envers lé gouvernement hdiUen. CPest ce qui explique la coupable conduite tenue par les autorités anglaises d^Inague, qui auraient pu arrêter dans ce port les insurgés haïtiens au moment de leur départ pour Haiti. Chi. peut consulter, dans le Moniteur haïtien du 19 avril 1884, les passages des notes rédigées par Vinsurgé Charles Desroches, mort à Miragoâne, où il avoue ces faits.
A Miragoâne et le 11 avril 1883, le même insurgé Charles Desroches^ écrivait ceci : 'Vers les cinq heures et demie, um. bateau de guerre an^ glais est entré da^ls la rade d'ici. H vient de Port-Royal (Jamaïque) et n'annonce rien de nouveau. On fait co^irir un certain bruit qui m'a fort inquiété." Ce bruit, c'était tout unicjuevient celui qui circulait parmi ses complices que le vcdsseau de la marine royale anglaise venait s'assurer des chances que les révoltée avaient de réussir dans leur crimiit£lle entreprise, afin qu'ils ftissent aidés par les forces britanniques des An tilles, moyennant l'engagem^ent qu'ils prendraient de placer le pays sousr le protectorat du Royaume-Uni. Les Anglais virent que ces mauvais
2Q0 « LE^ AFFAIRES D'HATIÏ ,1883 - 1884 »
Voilà le fait qu'on tenait soigneusement caché, mais que n'ignorent point ceux qui connaissent . les dessous de la poli. Idque ignoble dés prétendus libéraux et ceux qui s'occupent des questions qui ont trait à l'existence de la République d'Haïti et à l'avenir de la race noire.
Les faux libéraux se sont dit ceci : «Nous somm^ ime «infime minorité et pourtant nous avons la prétention de gou- «vemer une majorité trop clémente parce qu'elle est très sen- ?tinxentale; en prenant les armes nous avons violé la Consti. «tution et pourtant nous avons osé prétendre que c'était «FAssemblée nationale, c'est-à-dire la nation^ qui la violait. «Si nous arrivons au pouvoir nous lïe pourrons nous y main, «tesair que par la violence et apr^ avoir dissous la Chambre «et le Sénat. Une révolte heureuse nous y aura petites; une «révolte heureuse pourra nous en chasser. Nous avons été
Ifaitiens allaient échouer dans leur, folle tentative et se retirèrent. La ville de Miragoâne ne tomba pas aussi vite qu'ils V avaient cru, parce que, d'autres villes du pays ayant pris les armes, les forces du gouver^ nement furent obligées de se diviser pour aller les assiéger. Ils revi/nrent alors rôder autour de Miragoâne, de Jérémie et de Jacmel.
Le 26 décembre, un navire anglais, protégé par un vaisseau de cette nation^ força le blocus de Jacmel, malgré la défense qui lui en fut faite par un bateau de guerre haitien.
Comment de prétendus Haïtiens qui pensaient à faire perdre à leur pays son, indépendance, peuvent-ils encore trouver des apologistes, des déificateurs même parmi certains de leurs coreligionnaires politiques qui se croient patriotes et instruits? Oest là une monstruosité morale qm indique Vétat d'anarchie mentale des a/nMnationaux haïtiens et qu'auQun engovuement pour leur cause, si stupide soit^il, ne saurait faire excuser par n'importe quel patriote sincère.
«les mineurs de ce peuple dont nous avons assassiné les plus «ardents défenseurs quand nous ne pouvions pas les tuer par "le mensonge et l'assassinat moral. Nous avons été les mépri- «seurs et les bourreaux des paysans et des artisans qiïe nous «aspirons à gouverner. Nous avons fait faire faillite aux commerçants en tuant leur crédit.
«Nous préférons la domination rogue du Saxon à l'admi- «nistration de la nation par les élus de la majorité de la na- «tion. Mettons le pays sous un protectorat et nous exercerons le pouvoir en sous-main. Nous serons les domestiques de l'étranger.
«Que nous importent les immortels souvenirs de 1802 et 1804 (1).
(1) Chacun demeurera d'accord que les faux libéraux d^Haïti méri. tent bien le qualificatif d'amtitiatiorLatix que je leur ai appliqué quand j'aurai dit qu'ils renient notre Libérateur, nx}tre Washington, notre Bolivar à nous, Dessalines. Sans Dessalines on donnerait encore le fouet à MM. les faux aristocrates actuels d'Haïti: sans Dessalines, jamais ces pseudo-nobles ne pourraient prétendre aujourd'hui à gouverner HaA,ti.
Ils protestent avec indignation parce que le gouvernement haïtien, parce que les nationaux mettent le nom du Libérateur à la poupe d'un navire lorsque tout le pays aurait pu se gl&rifier de s'appeler ainsi ; Dessalinie comme tel autre se glorifie de s'appeler Bolivie. Sont-ils curieux?...
