‹ Les affaires d'HaitiChapitre 42 sur 48 · REVOLTES ET NON REVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

REVOLTES ET NON REVOLUTIONNAIRES

Us se croient libéraux et ils ont recours au fusil pour revendiquer dfô droits politiques dont personne ne leur a jamais contesté le libre exercice.

Ils se disent révolutionnaires ils le crient partout et les gobe-mouches^ au lieu de contrôler leurs assertions d'examiner leurs dires ies répètent en s'extasiant.

Ils ne sont ni révolutionnaires ni libéraux.

Les révolutionnaires sont des géants non des pygmées; ce sont des hommes qui ont des idées, qui veulent les appliquer, mais quij pour les faire prévaloir^ commencent par les exposer.

Cil est leur programme^ à ces libéraux d'un nouveau genre? Qu'ils le montrent !

Que veulent-ils en finances?

Que pensant-ils faire au point de vue économique et social?

(1) Cet article et le suivant devaient être publiés sur le jovrnal llEgalité du Cap-Haïtien pour lequel ils avaient été spécialement écrits. Ce journal ayant cessé de paraître, ils me sont revenus d''Ha:iti. Je le? publie. Je ne reproduis pas ici Vartiele intitulé: Intimidateurs et libéraux, parce que, comme je l'ai dit déjà, j'ai intenté un procès à celui qui Vavait volé et que j^attends le prononcé du jugement.

(2) Ecrit le 31 juillet 1883.

Quelles sont leurs préférences en matière d'administration et quel sera leur système de politique extérieure? Quelles sont leurs idées sur l'instruction du peuple sur son ascension toujours continue vers le progrès indéfini?

Où, quand, commeail: ont-ils prouvé que la fraternité emplissait leur coeur embellissait leur intelligence?

Qu'ont-ils fait ou projeté pour le vrai peuple pour le paysan^ sur lequel ils ont fait peser tout le poids de l'impôt pour l'artisan qu'ils ont livré pieds et poings liés à la concurrence étrangère?

Avec leur Boyer^ dont ils font tant parade, ils ont retiré la terre des mains du paysan; avec leur vaniteux Geffrard dont ils se montrent si fiers, ils ont tué l'industrie nationale ; ce sont euXj par conséquent^ qui ont énervé paralj^sé appauvri la nation haïtienne.

Ils préfèrent se faire d&erteurs plutôt que de payer l'impôt du sang. Us ne pensent qu'à eux et nourrissent les rancunes les plus inavouables, les arrière-pensées les plus mesquines contre leurs émules les plus généreux.

Ils arment les étrangers contre la patrie^ la mère commune; Us donnent les renseignements, la plume^ ils la tiennent pour qu'on calomnie leurs frères^ et^ plus tard^ ils osent encore avouer cette monstruosité.

Ils renient la patrie toutes les fois que leurs poches sont encore gonflées de l'or de leurs compatriotes qu'ils ont rançonnés; et, toutes les fois qu'ils sont affamés après l'orgie et qu'ils sont obligés de tendre la main^ ils ont l'impudeur de soutenir qu'ils sont Haïtiens.

Toujours on les a vus s'aplatir devant les Gustave d'Alaux^ les Alexandre Bonneau, devant toute la séquelle de stipendiés

u LES AFFAIRES D'HAITI 1883 - 1884 t» 2Ï7

qui ont calomnié la race noire d'Haïti depuis tantôt quarante ans et qui la vilipendent e?îcore.

Ils appellent tyran un président constitutionnel dès l'instant que celui-ci connait ses devoirs et ne veut point se. laisser mener comme un vulgaire mannequin qu'on a chamarré de gdions affublé d'un titre^ poussé à la suprême magistrature pour opprimer dépouiller le pauvre peuple en son nom.

Une Chambre des députés, un Sénat sont là^ à Port-au- Prince à la capitale, légiférant et parlant; la nation entière veut la paix le dit et ils soutieiment que eux qui opat déchaîné la guerre, eux qui sont des rebelles, ils ont le ; droit pour eux-

Us croient que^ par vertu supérieure seuls ils sont tout Haïti; que seuls, ils doivent gouverner une collection d'hommes qu'ils font bafouer tous les jours.

Ds n'écrivent point dans les jounnaux haïtiens pour démontrer l'excellence d» leurs idées politiques, pour les faire triompher par la persuasion par la conquête des coeurs„ mais, à l'étranger, ils se mettent à dix pour accoucher de quelque plat pamphlet péniblement élucubré, dans lequel sous le voUe de l'anonyme ils parlent de piquétàisanq le tout à grand renfort de fautes de français et de fautes d'histoire.

La vérité, c'est que les pillards Ce sont eux, et l'Histoire à la main je leur rappelle qu'eni 1846 1^ vrais p^uèts furent les victimes; qu'on se baigna dans leur sang au lieu de faine droit à leurs réclamationsi économiques et sociales qui étaient justes, légitimes, bien fondées; je leur rappelle queceux qu'ils ont encore surnommés piquets en 1868 sont sortis gueux de la plus infâme, la plus criminelle, la plus ruineuse des guerres civiles, tandis que les leurs, qui avtiient allumé cette guerre au nom dé la Constitution de 1867 mais plutôt

pour échapper à îa banqueroute qui les menaçait, se sont enrichis et plus tard s'en sont allés à Londres et à Paris étaler leur luxe de condottieri musqués et parfumés.

Leur impudente audace, jointe à l'ignorance des uns à l'indifférence coupable, à la passivité^ à la veulerie de ceux qui dfevraieîiit les démasquer fait toute leur force.

Quand un adversaire loyal et bien renseigné se dresse devant eux, à visage découvert et la plume au poing ils se dérobent, se cachent et, réfugiés dans l'ombre ils vomissent contre lui les diffamations les mensonges les plus fantaisistes et les plus enfantins.

Us se proclament libéraux et révolutiomiaires, mais ds ne sont que d'étemels révoltés. Rebelles ils sont^ quand ils: ne sont pas eunuques au pouvoir.

On peut respecter un révi^utionnaire. On doit tenir compte de ste opinions s'il admet qu'on les discute, mais un révolté qui tient une carabine ne mérite le respect de personne.

Chaque jour qui s'écoulô, sans que Miragoâne et Jérémie ne soient prises la nation haïtienne perd au moins un million en argent; à chaque soleil qui se lève sur ces deux cités en armes contre le gouvememeoit légal, qui se couche les lai^^nt au pouvoir des insurgés^ l'honneur de la patrie est maculé à l'étranger; chaque matin qui passie sans qu'elles ne soient réduites le pays subit des pertes cruelles dans son capital immatériel dans sa force intellectuelle et morale, des pertes incalculables et qui ne sauraient se chiffrer que par des années de recul^ d'ignorance et de misère.

Il est grand temps que chacun se pénètre de cette vérité : en Haïti comme ailleurs on conquiert les majoritési en leur montrant leur intérêt, mais on ne saurait les intimider les

asservir, quand elles n'ont ni chefs^ ni drapeau^ ni boussole, ni lumière.

La majorité de la nation haïtienne est composée aussi bien de mulâtres que de noirs- D'ailleurs, tous les Haïtiens appartiennent à la race noire, et, en Europe on ne fait pair de distinction entre eux.

Que cette majorité se fasse respecter par les turbulents qui pompeusement, emphatiquement et mensongèrement^ sfe dénomment des révolutioniiaires; qu'elle châtie tous ceux noirs ou jaunes instruits ou ignorants qui osent plaisanter avec son avenir troubler la paix doint elle a besoim pour s'instruire, pour s'enrichir, pour grandir.

Page 1