CES BONS LIBERAUX
Ce 19 Octobre 1883.
On me mande de Port-au-Prince^ en date du 18 Septembre qu'une lettre signée de mon nom et adressée à M. J.J. Chancy aurait été interceptée par les insurgés de Jacmel, lesquels non contents de l'avoir décachetée, au mépris du secret des correspondamces n'ont pas reculé devant la responsabilité de la livrer à la publicité-
Je ne renie jamais mes actes et je puis toujours les expliquer mais j'ignore si cette lettre est réellement de moi aucurilB copie imprimée ou manuscrite ne m'en ayant été adressée de Jacmel ou de Port-au-Prince; en tout cas^ et même quand elle aurait été signée par moi^ il est plus que probable que les insxu*gés Font falsifiée^ soit en y ajoutant quelques mots,, soit en en retranchant quelques phrases.
Les renégats haïtiens qui habitent Paris n'ont pas craint de falsifier en le citant !e texte d'un passage de mon livre: «JjSl Répubîixiue d'Haïti «t ses Viilsiiitefttrs»^ à seule fin de me faire dire dans un journal à leur dévotiom le contraire de ce qui est imprimé dbns mon livre. J'ai été obligé de relever cette petite infamie politiqu!e en me servant du bienveillant organe d'un journal parisien, — l'Evènemeint du 14 Septembre^ — et de flétrir ensuite cette action immoirale
(1) L'OEIL du 17 novembre.
dâiis les; journaux haïtiens où j'ai le droit d'exprimer entièrement ma pensée. ...»
Quand on peut falsifier le texte d'un livre tiré à quinze cents exemplaires et dont plus de trente journaux européens et américains ont publié des comptes rendus ou des extraits, il est certain qu'on peut mieux encore falsifier une lettre particulière.
Jusqu'à plus ample informé, j'e déclare qu'on doit tenir pour fausse et mensongère la lettre qu'on dit signée de mon nom et qui a été publiée par les insurgés de Jacmel.
Il faut faire remarquer en passant que les prétendus Irbé^ raux de cette ville ont pris les armes contre les mandataires élus du peuple haïtien pour se conformer à la teneur du manifeste des insurgés de Miragoâne; or dans le susdit manifeste ceux-ci réclament pour eux le secret des lettres que^^ mensongèrement, ils disent violé par 1^ autorités constitutionnelles d'Haïti.
Ce qu'ils réclament pour eux^ ils sont les premiers à ne pas l'admettre pour les autres. Je n'occupe pas encore de fonction dans l'Etat; je suis simple citoyen haïtien et profondément respectueux de la volonté nationale représentée par la Cham. bre et le Sénat; je suis donc couvert par toutes les lois haïtiennes et par le gouvernement de mon pays^ dont je reste le zélé l'acharné défenseiu* au lieu d'en être le détracteur.
Si tant est même que j^aie écrit littéralement la lettre qu'ils ont publiée^ — ce que je nie^ — les insurgés de Jacmel ont déjà menti à leur programme de revendications politique.
Que serait-ce donc si jamais ils arrivaient au pouvoir?...
Encore une fois, et en tout état de cause^ qu'ils aient inventé la lettre de connivence avec leurs complices à l'étran-
2ie « LES AFFAIRES D'HAÏTI 1883 - 1884 »
ger ou qu'ils t'aient faLûfîée parce qu'ils y avaient hi ma sL gnature ils se sont eux.mêmes mis en dehors du droit des gens.
Que mes amis de Port-au-Prince se rassurent : la lumière sera faite sur la question comme sur beaucoup d'autres pius sérieuses- (1)
{!) La lumière est fuite dans une brochure : Les Antirtationaux, Je •ae public pas ici mon article intitulé : Intitnidalieaira et libéraux parce que j'attCTids que restitutiiyii du vvcunuscrit tne soit faite par la justice de mon pays d/&vant laquelle je suis en instance, -pour la réclamer cum quibvisdam aliis.
Je coTiserve $mts mes droits sur ce travail qui m'a été voilé, je les axnserve et les réserve. Il en est de même de ceux qtte j'ai sur ma lettre du 14 juillet 1883 adressée à mon ami J. J. Ckamey.
On aait que, en droit, la lettre missive ap/partient à son auteur; «que le destinataire même ne le reçoit qu'en dépôt et qiL'il ne la peut pu^ hlier sans le consentement formel, exrprès de V auteur ou de ses ayants droit*, Pouillet. Propriété littéraire, 1877.
hes antinationaiu: ont des iwttiams si singulières sur le droit écrit, des idées si bizarres sur les cœivenances politiques et même rrumdaines que ceux de Paris ne pensaient qu'à faire sortir rma lettre de Jacmel afin qu'elle fût pîiotographiée à la Jamaique ou à Paris et livrée ainsi à la publicité. C'aurait été du cynisme raffiné dans le vol, du sublime dans la Tnaladresse et dans l'absurde, du luxe dans Venfantillage et tout cela d'autant plus inutile que, dans mes livres, j'en dis toujours plus qti« dams mes lettres, parce que par mes écrits imprimés je vise <toujours les collectirités au lieu de viser les individus.
TcnUefoiSt j*ai regret qu'ils n'aient mis à exécution ce beau, ce mirifi,. que projet Ils m*aairaient fourni d'excellents arguments pour démon-
Dans l'espèce et en attendant^ entre celui qui émet tou. jours sa pensée au grand soleil, qui défend toujours sa pa. trie et sa race et les insensés qui tuent l'une et renient Pautrr les patriotes et les gens sensés peuvent déjà prononcer.
itrer de la manière la pitts topique, la plus saisissante, la plus frappante du monde co>mhien ces gens qui se baptisent libéraux sont au fond, — au fond et dans la forme^ — des mépriseurs de la liberté, du droit et de la loi, des despotes qui se piquent de libéralisme pour éblouir les badauds et les ignorants, la pire, la plus exécrable espèce de despotes.