Aussi critiquable est la conduite des Européens et Antiléens blancs qui veulent nous faire accroire qu'ils nous aiment de sincère amour et qui, à l'occasion, se moquent en catimini de ce quHls appellent nous ne savons pourquoi aies princes nègres d'Afrique et d'Haiti*.
L'un de ceux-ci a cru être bien spirituel et bien malin quand, dans
«Que nous importent I>essalines et Boisrond Tonnerre.
«Que nous importe l'existence indépendante de la Républi- «que haïtieraie, fille ainée de la race noire sentinelle avancée de la civilisation noire latine î
«Ce qu'il nous importe c'est de gouverner; c'est de piller !e «peuple ou de le compromettre après l'avoir trompé; c'est «de l'abrutir à l'intérieiu* et pour faire croire toujours que «sans nous il n'est rien^ que sans nous Haïti n'existe pas et «ne peut exister
«La littérature haïtienne tant originale et si variée nous «l 'étoufferons sous le sarcasme et le ridicule; le mouvement de «culture intellectuelle des masses^ nous l'arrêterons; la fierté «du front haïtien, nous la rabaisserons; l'étincelle qui illumi. «ne le regard de ces hommes libres dont les pères furent si «hardis et si dédaigneux devant la mort nous la ferons s'étein- «dre à tout jamais. Le peuple des villes et des campagnes con- «tinuera de nourrir nous, nos femmes et nos enfants. Nous «nous vautrerons dans l'orgie et sous les monceaux d'or et le- «pays sera à nous seuls comme autrefois. Tout cela nous le
un journal qui n'est pas tendre à la race noire, il a surnommé M. Salo. mon un Africain. Oui ruyws siommes Africains.
Eh bien après? Ntyus ne renions pas nos origines, nous. Et qui nou^ aime doit commencer par vénérer tws gloires, par respecter notre Lâbérateur, nos gouvernants. Nous admettons les critiques et les conseils, mais il nxnis déplaît d^être ridiculisés en la personne de nos élus.
De pltis, nous sommes de la grande espèce d'Africains qui avons des Européens à notre solde. De plus, souvent, nous offrons aux AnUléenSy blancs ou noirs, rums leur offrons l'hospitalité dans notre petitie Afrique. Le tout, grâce à Dessalines!
«ferons à la faveur d'un protectorat de puissance étrangère, «ieqilel protectorat dé|ruisera lui véritable esclavage. Comme «nous ne pensons qu'à nous sqnès nous, tant pis : vieime le «déluge! n nous importe peu que avant trente ans, le peupte «haïtien périsse sous la concurrence des exploiteurs étrangers «ou oju'il soit massacré tout entier s'il se révolte! Que nous «importe que le p^euple haïtien soit noyé dans son sang et «disparaisse comme a disparu la populatkm indigène de la «Nouvelle-Zélande ou qu'il soit décimé et écrasé comme «l'est en ce moment la population autochtone des il^ «Saxedwich!
«Riches de son travail, gavés de ses dépouilles, nous «irons les dépenser follement et niaisement à l'étranger.»
VoHà ce qu'ils s'étaient dit ce millier de faux frères de Miragoâne et de Jérémie; voilà ce qu'ils complotent encore, les assassins de Jacmel-
S'être élevé au rang de citoyen d^un Etat autonome et vouloir redevenir régnicole d'une colonie! Etre homme et aspirer à descendre au rôle de valet! Avoir dépensé tant de sang ^puis 1804 et tant d'argent et de sueur depuis 1825 pour revoir flotter soi» l'azixr du ciel d'Haïti un autre drapeau que le splendide étendard bicolore!
Quelle honte et quelle ignominie!... Douletu* qui fait vi. hrer le coeur et bondir les poitrines de fureur et de rage!...
O vous les magnanimes qui domwz sous les vagues bleues et dans les entrailles des collines; vous qui le feu dans la prunelle, aUiez, tragiques, sublimes et stoïques au milieu des balles et de la mitraille pour créer im coin de patrie à vos descendants; héroïques combattants de la Crête-à. Pierrot, de Charrier et de Champin aïeux trois fois saints dont on nous avait ordonné d'oubtier les noms Dessalines,
ÇapoiSj Clervaux, Paul Prompt^ Sylla, Christophe et toi Vaillant-Gabart, que ditîes-vous dans vos suaires de gloire?... Quel mépris doit emplir vos âmes !
Quel dégoût doit faire remuer vos os et combien voi|s devez tressaillir d'indignation dans vos tombeaux!...
]\Iais nous vivons nous héritiers de vos vaillanjces ! Nous allons, nous marchons, nous parlons, nous pensons, nous agis, sons î Dormez tranquilles votre étemel sommeil; le sol où vous êtes couchés ne sera jamais foulé que par vos enfants qui ne vous ont jamais remi^...
Et vous, soldats de l'ordre de la liberté et de l'Indépendance c'est à vous d'agir. Allez dans la fumée sous les volées des can<ms sourds, iteprenez Miragoâne, entrez dans Jérémie et dans Jacmel.
Le temps presse. Ayez le courage, encore une fois, de vous couvrir de gloire.
Si vous hésitez, la nation haïtienne aura perdu son indépendance et vous serez responsables devant vos femmes et vos soeurs devant la race noire qui vous regarde et devant l'histoire-
Avant tout et à tout prix, sauvez la nation. La patrie est en danger.
fcfcS AIF^FAIRES D'HAITÏ'iSSl- iM » 205
FAUSSAlràîS Èri^ tlBÊRAÙX (1) "' * * / .
• LénjLT iniinidénùe «st'sâiis 'égale/ AH! ai jamais ils arrivaient au poiiToir comme iJs crochîèteïàiërit les seirures'des cbnstitutionSj comme ils se vautieraient dans la fange du mensoij^e^ de la tidonniie' et ^' I^mpbséure. '' ■■'■"'
Quand 'ils veulent ifisciiter avec " têurs àdveàreàires ^fcs' emploient totis les moyens détournés. "Ils se caclîenï dans l'ombre et ils débitent bravement tout^ soôrtes d'iriJepifiés et ainsanités; ils essaient de baver sur les existences' ïés phis là3borieuses sur les individiialités les plus droites et les phis générerises.
Pôiir) le besoin de leib* cause ils font flèche de toiil bois; ils ne reculent pas même devant le faux en écriture publique.
Un livre a été publié. H a été lu par deux mille personnes au moins. H a été analysé, ^scuté disséqué, critiqué, éidgié ou blâmé. + » . •
Ëux^ saa3& verg<^^é, ils preniient leur plume de faussaires et ils en copient des passages mais en (nnettant certaiios inofs, en tronquainit les pihraâes et en soulignant tel nomj ilis dhéiiaturent la pensée de celui dont ils prétendent citer les opinions.
Ceslit ainsi qu'as cm ont agi avec mon livre La Képublique d'Haïti! et ses Visiteiuirs.
Oi) L'OEIL <iu 27 ocU>hre,
206 u L£S AFFAIBES D'HAÏTI 1883 - 1884 »
Qu^tls sont loyaux^ ces Cartouches et ces Mandrins Ubé. raux^ ces falsificateurs de ia phrase et de la pensée-
9e les dénonce aux honnêtes gens de tofus les partis; je les traine à la barre de toutes les consciences franches et impar. tiales et <>our lesquelles La moralité nesit pas un vain mot; je les dénonce à la RépuhUqpie djes lettres. Je dis d^eux qu'en falsifiant le texte d'un livre ils peuvent tout falsifier, et les constitutians, et iesi conventions ou règ^enients de finance.
Ils {>euvent se poster la nuit au coin d'un niur et garrotter toutef oipinion vaillante^ toute idée qui pasae vivante et vibrante dans l'âme d'un patriote que leurs promesses tron^euses -ou leurs vaines et puériles menaces n'auraient pu terrifier jusqu'à le réduire au silence.
Os peuvent^ armés de ciseaux, se livrer aux plus honteuses tentatives d'émasculation sur les œuvres viriles et fortes^ commettre ta besogne de vandaUsimeque commettaient leurs pères' sur les ouvrages où leurs turpitudes gouvernementales et leuis tortueuses menées étaient dévoilées et trainées devant la |umièi%u
ils peuvent prendre pour con^lices tous les désoeuvrés et tous les ignorants qu'ils ont réunis autour d'eux afin de les tromper; ils peuvietnt prendre pour sicaires , tous les simples d'esprit qu'ils ont fanatis^ et leur commander d'aller tuer le verlKe qui éclôt sous le crâne du pensçur.
* Voilà ce qu'ils peuvent et voilà ce (fu'ils voudrairait faire. Mais ils ne le feront pas, car il ne le«i* sera pas laissé, le temps d'accomplir leurs funestes projets, lia patrie haïtienne saura rejeter de soax ^eàn tous ces pré-
tendus libéraux qui^ non contents d'être des assassins, sont «neore d'impudents falsificateurs et d'ignobles faussai- ««s (1).
(1) Et tost sera la c/iottsc mieulx encore preuvée pour Veshaudissement des Frèires Lâcheours et aultres compères qui, n'ayant fiance qu'es ptrxMes évajigélicqwes, lors s'en pourlécheront les badigoinces quand sera fournie démonstration encore une foys de la véracité de cettu-y mot eseript, je cuyde, et ainsy que ung chascun le doiht sça/voir, au Livre postjieTmier, Vinédit de VAfOcaXypse : La Roche Tarpéïane est proche le Capitole.